La présentation d’un robot taxi opérationnel est une preuve de plus que notre marché du travail va être complètement bouleversé par la vague du numérique, mais que rien n’est prévu pour l’accompagner.

L’entreprise lyonnaise Navya a présenté le 7 novembre son prototype de taxi autonome sans chauffeur, baptisé Autonom Cab qui pourrait être opérationnel dès 2018. Le concept est simple : à la manière d’un VTC, vous pouvez commander une course sur votre smartphone dans un véhicule vous emmenant où bon vous semble, sans l’intervention d’un chauffeur humain. Si l’on peut se féliciter du fait qu’une de nos entreprises soit en lice pour décrocher le titre de premier vendeur de taxi-robot au monde, on peut néanmoins s’inquiéter du manque de réaction face à cette révolution.

Le coût d’un de ces véhicules est d’environ 240.0000 euros, soit environ le même que celui d’une licence de taxi à Paris. C’est là où le bât blesse : l’investissement total du véhicule autonome ne correspond qu’au coût d’entrée d’un individu sur ce marché, qui devra en plus débourser des frais de formation liés à son métier, et l’achat de son véhicule pour fournir le même service que ce « robot-taxi ». L’individu souhaitant devenir chauffeur aura donc un handicap financier face à la machine. A cela s’ajoute des contraintes physiologiques, un humain ne pouvant circuler de manière continue de jour comme de nuit, contrairement à un robot taxi. En termes de coût pour le client, l’intelligence artificielle guidant le véhicule autonome ne demandant pas de salaire, le prix de la course sera alors plus faible que chez un humain, la rendant beaucoup plus compétitif.

L’exemple du véhicule autonome est symptomatique de notre rapport à la révolution numérique : les futurs naufragés pensent pouvoir se réfugier derrière la digue législative en espérant que le politique fera tout pour l’empêcher de céder. La législation empêche pour le moment un véhicule de circuler sans conducteur derrière le volant. Mais jusqu’à quand ? Les lobbies sont déjà à l’œuvre pour corriger cette disposition. Les consommateurs devraient être les premiers à demander leur libre circulation, qui offriront alors un service identique à celui d’un taxi pour un coût moindre et une disponibilité immédiate sans interruption. La digue finira donc par céder et la vague du numérique engloutira très vite les 100.000 chauffeurs de taxi et de VTC.

Face à cette situation, advienne que pourra semble donc être le crédo en vigueur. Que ce soit de la part des pouvoirs publics ou des principaux concernés à savoir les chauffeurs, aucune voix ne s’élève pour alerter ou sensibiliser à ce problème. Un attentisme inquiétant, les dernières revendications des syndicats de taxi ne concernant que l’arbitrage de leur concurrence avec les VTC. Une fois que ces véhicules autonomes circuleront, l’Etat nounou ne pourra rien faire pour eux, car comme l’expliquait Marx : la technologie reste plus forte que les technostructures juridiques et politiques.

Face à cette transformation induite par le numérique, la formation des individus est un levier pour leur permettre de rester compétitif face aux machines. La compétitivité ici ne s’exprime par en terme monétaire mais bien en termes de compétence, de savoir accomplir des tâches que la machine ne sera pas en capacité de réaliser à moyen terme. La formation est la clé pour augmenter nos compétences et notre capacité à résister à nos propres créations technologiques disruptives. Les chauffeurs de taxi d’aujourd’hui doivent accepter que la pratique de leur métier possède une date de péremption proche et doivent donc se préparer à se réorienter professionnellement. Des métiers sont en cours d’émergement. Dernièrement, nous avons appris qu’il y aura bientôt plus de morts que de vivants sur Facebook. On peut ainsi gager que le métier de gestionnaire de funérailles numériques, qui a connu une très forte progression en 2017, constitue un métier d’avenir pour lequel il faut former les actifs volontaires occupant des métiers aujourd’hui menacés.

Ceux qui au contraire, affirment qu’il faut légiférer pour tenter de contenir la vague numérique, ou taxer les robots pour augmenter leur coût d’utilisation n’ont pas saisi qu’à l’heure du numérique, le temps économique est bien plus rapide que le temps législatif : le temps de faire voter une loi empêchant une tornade de passer sur un territoire, celle-ci a déjà tout dévasté sur son passage.

Le numérique va secouer notre marché du travail, c’est indéniable. La meilleure façon d’anticiper cette vague est de tenir un discours de vérité sur ses conséquences, sur les emplois détruits, en préparant au mieux les actifs dont le métier est menacé en leur offrant une formation adéquate leur permettant de survivre dans un marché du travail transformé. C’est à cette condition que l’on pourra préparer les actifs et les citoyens à survivre à cette révolution et à en tirer tous les bénéfices possibles.

Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail et aux questions de formation. Il dirige les études de l’Institut Sapiens depuis décembre 2017.

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