Prendre le virage de la prévention

Josette Guéniau, Guillaume Moukala Same

Le système de santé français, comme ceux des autres pays développés, est confronté à trois défis majeurs, menaçant à la fois la santé des Français et la soutenabilité du système :

• L’augmentation des maladies chroniques. Entre 2008 et 2019, le nombre de patients atteints d’une affection de longue durée (ALD) et bénéficiant, à ce titre, d’une exonération du ticket modérateur, a augmenté de 38%. Le diabète, les maladies cardio-vasculaires et les cancers représentent à eux seuls un quart des dépenses annuelles de l’assurance maladie. Ces mêmes pathologies ont expliqué 41% de la hausse de l’Ondam (l’Objectif national de dépenses de l’assurance maladie) en 2019.

• Le vieillissement démographique. En France, la part de personnes âgées d’au moins 60 ans est passée de 17% en 1980 à 27% en 2020. D’après les projections de l’Insee, cette part devrait atteindre 34% en 2070. Cette transition démographique interroge sur la soutenabilité du système actuel, sachant que les personnes âgées de 60 ans ou plus concentrent plus de la moitié des dépenses de santé alors qu’elles ne représentent qu’un quart de la population française. Au-delà du coût qu’entraine le vieillissement démographique, l’enjeu est également d’assurer le « bien vieillir » de la population.

• Les maladies contagieuses. En 2020, la Covid-19 était la troisième cause de décès en France. Alors que les dépenses de santé en proportion du PIB étaient relativement stables entre 2009 et 2019 (entre 11,1% et 11,4%), la crise sanitaire a fait passer ce ratio à 12,4%, augmentant pour l’occasion la dette de la Sécurité Sociale. Au-delà de cet épisode au caractère exceptionnel, d’autres maladies infectieuses peuvent favoriser le développement de maladies chroniques si elles ne sont pas endiguées à temps (comme le papillomavirus pouvant déboucher sur un cancer).

Pour relever ces défis, le système de santé français doit prendre le tournant de la prévention. Comme l’ensemble des systèmes de santé des pays développés, le système français mise sur le volet curatif (soigner les maladies lorsqu’elles surviennent) plutôt que préventif (éviter que les maladies ne surviennent). Au sein de l’OCDE, les dépenses de prévention ne représentent que 3% des dépenses de santé. Les actions de prévention se déclinent en trois catégories : la prévention primaire agit en amont pour éviter l’apparition d’une maladie, la prévention secondaire repère la maladie à son stade précoce, et la prévention tertiaire évite l’aggravation d’une maladie, freine son développement ou évite les rechutes.

À l’heure où le partage du financement de la santé entre le public et le privé fait l’objet d’un débat animé, il convient de s’interroger sur le rôle des organismes complémentaires dans la prévention. Dans notre précédente étude, nous avions montré que la concurrence entre les organismes complémentaires d’assurance maladie favorisait l’innovation en santé. Cette note vise à déterminer si elle peut aussi servir le développement d’un modèle plus préventif. Un état des lieux des dépenses, des indicateurs et des acteurs de la prévention sera dressé, avant d’analyser les incitations et les contraintes pesant sur les OCAM en termes de prévention.

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AUTEUR DE LA PUBLICATION

Josette Guéniau

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Josette Guéniau est une professionnelle et ex-dirigeante de l’assurance santé, devenue conseil auprès des assureurs complémentaires depuis plus de 10 ans, notamment sur les sujets de la réglementation, de l’innovation et de la stratégie marketing. A ce titre elle s’intéresse depuis plus de 5 ans à l’apport de la téléconsultation dans la prise en charge au plan de l’accès et de la qualité à la santé mais aussi à son financement.

Guillaume Moukala Same

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Chargé d'études à l'Institut Sapiens. Etudiant à Sciences Po Grenoble