Ils avaient commencé avec les prisonniers. C’était très rapide : un simple passage à l’infirmerie du pénitencier, une injection presque indolore pratiquée en ambulatoire et le module électronique se retrouvait sous la peau, au bas du dos, région difficile à atteindre. Il était quasiment impossible de se charcuter seul, dans sa cellule, pour se défaire de ce mouchard qui non seulement donnait en temps réel la position GPS du détenu, mais aussi toutes ses constantes vitales. S’il dormait, les gardiens le savaient. S’il était énervé, calme, excité, drogué ou tout simplement fatigué, ils le savaient aussi. Mieux encore, les gardiens pouvaient à distance activer la libération d’une dose de poison , létale ou seulement paralysante, en cas de besoin. C’était très pratique. Les prisonniers furent les premiers, les cobayes.

Ce procédé d’implantation d’une puce personnelle dépassa toutes les espérances des concepteurs. Les mutineries ne se vivaient plus que dans les livres d’histoire ou au travers de films d’époque. Les repris de justice passaient plus souvent par la case « hôpital de jour » que par la case « prison », ce qui soulagea d’autant de dossiers les tribunaux tout en encombrant les hôpitaux, dont les chirurgiens étaient largement subventionnés pour ces opérations.

Après réflexion (?), les politiques décidèrent alors qu’il fallait absolument faire profiter le citoyen lambda de ces avancées. Une nouvelle puce fut créée, un nouveau procédé d’implantation aussi. Pour la sécurité de tous, le chirurgien ne disait pas au patient à quel endroit il lui avait placé le traqueur de sorte que personne ne pouvait l’enlever sans avoir l’accès au dossier médical. Il aurait fallu labourer tout le corps pour la trouver. Les avantages étaient incroyables. Plus besoin de carte bleue, la puce payait sans contact. Plus besoin de caissier non plus, la puce enregistrait tous les produits à sa proximité de sorte qu’en sortant du magasin, les objets récupérés nous étaient facturés. Plus besoin de clé de voiture, d’ouvrir une porte de sécurité, d’allumer les lumières dans une pièce. La puce, encore elle, se chargeait de signaler notre présence face à la voiture, au travail ou dans notre salon. Le reste n’était qu’informatique, domotique, technologie « contactless » et paramétrage simplifié. Même les infarctus étaient détectés par le module biologique amélioré.

L’année suivante, on décida de pucer l’ensemble de la population, et ce dès la naissance. Ainsi, les parents pouvaient suivre leurs enfants à distance lorsqu’ils allaient à l’école et leur faire virer un peu d’argent de poche directement sur la puce. Les cas d’enlèvements d’enfants devinrent extrêmement rares et les quelques violeurs et autres monstres encore en activités se faisaient arrêter dans l’heure suivant leur délit. Toutes ces alertes étaient disponibles jusqu’à 18 ans pour les parents ravis de se sentir enfin à la hauteur de leur rôle d’éducation.

L’arrivée des puces a sacrément perturbé l’économie : les caméras de surveillance urbaine ne servaient plus à rien, les magasins autonomes (qui en étaient au début de leur expansion) furent entièrement repensés, les patrouilles policières étaient limogées, tout se faisait à distance.

Et, même si le gouvernement nous fliquait 24 heures sur 24 pour les raisons les meilleures, nous avions fini par oublier ce côté un peu intrusif.

Je pense que nous étions heureux.

Un jour que je regardais la télé, j’ai appris que les puces avaient été piratées…

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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