Malgré les grandes lois de décentralisation (Defferre 1982, réforme constitutionnelle de 2003, MAPTAM, NOTRe), la France demeure marquée par une forte centralisation. Les collectivités locales ne représentent que 20 % de la dépense publique en 2023, contre 34 % en moyenne dans l’Union européenne.
L’État conserve un contrôle étroit, notamment via l’enchevêtrement des compétences et la multiplication des normes. Même dans des domaines officiellement décentralisés, comme la formation professionnelle ou l’urbanisme, les collectivités partagent leurs prérogatives avec l’administration centrale. Cette immixtion génère des coûts importants, financiers et humains, comme le montrent les centaines d’heures annuelles consacrées par les communes aux échanges administratifs.
Ce paradoxe s’enracine dans une tradition française de « centralisation administrative », analysée par Tocqueville, et dans une culture juridique marquée par la foi dans la norme. L’inflation des schémas et plans illustre cette « schématite » dénoncée par plusieurs rapports récents.
Pourtant, les collectivités ne portent qu’une faible part de la dette publique (environ 8 % du PIB) et bénéficient d’une forte confiance des citoyens. Une véritable décentralisation suppose donc des compétences claires, une responsabilité financière assumée et un partage réel du pouvoir, sans dilution ni tutelle implicite.