Démographie et climat : l’impossible équation

Philippe Charlez

Les hasards du calendrier font parfois bien les choses. Alors que la COP27 se terminait en Egypte, l’Humanité dépassait le mardi 15 novembre 2022 les huit milliards d’individus.

Depuis le début des années cinquante, la population mondiale a été multipliée par trois passant de 2,5 milliards à 8 milliards d’habitants. Elle devrait stagner à 11 milliards en 2100. La population va continuer de croitre significativement dans les pays émergents.

Cette énorme disparité démographique est le facteur prépondérant pesant sur la transition énergétique. Notre étude montre que les efforts considérables engagés dans les pays de l’OCDE pour décarboner le mix énergétique à l’horizon 2050 seront insignifiants si un effort de même ampleur n’est pas engagé dans les pays émergents.

Depuis le début du siècle, l’intensité carbone des pays de l’OCDE et des pays émergents s’est réduite de 1% par an et devrait passer à 4% par an. En supposant maintenir le taux de 1%, les émissions ne déclineront que 10% passant des 35 milliards de tonnes actuelles à 31 milliards de tonnes. Dans ce cas, les émissions des pays émergents qui comptaient au début du siècle pour 45% des émissions atteindront…92%. En revanche, si les investissements massifs dans les pays OCDE étaient transférés vers les pays émergents, les émissions à l’horizon 2050 seraient réduites de moitié passant de 34 milliards de tonnes en 2021 à 18 milliards de tonnes en 2050. Dans ce second scénario, les parts relatives émergents/OCDE resteraient pratiquement constantes par rapport à la situation actuelle.

Les pays de l’OCDE seraient-ils prêts pour autant à oublier leur transition pour financer celle des pays émergents ? Le chemin vers une société bas carbone nécessiterait un transfert de 2000 milliards de dollars par an des pays OCDE vers les pays émergents. Une solution politiquement et socialement impossible à envisager.

L’avancement des transitions démographiques dans la plupart des continents ne laisse donc que peu de marge pour impacter significativement les émissions de gaz à effet de serre. Les tendances actuelles laissent peu d’espoir de réaliser les réductions requises pour atteindre l’objectif des 2° des Accords de Paris.

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AUTEUR DE LA PUBLICATION

Philippe Charlez

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Ingénieur des Mines de l’École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l’Institut de Physique du Globe de Paris. Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la transition énergétique. Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, Mines Paris Tech, l’ISSEP et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Contrepoints, Atlantico, Causeur et Opinion Internationale.