On peut maintenant en être sûr, l’année 2020 aura été celle des contradictions, des injonctions paradoxales sur de nombreux sujets, la gestion des déchets n’étant pas épargnée.

La loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire, dite AGEC, publiée en février 2020 et son ordonnance de juillet 2020 fixent des objectifs ambitieux tant en matière de gestion de la fin de vie des objets (recyclage notamment) que d’amélioration de la conception et de la durée de vie : incorporation de matières premières issues du recyclage, lutte contre l’obsolescence programmée, disponibilité des pièces détachées pour la réparation. Cette loi nécessite cependant une longue liste de textes réglementaires pour sa mise en œuvre : leur rédaction n’est pas aisée car tout ce qui concerne la conception et le cycle de vie d’un objet avant qu’il ne devienne un déchet relève d’obligations issues du droit de la consommation, établies à l’échelle européenne ou nationale dans une optique libérale tout en tenant compte du porte-monnaie des consommateurs et de la protection de leur santé.

Pendant que ce travail fastidieux est mené, les grandes tendances du tri et du recyclage n’ont pas beaucoup évolué : le marché mondial du recyclage reste très déprimé, la Chine ayant annoncé un bannissement total de l’importation pour son industrie de produits issus du tri des déchets, choisissant de privilégier son marché intérieur. Dans les centres de tri de collecte sélective, les choses ont pourtant évolué. La part de journaux-magazines est en diminution, accentuation d’une tendance constatée avant la pandémie avec le recul des ventes de la presse écrite. La fermeture de la plus grande papeterie de France qui ne travaillait qu’avec des journaux-magazines issus des collectes sélectives des collectivités, a eu lieu dans une certaine indifférence générale. Parallèlement la qualité des collectes sélectives s’est dégradée. Doit-on voir là les conséquences de l’extension des consignes de tri à l’ensemble des emballages plastiques ? La récente campagne de publicité télévisuelle de Citeo, l’éco-organisme en charge de l’organisation du recyclage des emballages en France, a-t-elle amené de l’eau à ce moulin en invitant les usagers à jeter dans la poubelle de tri leurs cartons à pizza gras ? Il n’est pas aisé de trouver les origines de ces dégradations de qualité mais les faits sont là.

En ce mois de décembre les nuages se sont épaissis au-dessus des acteurs de la filière organique. Déjà au printemps 2020 l’Etat révisait ses ambitions de contribution du biogaz dans la stratégie de développement des énergies renouvelables au travers de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE). Puis en novembre, 9 ans après la parution de l’arrêté mettant en place un tarif bonifié pour l’injection de biométhane dans les réseaux de gaz naturel, il est demandé à la filière de gagner en productivité, le tarif étant revu à la baisse et réservé aux usines de méthanisation petites et moyennes, les installations injectant plus de 300 Nm3/heure de biométhane devant se plier à la logique d’appels d’offres qui seront lancés par l’Etat. Puis les conditions de retour au sol des matières organiques résiduaires (digestats, composts issus de différents substrats) ont été rendues plus strictes au travers d’un décret dit « socle commun » pour les matières fertilisantes dont la rédaction est pilotée par le Ministère de l’Agriculture. Enfin l’entrée en vigueur à l’été 2021 d’une décision passée assez inaperçue, a fini de noircir le tableau : l’interdiction des chaudières au gaz dans les logements individuels neufs en 2021 et en 2024 pour les logements collectifs, partie intégrante de la nouvelle Réglementation Environnementale 2020. Le biométhane ne constitue donc plus une énergie renouvelable acceptable ? Ou bien faut-il voir le mal partout et considérer qu’il s’agit encore des conséquences du lobbying du tout électrique ?

Pourquoi notre pays n’arrive-t-il pas à se sortir de cette maxime bien connue « le mieux est l’ennemi du bien » ? Pourquoi refuse-t-on toutes les solutions technologiques intermédiaires ou partielles ? Pourquoi rejette-t-on les technologies qui permettent soit de résoudre une partie du problème, soit d’apporter une solution pour quelques décennies en attendant que les techniques 3.0 pour 2050 soient opérationnelles ? Pourquoi refuse-t-on le pragmatisme qui prévaut chez certains de nos voisins européens ? Pourquoi cette logique négative et punitive qui interdit et taxe plutôt qu’encourage ?

Les acteurs du monde du gaz et l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) ont rendu public en janvier 2018 leurs réflexions sur la possibilité en 2050 pour le réseau de gaz naturel d’être 100 % vert. Une belle ambition bâtie sur trois grandes contributions : la production de biométhane par la méthanisation de déchets facilement biodégradables, celle de gaz de synthèse par les procédés de pyrogazéification adaptés aux autres gisements de déchets et enfin la production de méthane et d’hydrogène à partir de l’électrolyse de l’eau (Power-to-gas).

Que fait-on aujourd’hui de cette belle ambition ? Pourquoi les projets de pyrogazéification ne sortent-ils pas des cartons ? Faut-il là également voir l’action de cette pensée dogmatique qui consiste à dire qu’il ne sert à rien de s’intéresser à ces nouvelles technologies de traitement des déchets puisque d’ici quelques décennies les gisements de déchets seront tellement réduits qu’il ne sert à rien d’investir maintenant ? Peut-être, mais en attendant rien ne se passe : les comportements des usagers évoluent certes mais très lentement, le marché du recyclage tourne au ralenti et les quantités de déchets résiduels à traiter, qu’ils soient ménagers ou d’origine industrielle et commerciale, restent très conséquentes alors que les capacités de traitement diminueront mécaniquement à l’avenir sous l’effet de la réglementation.

La gazéification des déchets est une technologie d’avenir car elle crée de fait une nouvelle strate dans la pyramide de la hiérarchie des modes de traitement des déchets. Elle permet certes une valorisation énergétique mais également une matière puisque le méthane et l’hydrogène sont des gaz qui peuvent servir de matière première à des procédés industriels. Elle constitue une voie pertinente à explorer, qui peut-être rendra la gestion des déchets moins déboussolée.

 

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