Alors que les pays de l’OCDE encouragent la pratique du code informatique dans les écoles, le directeur de l’éducation et des compétences de l’organisation, Andreas Schleicher, condamne avec assertion cette idée en disant que « le code sera bientôt obsolète ». C’est écarter les bénéfices de cette méthode pédagogique à l’instar de la lecture, de l’écriture ou du raisonnement mathématique. C’est aussi mal cerner le futur du code informatique. On imagine qu’Andreas Schleicher, directeur des compétences, maîtrise son sujet. Et pourtant quelques années d’expérience en programmation informatique portent toute personne à penser différemment. Bien plus qu’apprendre à coder, ce sont les raisons d’une telle démarche qui sont encore plus intéressantes et encore trop méconnues de nos dirigeants ! Il est temps de reconnaître le code comme un art euclidien, créatif et intellectuellement stimulant !

On ne le dira jamais assez, apprendre à coder permet de développer sa logique, de structurer sa pensée, voire d’apprendre à communiquer sur un langage formel qui s’ajoute au langage naturel utilisé au quotidien. Penser l’école en termes de compétences fonctionnelles et professionnelles est une erreur qui nous écarte de la faculté concrète à alimenter chez l’élève : apprendre à apprendre. Parler d’obsolescence du code est alors incorrect. Andreas Schleicher appuie maladroitement ses propos en subodorant l’obsolescence de la trigonométrie, mais c’est tout le contraire. Apprendre, comprendre et pratiquer la trigonométrie, à l’instar des théorèmes de Thalès et de Pythagore, forme l’esprit à une certaine logique (géométrique) et à l’art de la démonstration ! Personne n’envisage heureusement le français comme une discipline professionnalisante qui formerait en masse des journalistes et des écrivains.

Affiner son sens critique

Apprendre à coder donne des clés pour comprendre les mécanismes fondamentaux des technologies numériques. En quelques lignes de code on comprend ce qu’est une donnée, comment elle est stockée, utilisée et effacée. On comprend également ce qu’est un algorithme, ce qu’est une technique d’apprentissage ou encore ce qu’un biais algorithmique implique. Enfin et surtout, on affine son sens critique face à l’obscurantisme intellectuel qui sévit dans les débats publics autour des grands sujets sur l’intelligence artificielle.

Le code est également une compétence professionnelle à forte valeur ajoutée. Au risque de décevoir les agitateurs qui affirment que l’intelligence artificielle remplacera les développeurs, une partie du code informatique est déjà générée automatiquement et c’est tant mieux ! Nombreux sont les acteurs technologiques et scientifiques qui souhaitent que cette proportion augmente afin qu’ils puissent se concentrer uniquement sur l’écriture du code abstrait et complexe. Même si la demande en développeurs diminuera dans un futur lointain, le besoin présent est réel et sous-estimé. La bonne nouvelle est qu’un individu formé au développement informatique dans le domaine du calcul, du Web ou de l’IT aura un esprit affûté pour pouvoir se transformer avec aisance ! Loin de l’image d’exécutant unimodal, le développeur est un créatif protéiforme, une sorte de caméléon de l’emploi des temps modernes !


Publié dans Le Point

Docteur en sciences de formation et entrepreneuse, elle navigue depuis plus de 10 ans dans les sciences numériques entre les États-Unis et la France. Aurélie a utilisé ses compétences en mathématiques et programmation informatique dans de nombreuses disciplines telles que l’ingénierie, la médecine, l’éducation, l’économie, la finance ou encore le journalisme. Aurélie s’engage plus généralement à développer un monde technologique inclusif en luttant contre les biais algorithmiques et en communiquant régulièrement et auprès du plus grand nombre sur les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

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