Pour un choc de compétences dans les entreprises

Erwann Tison

Une incitation fiscale pour augmenter la participation à la formation des actifs en poste

« La majorité de nos problèmes socio-économiques provient de notre déficit en compétences. Le défaut de compétences aussi bien chez les jeunes que chez les adultes entraîne des conséquences très graves sur notre industrie, sur notre capacité à exporter et sur celle à innover, mais aussi sur la dynamique des inégalités sociales ». Ce constat, réalisé par l’économiste Patrick Arthus et partagé par de nombreux autres économistes, devrait suffire à placer ce sujet en tête de nos préoccupations économiques.

La loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » de 2018 a su corriger de nombreuses défaillances systémiques. Les excellents résultats qu’elle a généré sur le front de l’apprentissage où l’on a enregistré un niveau record de contrats signés (+718.000 en 2021) et l’augmentation du nombre de recours au CPF (compte personnel de formation) montrent que la simplicité insufflée dans le secteur porte ses fruits. De plus, 93% des Français déclarent qu’il est important de se former tout au long de sa vie. Cependant, ces bons indicateurs, ne correspondent qu’à une amorce de rattrapage en matière de formation professionnelle en France. Notre pays, pourtant à l’origine de la formation professionnelle à travers le projet Condorcet en 1792, continue d’accuser un retard relatif par rapport à d’autres pays européens.

Les efforts politiques en matière de formation professionnelle ont souvent tendance à se concentrer principalement sur des profils de bénéficiaires plus visibles, à savoir les jeunes et les demandeurs d’emplois, occultant les besoins des salariés en la matière. Pourtant, si la formation constitue un élément important de l’employabilité, elle demeure aussi un élément conditionnant la pérennité d’un emploi, à travers l’actualisation continue du capital humain. Ne pas se préoccuper de la formation des salariés en poste revient à assumer l’obsolescence à venir de leurs compétences et à organiser leur sortie potentielle du marché du travail.

Il y a donc un véritable enjeu économique à augmenter considérablement le taux de participation des salariés à la formation professionnelle, en développant de nouvelles incitations à former. Avec la mise en place un crédit d’impôt formation, leur permettant de défiscaliser une partie de leurs investissements dédiés, les entreprises pourraient ainsi mieux financer leurs stratégies en formation et augmenteraient ainsi mécaniquement le taux d’accès à la formation. Cette incitation est une manière de répondre à la pénurie latente des talents, d’augmenter la productivité des salariés et donc d’augmenter leur rémunération tout en sécurisant leur emploi. A son impact économique, s’ajouterait un effet positif sur la mobilité sociale.

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AUTEUR DE LA PUBLICATION

Erwann Tison

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Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail, aux questions de formation et aux problématiques européennes. Il est également chargé de cours à la faculté d'économie de l'Université de Strasbourg. Il codirige également les observatoires "santé et innovation" et "emplois, formation et compétences" de l'Institut Sapiens. Il a publié « les robots, mon emploi et moi » (2019) et « un robot dans ma voiture » (2020) aux éditions ESKA.