Le rendez-vous manqué du tout sécu

Jean Louis Davet, Josette Guéniau, Erwann Tison

Alors que se pose la question de l’efficience et de l’équité des complémentaires santé, deux types de réponses « évidentes » semblent se dessiner du côté du gouvernement :

  • supprimer les complémentaires santé au profit d’une prise en charge des dépenses qu’elles couvrent par l’assurance maladie , c’est ce que l’on appelle communément le « 100 % Sécu » ou « la Grande Sécu »;
  • les concentrer sur le petit risque, comme le propose le rapporteur du projet de loi de Financement de la Sécurité Sociale.

Pourtant, ces « solutions » – dont les impacts doivent être éclairés par le HCAAM[1] d’ici la fin de l’année – sont principalement idéologiques et ne résoudraient en rien le sujet du financement des dépenses de santé, ni au niveau collectif, ni au niveau individuel du fait du poids des ALD[2] et des soins hospitaliers. Ce financement est aujourd’hui en quasi-totalité à la charge de la Sécurité sociale, tandis que les complémentaires santé, sous la contrainte du contrat responsable, se sont laissées « cornériser » sur le petit risque.

L’ambition de créer une « grande Sécu »[3] ou de délester les complémentaires de leur contribution à la prise en charge des risques lourds se ferait à rebours des différents changements de paradigme au sein de la santé, notamment en ce qui concerne le financement de l’hospitalisation programmée et des soins pour les personnes en ALD. Aussi est-il nécessaire, avant de multiplier les anathèmes contre les complémentaires, de prendre du recul et d’évaluer concrètement les avantages d’une révision du système des cofinancements des dépenses de santé et d’une redéfinition totale de leur rôle « complémentaire » à la Sécurité sociale. L’enjeu est plutôt la révision du partage des dépenses et des investissements les plus lourds et les plus nécessaires, avec comme préalable la remise à plat du contrat responsable, désormais contre-productif.


[1] Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie

[2] Affections de longue durée

[3] Les Echos Complémentaires santé : Olivier Véran met à l’étude le scénario d’une « grande Sécu », 28 juillet 2021

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AUTEUR DE LA PUBLICATION

Jean Louis Davet

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Président de DENOS, société spécialisée en parcours de soins internationaux, disease management et biotech en oncologie, précédemment Directeur général de groupes d'assurances et de services de santé, et auparavant consultant en stratégie (notamment dans les domaines des nouvelles technologies et de la santé), Centralien et Docteur en mathématiques, très engagé dans les questions de data, d'IA, d'éthique en santé.

Josette Guéniau

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Josette Guéniau est une professionnelle et ex-dirigeante de l’assurance santé, devenue conseil auprès des assureurs complémentaires depuis plus de 10 ans, notamment sur les sujets de la réglementation, de l’innovation et de la stratégie marketing. A ce titre elle s’intéresse depuis plus de 5 ans à l’apport de la téléconsultation dans la prise en charge au plan de l’accès et de la qualité à la santé mais aussi à son financement.

Erwann Tison

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Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail, aux questions de formation et aux problématiques européennes. Il est également chargé de cours à la faculté d'économie de l'Université de Strasbourg. Il codirige également les observatoires "santé et innovation" et "emplois, formation et compétences" de l'Institut Sapiens. Il a publié « les robots, mon emploi et moi » (2019) et « un robot dans ma voiture » (2020) aux éditions ESKA.