Nous nous sommes retrouvés dans un fort militaire à Marseille. Il y avait là la gendarmerie, venue en force avec un général, un lieutenant-colonel et un capitaine, la branche cybersécurité d’Airbus, des politiques, des chercheurs et professeurs, des start-ups…

Que ressort-il de cette journée au titre prometteur : « Big Data et Intelligence Artificielle : Quels impacts sur les organisations » ? Eh bien, malgré toute la bonne volonté des organisateurs, malheureusement pas grand-chose. J’ai surtout : assisté à un listing des problèmes actuels sur lesquels les invités planchaient (on verra plus loin que tout n’a pas vraiment été abordé), compris le travail de chacun, écouté des commerciaux qui proposaient leurs services, peu discuté avec mes voisins de table à cause du bruit ambiant et des interventions au micro qui se poursuivaient tandis que nous mangions.

Le discours de chaque intervenant laissait imaginer l’état d’avancement en matière d’I.A. dans son domaine de prédilection. Ainsi du politique qui travaille sur la data dite « publique ». La ville de Marseille a bien compris où était son intérêt et la récolte va bon train pour la constitution de bases de données « sociétales » (?), l’installation de caméra, la mise en place de prédictif policier. Malheureusement, les débats étaient centrés sur la France, sur la région Sud, sur Marseille. À aucun moment il n’a été question d’une économie mondialisée et les termes « Gafa » et « Batx » ont dû être prononcés trois ou quatre fois dans toute cette journée, presque comme des mots grossiers ou politiquement incorrects. C’est peut-être l’aspect le plus surprenant et effarant de cette journée : rester franco-marseillais sur des problématiques mondiales qu’on aborde de surcroit avec un canif !

En parlant d’arme blanche (les « milis » comprendront), la gendarmerie a présenté sa stratégie de positionnement et de travail en mode « start-up ». « Quoi ? La gendarmerie va lever des fonds ? Pas possible ? » avant de comprendre que le capitaine en charge de ce département parlait surtout de logique de fonctionnement et d’équipe. Car la cellule en question, qui adresse tous les sujets d’I.A et de Big Data se compose de… 6 personnes ! Oui, 6 personnes et toutes ne sont pas data-scientists. Cette cellule ne traite pas d’un seul sujet, comme le ferait une start-up, elle s’intéresse à l’ensemble des sujets sensibles autour de l’I.A. et des Big Datas. Vous imaginez le cruel manque de R.H. ?

Sur la vision de l’intelligence artificielle, tous les intervenants s’accordent à dire que l’I.A. n’est ni plus ni moins qu’une série d’algorithmes. Le commercial de l’étape parle de « white box » dans laquelle il sait exactement ce qui est calculé. La singularité est encore très loin, tandis que l’arrivée de vrais algorithmes intelligents est aussi un calendrier dont on ne parlera pas, aussi trop loin (?). À ce moment-là, je me souviens d’une rencontre, deux jours plus tôt, avec une start-up, « spin-off» du CEA, qui propose une I.A. fonctionnant avec de petits jeux de données et une capacité d’analyse transversale : décalage déroutant. En tout état de cause, l’évolution de l’I.A. ne devrait pas être vue comme un « dossier », mais plutôt comme une sorte de cellule en mutation qui cherche (très rapidement) sa forme la meilleure, en agrégeant les découvertes (et les algorithmes).

Nous n’avons pas du tout évoqué le futur à plus long terme. Comme s’il flottait dans la salle la certitude que le Big Data était la gare d’arrivée. Comme si la course se jouait sur la récolte de données sociales et l’équipement de la cité. Alors qu’on le voit, cette révolution industrielle touche à toutes les activités et que ce type de données est aussi déjà entre d’autres mains.

Nous n’avons pas parlé des objets connectés ou de la robotique. Or, nous aurons un jour des robots dans les rues et les magasins de Marseille. Nous n’avons pas abordé le sujet des drones. Il faut imaginer que nous aurons aussi des voitures autonomes dans les rues. Et nous avons encore moins discuté de droit ou d’éthique, ce qui m’a le plus surpris, car c’est sur ce sujet que je plaçais mes plus grands espoirs du jour. Je cherchais des solutions, je dois dire que je ressors un peu circonspect de ces échanges. En fait, aborder l’avenir remet tellement en question l’ensemble des engrenages en place que certains préfèrent peut-être faire l’autruche. « Pendant ce temps-là, chez Alipay… »

Franchement, ce n’est pas mon style de me plaindre, mais le fondant au chocolat fondait !

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

Laisser un commentaire