Dans un monde où tout est instantané, l’Institut Sapiens vous propose de prendre 5 minutes chaque lundi pour (re)découvrir les principales informations économiques et technologiques de la semaine écoulée, commentées par nos experts.

Le « prix Nobel d’économie » attribué à William Nordhaus et à Paul Romer pour leurs travaux sur la croissance durable

Source : Le Monde

Le prix de la banque de Suède en sciences économiques a été remis lundi 8 octobre à Paul Romer pour ses travaux sur les sources de la croissance et à William Nordhaus pour ses modèles de prédictions des coûts futurs du changement climatique. Paul Romer, ex-économiste en chef de la Banque Mondiale, a introduit dans ses modèles de croissance, l’existence d’un capital technologique ou autrement dit l’existence du progrès technique, qui serait au même titre que le travail et le capital, un facteur à prendre en compte dans la productivité d’un agent économique. William Nordhaus a quant à lui travaillé sur le thème du changement climatique en incluant l’impact des émissions de gaz à effet de serre dans son modèle DICE (Dynamics Integrated Climate Economy Model – 1992) qui vise à évaluer les coûts futurs du changement climatique. Cela fait de lui l’un des pionniers de la notion du prix du carbone par tonne.

Notre analyse : Cette attribution du « Nobel de l’économie » coïncide avec la publication du rapport du GIEC sur les conséquences du réchauffement climatique. Après avoir récompensé l’américain Richards H. Thaler en 2017 pour ses études sur l’économie comportementale, les thèmes de la croissance et de l’environnement sont à l’honneur cette année. Plus précisément, les travaux de Romer incluent l’innovation au cœur du processus de croissance, au travers du progrès technique. Ce dernier est pour la première fois un facteur endogène de la croissance économique, d’où son nom : le modèle de la croissance endogène (1986).
William Nordhaus a été le premier à modéliser les effets des émissions de gaz à effet de serre sur la croissance. Ce dernier a essayé d’évaluer la quantité optimale de pétrole à consommer, et donc le montant optimal des taxations des émissions de carbone à mettre en place pour stimuler au mieux la croissance et pour minimiser les effets négatifs que peut provoquer cette consommation.

 

Le rapport alarmant du GIEC sur les conséquences du réchauffement climatique

Source : Les Echos

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié ce lundi un rapport alarmant sur l’évolution du réchauffement climatique et de ses conséquences. Dans ce dernier, les scientifiques alertent sur le fait qu’une hausse de la température supérieure à 1,5° Celsius serait catastrophique pour l’Homme et pour toutes les espèces peuplant la Terre. Même si une augmentation inférieure à 1,5° Celsius serait gérable et réversible, elle provoquerait néanmoins d’importants dégâts, comme la disparation de nombreuses espèces ou la diminution de nos ressources alimentaires. Pour converger vers cet objectif, le rapport prévoit un besoin de financements d’environ 2.400 milliards de dollars d’ici 2035, soit 2,5% du PIB mondial en 2018.

Notre analyse : La dégradation de notre capital environnemental s’accroit à vue d’œil et les sonnettes d’alarmes sont toutes enclenchées. Les initiatives de ces dernières années liées notamment aux accords de Paris en 2016, qui avaient comme objectif de ne pas dépasser un accroissement de la température de 2° Celsius d’ici 2100, s’avèrent insuffisantes. Toutefois, même si l’investissement dont nous avons besoin pour rester sous la barre des 1,5° Celsius s’avère immense, nous pouvons quelque peu nous rassurer en comparant ce dernier à d’autres postes de dépenses telle que la R&D qui représentait en 2015 2,23% du PIB mondial, soit environ 2 519 milliards de dollars, c’est-à-dire une somme supérieure aux besoins de financements prédis. De ce fait, une réallocation de 133 milliards de dollars dépensés chaque année en R&D en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, soit seulement 5,3% du total, serait largement suffisante pour réaliser cet investissement. Pour que cette réallocation soit effectuée, le secteur privé, qui est le seul à pouvoir assurer un tel investissement, doit être mis à contribution par les gouvernements et les instances mondiales grâce à la prise en compte de la dégradation environnementale dans le calcul des PIB nationaux et l’instauration de mesures plus strictes concernant la préservation de notre capital environnemental.

 

Le secrétaire d’Etat chargé du numérique annonce plusieurs réformes de la French Tech

Source : L’Usine Digitale

Mounir Mahjoubi a annoncé le 10 octobre des changements et des nouveautés de la French Tech dans l’optique de continuer à aider, fédérer et promouvoir les entrepreneurs français. La première réforme concerne le « French Visa » qui permettait de recruter facilement des talents du numérique hors Europe. Ce dernier était délivré dans un délai de deux à six mois. Désormais, il sera disponible en quelques semaines. La deuxième concerne la création d’un nouveau label « Capital French Tech » qui aura pour objectif de valoriser les territoires regroupant des entreprises innovantes, ainsi que les écosystèmes locaux en les fédérant en communauté. Enfin, une aide financière à ces regroupements à hauteur de 3 millions d’euros est prévue. De plus, une enveloppe de 400 millions d’euros a été annoncée pour soutenir en priorité les start-ups de la deep tech.

Notre analyse : Même si les changements annoncés ne peuvent qu’améliorer la compétitivité de nos start-ups et de nos entreprises innovantes, cette réforme ressemble plus à un approfondissement de ce qui est déjà fait qu’à une réelle avancée. La hausse de la compétitivité qui résultera de ces changements est bien entendu positive mais ne saurait rivaliser avec les investissements massifs américains (la Darpa a investi 2 milliards de dollars dans l’IA il y a quelques semaines) ou chinois (14 milliards de dollars ont été débloqués pour le développement de l’IA). La hausse de la compétitivité résidera à terme dans l’élaboration d’un important budget commun européen pour la recherche et le développement. En 2015, lorsque l’on additionne les dépenses de tous les Etats-membres de l’Union européenne, les dépenses publiques en R&D s’élevaient à 332 milliards de dollars, celle de la Chine à 228 milliards de dollars. La mise en commun des budgets européens permettrait donc de rivaliser financièrement avec nos concurrents en matière de nouvelles technologies.

 

Les producteurs cinématographiques, et notamment AT&T, lancent leurs propres plateformes pour concurrencer Netflix

Source : L’Opinion

Après les annonces de Disney ou d’Apple, AT&T prévoit également de lancer sa propre plateforme de contenus audiovisuels. Grâce à ces filiales Warner Media ou HBO, le producteur cinématographique américain proposera ses contenus sous licences telles que la saga « Harry Potter », ainsi que la célèbre sitcom « Friends », ou encore la série phare de HBO « Games of Thrones ». En parallèle de cette nouvelle offre, AT&T souhaite se rapprocher des dépenses de Netflix, qui s’élève actuellement à 8 milliards de dollars contre seulement 2,5 milliards de dollars du côté de HBO et va donc investir davantage dans ce sens.

Notre analyse : Le business des plateformes audiovisuelles est aujourd’hui en plein essor et Netflix est en position de force avec un chiffre d’affaires de 11 milliards d’euros en 2017, 53,6% des part de marché en Amérique du Nord et avec plus 120 millions d’abonnés à travers le monde. Avec les plus-values réalisées, le secteur attire l’attention des producteurs cinématographiques traditionnels tel que AT&T. Détenant HBO et Warner Media, qui est le 3ème plus grand groupe de production cinématographique en terme de chiffre d’affaires, la firme a un important contenu à proposer sur sa plateforme. AT&T n’est pas la première firme à annoncer le lancement de sa plateforme de contenus audiovisuels. Disney compte sortir la sienne fin 2019. De même pour Apple avec sa plateforme AppleVideo prévue pour 2019 également. Signe que les gains potentiels du marché des plateformes de contenus audiovisuels personnalisés n’ont pas fini d’attirer des concurrents pour Netflix.

 

Selon la Banque Mondiale, l’investissement dans le capital humain est un facteur primordial de la croissance économique

Source : Le Monde

La Banque mondiale a publié un nouvel indicateur pour mesurer le degré de capital humain d’une population selon certains critères tels que le niveau d’éducation, l’espérance de vie à la naissance ou encore l’accès à la santé. Ce nouvel indicateur vise à démontrer comment les investissements en capital humain augmentent de manière significative la productivité des individus, et in fine la croissance économique. Le classement montre que les populations des pays asiatiques détiennent le plus important capital humain avec en première position Singapour, la Corée du Sud et le Japon. Le bas du classement est occupé par certains pays africains tels que le Niger, le Soudan du Sud et le Tchad. Le classement des pays africains est d’autant plus alarmant que, ayant pour la majorité une population vivant dans une extrême pauvreté, le capital humain est la plupart du temps la dernière source de productivité qu’ils ont à leurs dispositions.

Notre analyse : Le capital humain est un important facteur de croissance économique. Développé par Lucas en 1988, ce dernier est lié par exemple à l’éducation, à la R&D ou encore aux infrastructures des TIC. Plus ces domaines sont abreuvés par des investissements, plus le capital humain d’une population grandit et augmente la productivité des individus. Les pays asiatiques l’ont bien compris en investissant massivement dans la R&D par exemple. En 2016, les dépenses publiques en R&D au Japon et en Corée du Sud représentaient respectivement 4,23% du PIB et 3,28% du PIB. En comparaison, des pays comme l’Inde ou l’Afrique du Sud investissent moins de 1% de leurs PIB en R&D. Le résultat est un taux de croissance annuel moyen depuis 1960 supérieur à 6% pour Singapour et la Corée du Sud, lorsque celui de l’Inde et de l’Afrique du Sud sont inférieurs à 1,1%. Autre preuve que l’investissement dans le capital humain génère de la croissance économique, la Corée du Sud est passée d’un PIB par habitants égal à celui de la Somalie en 1957 à un PIB par habitants supérieur à celui de l’Espagne en 2017.

Chargé de mission à l’Institut Sapiens depuis mai 2018. Actuellement en Master 2 Macroéconomie et politiques européennes à la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il s’intéresse notamment aux problématiques liées aux sources de la croissance et du développement économique.

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