En observant les multiples développements technologiques en cours de déploiement, on ressent vraiment un dynamisme ambiant. Les startups proposent des produits tous plus innovants les uns que les autres, les villes s’organisent pour déployer la « smart-city », les objets connectés et autres Chatbots débarquent sur les étagères de la Fnac pour finir dans nos salons, les stockages explosent tandis que les réseaux sociaux continuent à collecter moult données.

Comme un feu d’artifice du 14 juillet, des étincelles explosent dans tous les sens et j’ai l’impression d’observer un phénomène autonome doué d’entropie, sans toutefois qu’aucune règle n’encadre le tout. Ainsi de la Smart city, qui bénéficie de subventions (européennes) et qui permet à une ville de déployer dans son périmètre des systèmes intelligents de surveillance, de collecte de données, d’internet des objets, etc.

C’est finalement, dans son sens vulgaire un peu insupportable, une véritable anarchie numérique.

Il y a encore dix ans, le paradoxe de Solow, qui dit qu’on n’arrive pas vraiment à quantifier le retour sur investissement d’un système informatique (Solow disait : « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les indicateurs de productivité ») était un frein avéré à l’investissement technologique. Depuis, la tendance s’est inversée, à priori pour les meilleures raisons. Alors que les directeurs informatiques allaient commencer à pouvoir organiser cet ensemble, dix ans plus tard, une nouvelle « ruée vers l’or numérique » est en train de se jouer avec l’explosion continue du Cloud computing, mais sans qu’aucun organisme de contrôle ne soit jamais réellement envisagé. Structurellement, dans certaines régions du monde, ce contrôle est effectif (des approches dictatoriales contrôlent toutes les évolutions tandis que d’autres privilégient le retour sur investissement avec la maîtrise absolue de leur marché, annulant par là ce besoin de régulation). En France, j’ai l’impression que chacun fait sa sauce dans son coin.

À la fin, qu’en restera-t-il ? Des milliers de développements spécifiques souvent poussés par le prestataire « connu », mais incompatibles avec ceux des voisins, des maisons connectées (mais avec les GAFA), des contacts virtuels (pas vraiment régulés malgré un RGPD naissant…)

Le Numérique n’aime pas l’entropie. Ses intelligences sont artificielles, car les algorithmes qui les meuvent ne sont rien d’autre qu’une série de calculs complexes, rétroactifs, pondérés, si possible en grand nombre. Mais ce n’est pas entropique. L’informatique aime les bordures de droite et de gauche.

Aujourd’hui, je constate qu’il n’y en a globalement pas. Quand en médecine, en architecture, en comptabilité, en droit, etc, un « Ordre » justement nommé permet de maintenir le cap, alors que « l’informatique » en général a pris une place plus que prépondérante, j’ai l’impression d’un avion numérique sans pilote (mais sans I.A. non plus): on navigue à vue, chacun sur sa petite voie. Par exemple, comment fera-t-on alors pour contrôler un déploiement de robots dont les éléments vont nous être fournis demain par fichier informatique directement imprimable en 3D ? Quand Boston Dynamics annonce vouloir commercialiser ses robots, quand les I.A. de reconnaissance faciale chinoise sont les meilleures du fait de leur avance dans le domaine, pourra-t-on d’une manière ou d’une autre réguler un tant soit peu ces déploiements sur nos territoires ?

Pour moi, et surtout en informatique, comme dit l’adage : « la confiance n’exclut pas le contrôle »…

Welcome to the Jungle.

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

Laisser un commentaire