Le rapport « Les manipulations de l’information, un défi pour nos démocraties » publié en aout 2018 et réalisé par le CAPS (Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie – ministère des Affaires Étrangères) et l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire) mérite lecture.

La désinformation est vieille comme le monde. Les nouvelles technologies dépoussièrent le sujet, remplaçant les tracts largués par avion sur les terrains par des avalanches de SMS ciblés, ou encore la réalisation de Fake News avec, même, des personnages fictifs, telle Jenna Abrams, militante pro-Trump twittant de 2014 à 2017 et qui pourtant… n’existait pas (c’était une création de l’IRA, l’usine à trolls de Saint-Pétersbourg, du Kremlin) !

À l’heure où la DARPA (US Defense Advanced Research Projects Agency) finance le Media Forensics Project dont l’objectif est de développer des technologies capables de cibler et identifier automatiquement les « deepfake videos », il apparait que la menace s’amplifie, avec la capacité des Intelligences Artificielles à ne modifier qu’une partie d’un discours vidéo, parfois même en plusieurs versions, semant le doute dans la sphère boulimique d’informations numérisées.

Rendons à César ce qui lui appartient et aux Russes la paternité du mot « dezinformatzia« . On peut imaginer que le Kremlin va aller dans le futur dans les directions suivantes :

  1. Cinétisation. Testée lors de l’annexion de la Crimée, l’opération a consisté à agir sur les réseaux physiques (en coupant des câbles DATA et voix), avec deux vecteurs principaux, le sous-marin (très facilement piratable) et le spatial, où l’on observe aussi certaines manoeuvres autour des satellites. Donc : une cinétisation de la guerre de l’information.
  2. Personnalisation. Altération du moral des troupes par SMS, profilage des familles par réseaux sociaux et diffusion de morts prématurées sont deux exemples de sape du moral d’un pays. (utilisé en Ukraine). Dans les états baltes, ce sont des personnels de l’OTAN qui ont subi des attaques par exploitation d’informations provenant des réseaux sociaux…
  3. Normalisation : par un élargissement des médias relayant les thèses du Kremlin. L’idée est aussi de faire diversion avec des fuites grossières masquant des attaques beaucoup plus subtiles.
  4. Proxysation. L’Europe et les US représentant une population plus imperméable, on note un déplacement des actions russes vers l’Afrique et l’Amérique latine, plus facilement manipulables et pourtant très connectées, avec une instrumentalisation de tensions ethniques, religieuses ainsi que par l’exploitation du vieux ressentiment à l’égard des anciens colonisateurs. C’est actuellement le cas au Maghreb, investissement massif de la Russie avec des messages anti-européens (l’objectif étant de faire un point-relai vers leurs familles expatriées en Europe !)

Le fait est que la Russie est peut-être leader, mais d’autres pays utiliseront bientôt ces outils. La France et l’Europe doivent se pencher très sérieusement sur ces sujets : Propaganda, dezinformatzia !

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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