Les mesures de confinement visant à mettre l’économie sous cloche ont été extrêmement violentes pour nos entreprises. Décrétée du jour au lendemain pour des raisons sanitaires, la mise en quarantaine de la population française a entraîné la mise au chômage partiel de 10,2 millions de salariés, une chute de l’activité de 35 % et un arrêt forcé de 730.000 entreprises.

La perspective d’un déconfinement au 11 mai ne sera pourtant pas la fin du calvaire pour notre tissu économique : alors que les entreprises du secteur touristique ne pourront pas reprendre immédiatement leur activité, la perspective d’une seconde vague fait planer la menace d’une nouvelle période de confinement.

Dans l’hypothèse où les modélisations de l’épidémiologiste anglais Neil Ferguson seraient exactes, nous devrons nous astreindre à alterner les périodes de confinement et de vie normale jusqu’à l’obtention d’un vaccin et nous résoudre à passer les deux tiers de notre temps en confinement jusqu’à la fin de l’année 2021.

Pour éviter de connaître une succession d’épisodes économiques douloureux, il est indispensable d’aider nos entreprises à s’adapter dès maintenant, pour déjouer le piège d’une activité sinusoïdale dans les prochains mois. Des transformations imposées par le risque sanitaire et qui pourraient ainsi prévenir de nouveaux arrêts brutaux dus à d’éventuels nouveaux épisodes de confinement.

Automatiser un maximum de métiers

La plupart des métiers constituant la deuxième ligne de défense dans le conflit contre le Covid-19 (caissiers, manutentionnaires, livreurs) présentent un fort potentiel de digitalisation. Ces actifs sont concurrencés par des alternatives technologiques pouvant réaliser la plupart de leurs tâches sans surveillance.

L’accélération de la digitalisation de ces métiers favorisera la continuité d’activités économiques essentielles lors de prochains épisodes de confinement, sans mettre en péril la santé des personnes concernées.

L’enjeu sera alors d’éviter un effet Atkinson de creusement des inégalités sous l’effet du progrès technique, tout en incitant les entreprises à investir dans les solutions de substitution. Pour y parvenir, il pourrait être intéressant d’augmenter les mesures de surinvestissement et de les conditionner à la mise en place d’un plan de formation des actifs concernés vers des métiers plus pérennes et moins exposés.

Adapter les politiques commerciales

L’un des effets du confinement a été l’arrêt brutal d’une grande partie des commerces. Malgré certaines initiatives locales assurant une continuité d’activité, l’Insee estime que les transactions liées au commerce physique ont chuté de 80 % par rapport à l’année dernière. En revanche, pour le commerce en ligne cette chute n’a été « que » de 20 %.

Pour prévenir une réplique à l’épisode que nous connaissons, il faudra s’appuyer sur cette résilience et encourager les commerces et les artisans de toutes tailles à mettre en place des dispositifs de vente de produits en ligne. Pour faciliter la livraison, les exécutifs territoriaux pourraient autoriser de manière temporaire et exceptionnelle la mise en circulation de solutions technologiques, à l’instar des drones et des véhicules autonomes, pour assurer l’acheminement des marchandises des lieux de stockage vers le domicile des clients, sans aucune interaction humaine directe.

Enclencher un management sanitaire

Lors du confinement, la France a découvert de façon massive mais imposée le télétravail. La Dares estime à 25 % la part des actifs concernés. Cette pratique est un formidable amortisseur économique, permettant une continuité de l’activité sans interaction physique. A l’avenir, elle doit devenir une norme pour les actifs éligibles. Former et équiper les salariés comme les managers est essentiel pour en assurer le bon fonctionnement et la pérennité.

Ainsi, plutôt que de créer des postes de « chief health officer » dans les entreprises, la politique sanitaire interne des entreprises doit plutôt reposer sur le télétravail comme un élément constitutif, au même titre que le port du masque et le recours aux gestes barrières.

La sortie de crise n’accouchera pas d’un grand soir, mais de petits matins. Dans le monde post-Covid, l’enjeu ne sera pas de tout révolutionner sur le plan économique – imaginons un instant les effets dévastateurs qu’auraient eu le confinement sur une économie centralisée et autarcique – mais bien de s’adapter à cette nouvelle donne virale, et de tout faire pour éviter de revivre un autre grand confinement.

Réussir le déconfinement économique passera par la prévention d’une rechute pour nos entreprises en recourant aux initiatives numériques. Un virus microscopique pourrait ainsi avoir plus fait que n’importe quelle stratégie digitale en transportant la plupart de nos entreprises dans un nouveau monde numérique.


Publié dans les Echos

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