Dans un monde où tout est instantané, l’Institut Sapiens vous propose de prendre 5 minutes chaque lundi pour (re)découvrir les principales informations économiques et technologiques de la semaine écoulée, commentées par nos experts.

Le blocage allemand sur la taxe GAFA

Source : Les Echos

Il y a deux semaines, le ministre français de l’économie et des finances Bruno Lemaire s’était rendu au Parlement Européen pour convaincre les eurodéputés d’adopter la taxe GAFA, visant à mettre en place un nouvel impôt à hauteur de 3% du chiffre d’affaires des entreprises du numérique à partir d’un certain seuil. La Suède, l’Irlande et plus particulièrement l’Allemagne, se sont opposés à cette nouvelle taxe, argumentant qu’un accord mondial concernant la fiscalité des GAFA était indispensable. Toutefois, le ministre allemand des finances Olaf Scholz reste ambigu sur la question en admettant qu’une nouvelle taxe est urgente et indispensable. Etant donné la position défavorable des Etats-Unis sur la question, il est difficile de croire en la naissance d’un accord mondial concernant cette taxe. L’Allemagne craint surtout les représailles commerciales avec les Etats-Unis que cet impôt européen pourrait susciter, notamment à propos des exportations de son secteur automobile aux Etats-Unis.

Notre analyse : À la suite du déplacement du ministre français de l’économie et des finances au Parlement Européen le 23 octobre, les réactions défavorables à cette taxe ne se sont pas fait attendre. La même semaine, l’Allemagne émettait une forte réticence à ce projet de taxe, souhaitant plutôt se diriger vers un accord mondial. Du côté américain, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin s’est dit formellement opposé à un impôt sur le chiffre d’affaires ciblé sur une activité en particulier, ce qu’il juge de discriminant. La semaine dernière est venue le tour du secteur privé d’émettre son opposition à ce projet, la Tech européenne craint notamment les dommages collatéraux de cette taxe puisqu’elle pourrait être également imposer au même titre que les géants américains. Ce projet phare du président de le République Française Emmanuel Macron a donc pris du plomb dans l’aile. Cela n’est pas forcément négatif étant donné qu’une potentielle contre-attaque simultanée du gouvernement américain et des GAFA aurait une incidence considérable sur l’exportation de biens et de services européens. Les GAFA pourraient dans cette optique revoir leurs algorithmes concernant les moteurs de recherche et la publicité en ligne pour privilégier des sites et des produits américains. Enfin, cela pourrait également réveiller la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe.

 

L’Etat s’apprête à surveiller les réseaux sociaux pour lutter contre la fraude fiscale

Source : Franceinfo

Le ministre français de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin va annoncer dimanche soir le début d’une expérimentation concernant la détection de fraude fiscale via les réseaux sociaux. Cette dernière reposera sur les photos et informations postées en ligne sur des comptes publics. Celles-ci seront ensuite croisées avec les impositions fiscales des citoyens pour établir une moyenne statistique et repérer les profils s’éloignant de cette norme. Ensuite, pour les profils soupçonnés de fraude fiscale, une enquête stricte dans un cadre fiscale ou judiciaire devra être menée à bien. Le ministère travaille en collaboration avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui n’a encore totalement approuvé cette expérimentation.

Notre analyse : Cette expérimentation ressemble fortement à ce qui se fait actuellement en Chine, où le gouvernement espionne les individus grâce aux ressources de la technologie numérique. L’Union Européenne, avec comme argument le RGPD, devrait réagir dans une optique de protection des données individuelles. Malgré la légalité de ce dispositif, ce dernier peut être toutefois qualifié de fortement intrusif. Même si les données récoltées proviennent uniquement de comptes publics, nous n’avons encore aucune information sur les réseaux sociaux ciblés, où certaines données considérées comme privées peuvent apparaître en public. Enfin, déléguer la première interprétation de la moyenne statistique selon les groupes d’imposition de chacun, ainsi que la détection de cas hors de la norme par une IA peut laisser perplexe, tant le caractère aléatoire de l’être humain au niveau psychologique et comportementale entre en jeu lorsqu’il s’agit de décisions individuelles de dépenses.

 

Samsung se prépare à investir fortement dans l’IA

Source : Capital

Lors de sa conférence réunissant les développeurs du géant électronique sud-coréen le 7 novembre à San Francisco, Samsung Electronics a annoncé son intention d’investir 22 milliards de dollars dans l’IA d’ici 2020. De plus, son vice-président exécutif et directeur de la division chargé du développement de l’IA Eui-Suk Chung a assuré que Samsung allait également investir dans le capital humain en recrutant 1000 experts en IA sur la même période. Le numéro un mondial des smartphones et de la télévision multiplie les investissements dans le domaine pour accélérer sa transformation vers le secteur des logiciels et des services. D’ailleurs, la firme dispose désormais de huit centres de recherche en IA, dont quatre en Amérique du Nord, deux en Union Européenne dont un en France, un en Russie, et un en Corée du Sud.

Notre analyse : L’IA suscite toutes les convoitises et la course à son développement ne fait que s’accélérer, que ce soit au niveau privé avec les géants du numérique qui multiplient leurs investissements, ou au niveau public avec des gouvernements qui ne cessent de favoriser la recherche et le développement dans le domaine. La réelle question que ces investissements pose désormais concerne la localisation de ces derniers. L’ouverture de centres de recherches, le recrutement d’experts en numérique, les dépenses privées en R&D permettent de dynamiser l’activité économique d’une région, de créer des emplois et de nouveaux métiers, de proposer des paniers de biens et de services innovants aux consommateurs … etc. L’attractivité de l’Union Européenne concernant le développement de l’IA pour le secteur privé reste en deçà de la Chine ou des Etats-Unis, tant d’un point de vue financier que juridique. Alors que nos concurrents ont bien compris l’impact futur que l’IA génèrera sur la croissance, comme en démontrent les investissements de la Chine à hauteur de 14 milliards de dollars, ou de 2 milliards de dollars de la Darpa dans l’IA, l’Europe reste en retrait en menant des politiques décentralisées de développement du numérique, comme par exemple le « plan IA » en France. Ces dernières restent des initiatives encourageantes mais loin d’être suffisantes pour concurrencer de manière globale la Chine et les Etats-Unis dans la course à l’IA.

 

La place des ingénieurs dans l’industrie du futur

Source : Le Monde Campus

Traditionnellement, les ingénieurs ont des missions liées au pilotage, à la conception ou encore à la construction. L’industrie 4.0 bouleverse ce métier et demande de nouvelle compétence. Ayant comme caractéristiques une flexibilité très forte et une interconnexion de toutes les parties de l’entreprise, les compétences désormais demandées aux ingénieurs sont notamment la polyvalence et l’adaptation continue aux nouvelles technologies. Les établissements français de formation l’ont bien compris et proposent désormais des cursus adaptés aux entreprises de demain. Ces nouvelles formations ont des thématiques comme le big data, l’impression 3D ou encore le « lean management ». Ceci permet à ces établissements de répondre aux nouvelles demandes des entreprises, et donc de rendre compétitif l’ingénieur français sur le marché européen du travail.

Notre analyse : Le machine learning, l’imprimante 3D, le cloud, et plus globalement les nouvelles technologies du numérique et du digital sont déjà très largement répandues dans le monde de l’entreprise et continues de s’immiscer dans le système productif français. Les compétences traditionnelles des ingénieurs sont bien sûr à sauvegarder. Cependant les nouvelles compétences liées au numérique doivent être rapidement intégrées dans les cursus des formations nationales dans l’optique de créer une réelle plus-value française dans le domaine de l’ingénierie numérique. Malgré que certains établissements lancent des formations innovantes, nous constatons que cette prise de conscience s’effectue d’une manière lente. D’ailleurs, concernant la formation dans le domaine du numérique, le rapport Villani conclu que la France dispose d’un certain potentiel dans le domaine de l’IA où l’Hexagone se situe parmi les 4 premiers pays au monde pour la production d’articles scientifiques sur l’intelligence artificielle, avec la Chine, les Etats-Unis, et le Royaume-Uni. Ceci est notamment dû à son excellence en mathématiques, en STIC et en SHS. Toutefois, les formations en la matière restent limitées puisque nous ne dénombrons en 2018 que 18 mastères spécialisés dans l’IA en France.

 

Le prétendu côté obscur de l’intelligence artificielle

Source : SciencePost

Le philosophe Éric Sadin a publié il y a deux semaines un ouvrage intitulé L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, anatomie d’un antihumanisme radical. Dans ce dernier, il explique l’asservissement de l’humanité à l’IA en matière de choix, et donc de libre arbitre. Toujours selon le philosophe, ce phénomène de conditionnement de nos décisions est déjà à un stade avancé contenu de la montée des technologies du numérique et du digital. L’auteur annonce que l’IA n’a pas vocation à accompagner l’être humain, mais à se présenter comme énonciatrice de vérité. Pour E. Sadin, les exemples de cet asservissement de l’homme à l’IA sont nombreux et sont présents dans nos vies quotidiennes. C’est par exemple le cas lorsqu’un coach sportif numérique nous propose tel ou tel régime, et encore dans le secteur médical lorsqu’une IA fournit un diagnostic.

Notre analyse : L’IA doit être vu non pas comme un moteur d’asservissement de l’humanité, mais comme une formidable opportunité à l’être humain d’évoluer. L’importance du défi qui se présente aujourd’hui à l’Homme ne doit pas être occulté par la peur de l’innovation. L’asservissement de l’être humain ne se fera à la seule condition de la perte de notre esprit critique et donc de notre capital humain. Au contraire, si l’IA peut fournir des analyses extrêmement précises sur des millions de données, il est de nos compétences d’interpréter, de critiquer, et de rien prendre pour acquis concernant ces dernières. La hausse du capital humain de chacun est donc une priorité dans l’optique de rester maître de nos choix face à la multitude de données et d’analyses que nous délivre l’IA.

Chargé de mission à l’Institut Sapiens depuis mai 2018. Actuellement en Master 2 Macroéconomie et politiques européennes à la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il s’intéresse notamment aux problématiques liées aux sources de la croissance et du développement économique.

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