Convention médicale, attention aux combats d’arrière garde

AUTEUR DE LA PUBLICATION

Gaetan Casanova

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Gaetan Casanova est docteur en médecine en spécialisation de santé publique en Ile de France après un début de parcours en anesthésie-réanimation. De 2020 à 2022, il est Président de l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI). En 2010 il est élu vice-président d’université en charge de la vie étudiante à l’UT1. En 2021 il est élu au Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER) pour la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE).

Vincent Diebolt

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Directeur de F-CRIN, une infrastructure en recherche clinique mise en place dans le cadre du « Programme d’investissements d’avenir/PIA » (F-CRIN est une plateforme de réseaux nationaux thématisés d’investigation et de recherche de pointe) portée par l’Inserm. Il est également partie prenante, en tant qu’associé, du développement d’une Medtech.

Josette Guéniau

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Josette Guéniau est une professionnelle et ex-dirigeante de l’assurance santé, devenue conseil auprès des assureurs complémentaires depuis plus de 10 ans, notamment sur les sujets de la réglementation, de l’innovation et de la stratégie marketing. A ce titre elle s’intéresse depuis plus de 5 ans à l’apport de la téléconsultation dans la prise en charge au plan de l’accès et de la qualité à la santé mais aussi à son financement.

Isabella de Magny

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CEO d’Inspiring Futures, fondatrice de GenDH, qui étudie l’impact des innovations en santé sur le système de soins et la société. Auteur du roman « Emma, Naissance d’une biocitoyenne ». Passionnée de prospective, d'éthique et de nouvelles technologies.

Raphaël Radanne

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Isabelle Riom

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Interne en médecine, présidente du SRP-IMG (Syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale)

Brigitte Saunier

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Consultante - Pharmacienne, diplômée en droit de la santé. Un début de carrière en recherche en Biochimie puis plus de trente ans dans l’industrie pharmaceutique au sein de différents laboratoires internationaux dans en charge successivement de différentes activités: marketing, promotion médicale, affaires pharmaceutiques et médicales, affaires réglementaires, et de l’accès au marché. Elle a également été élue à plusieurs reprises au Conseil de l’Ordre des Pharmaciens (section B).

Erwann Tison

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Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail, aux questions de formation et aux problématiques européennes. Il est également chargé de cours à la faculté d'économie de l'Université de Strasbourg. Il codirige également les observatoires "santé et innovation" et "emplois, formation et compétences" de l'Institut Sapiens. Il a publié « les robots, mon emploi et moi » (2019) et « un robot dans ma voiture » (2020) aux éditions ESKA.

Guy Vallancien

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Professeur honoraire de chirurgie, membre de l’académie de médecine, membre du conseil scientifique de l’Office Parlementaire de l’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Président de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), Spécialiste de robotique chirurgicale. Guy Vallancien est expert Sapiens.

Gaetan Casanova, Vincent Diebolt, Josette Guéniau, Isabella de Magny, Raphaël Radanne, Isabelle Riom, Brigitte Saunier, Erwann Tison, Guy Vallancien
Il est des moments où l’on observe des collisions dans l’actualité, qui portent à croire que l’Histoire s’écrit sous nos yeux. C’est le cas en santé, où nous assistons à l’émergence d’une technologie de rupture bouleversant la pratique médicale, et où dans le même temps, les leaders de certains syndicats de médecins militent contre la proposition de loi portée par la députée Stéphanie Rist, afin de conserver des acquis d’un temps révolu. En février 2016, alors que les taxis manifestaient dans Paris pour réclamer l’interdiction d’UBER en France, le constructeur Volvo réalisait ses premiers tests de véhicules autonomes sur le rond-point de l’Etoile. En février 2023, pendant que les médecins refusent l’accord conventionnel, Chat GPT, le logiciel conversationnel générateur de textes, venait de réussir un examen américain de médecine[1]. Le parallèle entre ces deux événements est troublant.Si la question du remplacement total du médecin par des IA prometteuses n’est pas d’actualité, celle de la nécessaire évolution de ses rôles et compétences se pose. A une époque où des logiciels peuvent répondre à de nombreuses questions médicales pointues et poser un diagnostic en quelques minutes, quelle sera la véritable valeur ajoutée d’une médecine de ville, dont les préoccupations revendicatives exprimées par ses représentants concernent exclusivement le tarif de la consultation et le refus des coopérations avec d’autres professions médicales ?

A l’avenir, la véritable valeur ajoutée d’un médecin ne résidera pas tant dans sa capacité à réaliser un diagnostic seul dans son cabinet ou à établir une ordonnance, que dans celles à animer un réseau de compétences médicales diverses et intégrées.  A ce titre, le projet de loi Rist – prévoyant l’accès direct à certains paramédicaux comme les kinés et les infirmiers en pratique avancée, en élargissant leurs responsabilités – constitue une réelle avancée dans l’accès aux soins sur un territoire.

Alors que certains syndicats y voient la dilution du pouvoir quasi-démiurgique du médecin, force est de constater que ce partage des tâches et des responsabilités constitue au contraire l’avenir de la médecine.

A l’heure où près de 600.000 patients chroniques sont toujours dépourvus d’un médecin traitant, où 30% des malades ne sont pas correctement observants de leur prescription médicale ou alors que les besoins en suivi croissent au même rythme que la hausse du nombre de seniors (+30% d’ici 2060 selon l’INSEE), il est urgent de partager un maximum l’effort entre toutes les personnes formées au soin sur le principe de la subsidiarité.

Ce changement de logique ferait du médecin le responsable d’une chaîne dédiée au soin et à la prévention. Une transformation coïncidant avec la demande de sens des praticiens pour leur activité. Le temps médical libéré serait réalloué aux échanges avec les patients, se faisant malheureusement de plus en plus rares, permettant ainsi de les écouter et leur accorder l’empathie et l’accompagnement qu’ils sont venus chercher afin de les prendre en charge en intégralité, pour optimiser l’efficacité du soin. Cette nouvelle étape de l’évolution de la pratique médicale permettrait aussi de répondre à la demande légitime des médecins de voir leur statut et leurs revenus s’apprécier, en permettant d’augmenter le temps médical utile et le nombre de patients en file active. Dans une pratique médicale renouvelée, les médecins pourraient se diversifier en développant des activités de recherche en soins primaires par exemple pour le suivi et l’évaluation des produits de santé tout au long de leur cycle de vie et pas seulement avant leur commercialisation. Le corollaire de cette organisation serait le passage progressif de la rémunération à l’acte à une rémunération hybride, combinant acte et forfait, afin de gratifier le travail et la responsabilité des médecins à leur juste valeur.

La médecine traditionnelle est déjà fortement concurrencée par les promoteurs d’une médecine dite « complémentaire » dans l’esprit de patients toujours plus sensibles à leurs promesses d’offrir une écoute et une empathie ayant trop souvent disparu de la pratique traditionnelle « à l’acte ». Elle sera également bientôt concurrencée par les IA conversationnelles sur le diagnostic. Tant que l’Assurance maladie et les syndicats n’accepteront pas de changer de logiciel dans leurs négociations conventionnelles, ils ne répondront en rien à ces défis. Au lieu de chercher à augmenter les contraintes d’installation, la puissance publique devrait s’atteler à revoir la formation initiale des professionnels du soin, réaliser un saut quantique en ce qui concerne la délégation de tâches et de responsabilités, revoir le modèle de rémunération, et promouvoir, en l’organisant, la prévention dans toutes ses dimensions. La postérité risque de juger sévèrement ceux qui auront préféré le statu quo à la révolution, au moment où s’écrivait une nouvelle page de la grande Histoire de la médecine.

[1] Appelé le USMLE, pour United States Medical Licensing Examination

AUTEUR DE LA PUBLICATION

Gaetan Casanova

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Gaetan Casanova est docteur en médecine en spécialisation de santé publique en Ile de France après un début de parcours en anesthésie-réanimation. De 2020 à 2022, il est Président de l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI). En 2010 il est élu vice-président d’université en charge de la vie étudiante à l’UT1. En 2021 il est élu au Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER) pour la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE).

Vincent Diebolt

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Directeur de F-CRIN, une infrastructure en recherche clinique mise en place dans le cadre du « Programme d’investissements d’avenir/PIA » (F-CRIN est une plateforme de réseaux nationaux thématisés d’investigation et de recherche de pointe) portée par l’Inserm. Il est également partie prenante, en tant qu’associé, du développement d’une Medtech.

Josette Guéniau

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Josette Guéniau est une professionnelle et ex-dirigeante de l’assurance santé, devenue conseil auprès des assureurs complémentaires depuis plus de 10 ans, notamment sur les sujets de la réglementation, de l’innovation et de la stratégie marketing. A ce titre elle s’intéresse depuis plus de 5 ans à l’apport de la téléconsultation dans la prise en charge au plan de l’accès et de la qualité à la santé mais aussi à son financement.

Isabella de Magny

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CEO d’Inspiring Futures, fondatrice de GenDH, qui étudie l’impact des innovations en santé sur le système de soins et la société. Auteur du roman « Emma, Naissance d’une biocitoyenne ». Passionnée de prospective, d'éthique et de nouvelles technologies.

Raphaël Radanne

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Isabelle Riom

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Interne en médecine, présidente du SRP-IMG (Syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale)

Brigitte Saunier

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Consultante - Pharmacienne, diplômée en droit de la santé. Un début de carrière en recherche en Biochimie puis plus de trente ans dans l’industrie pharmaceutique au sein de différents laboratoires internationaux dans en charge successivement de différentes activités: marketing, promotion médicale, affaires pharmaceutiques et médicales, affaires réglementaires, et de l’accès au marché. Elle a également été élue à plusieurs reprises au Conseil de l’Ordre des Pharmaciens (section B).

Erwann Tison

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Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail, aux questions de formation et aux problématiques européennes. Il est également chargé de cours à la faculté d'économie de l'Université de Strasbourg. Il codirige également les observatoires "santé et innovation" et "emplois, formation et compétences" de l'Institut Sapiens. Il a publié « les robots, mon emploi et moi » (2019) et « un robot dans ma voiture » (2020) aux éditions ESKA.

Guy Vallancien

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Professeur honoraire de chirurgie, membre de l’académie de médecine, membre du conseil scientifique de l’Office Parlementaire de l’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Président de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), Spécialiste de robotique chirurgicale. Guy Vallancien est expert Sapiens.