Qui a bien pu encourager l’adolescente Greta Thunberg dans son choix d’arrêter l’école pendant une année pour se consacrer entièrement au combat contre le changement climatique ? Peu importe la réalité des faits, cette idée profondément contre-productive et non intuitive met à mal le levier dominant pour pouvoir changer le monde : l’éducation. Sans laisser croire qu’il faut passer dix années à l’université pour avoir un impact, il est certain que l’école construit les socles fondamentaux pour marquer positivement les générations futures de son empreinte. En réponse au choix de l’adolescente, CharlemagnePagnol, Ferry, ou encore Madame du Châtelet auraient sûrement dit : « Vous voulez changer le monde ? Allez donc à l’école ! »

Avec près d’un enfant sur cinq dans le monde qui n’a pas accès à une éducation, dont plus de 130 millions de filles, il est raisonnable d’écrire que Greta est comme nous tous une privilégiée. En France, il faut attendre la fin du XIXe siècle pour voir les femmes acceptées à l’université, et ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle qu’elles arrivent en masse dans nos institutions. Au risque de contrarier ceux qui défendent la liberté de Greta, nos ancêtres se sont battus pour l’éducation pour tous, car c’est une arme pour devenir libre ! Pour être libre, il faut apprendre, s’éduquer, lire et compter sans peine et enfin respecter les autres. On ne le dira jamais assez, l’école est le berceau des libertés individuelles et collectives.

L’éducation est une arme et non un frein au combat

De façon pratique et propre à la résolution du problème sur le changement climatique, l’éducation forme à des compétences qui permettent de développer de nouvelles formes d’énergies, de comprendre les comportements sociaux et de les faire évoluer, ou encore de construire le prochain système à bas coût de recyclage des déchets, à travers le monde. L’éducation construit également l’esprit critique par l’ouverture aux sciences humaines qui doivent accompagner les savoirs techniques. Vous l’aurez compris, l’éducation est une arme et non un frein au combat engagé et durable des individus et de la société. Qu’on s’entende, prendre une année sabbatique est une idée intéressante pour élargir les visions et les idées, mais peut-être pas en milieu de lycée et sûrement pas dans les circonstances dans lesquelles l’adolescente fit ce choix.

La méthode des petits pas qui consiste à avancer tous individuellement d’un pas pour résoudre collectivement, parfois sur plusieurs générations, un problème de grande ampleur n’est possible qu’en éduquant tout le monde. Selon un proverbe talmudique, le monde ne se maintient que par le souffle des enfants qui étudient. On n’interrompt pas l’enseignement des enfants, même pour aller reconstruire le Temple. Tout est écrit…


3 pensées sur “Vous voulez changer le monde ? Allez donc à l’école !”

  1. L’école n’a pas vocation d’éduquer qui que ce soit : l’école à vocation d’instruire. L’éducation est la responsabilité des parents. Dans le cas de Greta, ce sont les parents qui sont les premiers irresponsables. Ce déni du rôle des parents est un important marqueur « de gauche ». L’idéologie socialiste veut que « l’Etat nounou » se substitue au rôle du père et de la mère, ou devrais-je dire « du parent 1 » et « du parent 2 ». Là, l’idéologie pollue la réflexion.

    J’ajoute que l’école – en occident – est victime de nivellement par le bas et d’idéologie inclusive, et que ce que l’on appelle ici « s’instruire » apporte de moins en moins d’eau au moulin d’un esprit contemporain : moins de liberté de penser, moins de savoir fondamental (scientifique). À tel point que le fait d’avoir un diplôme ne garantit plus que la société aura besoin de vous, ou que votre niveau soit suffisant pour comprendre ce que la compétition mondialisée exige de vous.

    Aujourd’hui, l’école est bien souvent le promoteur du médiocre et la mécanique d’une élimination sociale. Elle est aussi – surtout en France – le siège de « la constante macabre » et de « l’impuissance apprise ».

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Constante_macabre

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Impuissance_apprise

    Elle est aussi le siège de la standardisation des esprits, de l’exhortation à être conforme sous peine d’être marginalisé, et pas seulement d’être, mais aussi de penser et d’intéragir de manière conforme sous peine d’être automatiquement « saqué » autant par les professeurs que par les autres élèves. Cela vous semblera fallacieux peut être ?! Pas du point de vue d’un individu « neuro-atypique » qui s’y retrouve coincé, traqué, squestré, et réduit à l’état de cancre, de paria sans rien décoder, sans comprendre, sans pouvoir se défendre.

    Étrange, n’y aurait-il pas là quelque chose qui se rapporte à la petite Greta ? N’y aurait-il pas là quelque chose qui se rapporte à celui qui écrit ces lignes ? J’exige peut être trop de décodage venant de vous ? Après tout, je rappelle qu’avant 2015, le syndrome d’Asperger n’existait pas en France. C’était comme le nuage radioactif de Tchernobyl : cela s’est arrêté net à la frontière, par magie. Alors, même qu’il est reconnu chez les Anglo-saxons depuis fort longtemps, et parfois reconnu pour ses atouts professionnels.

    En temps normal, j’aurai pu être d’accord avec vous madame Aurélie Jean. Mais dans le cas de Greta Thunberg, je doute que « la sacro-sainte École » que vous idéalisez lui soit aussi bénéfique que vous l’affirmez. C’est même en quittant l’école qu’elle aura probablement le plus de chance, et le plus d’opportunités de comprendre le monde.

    « School is the advertising agency which makes you believe that you need the society as it is. » – Ivan Illich.

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