Le 4 avril dernier, l’initiative française des « 24 heures des confinés » permit à 80 sportifs européens de s’élancer à pied ou à vélo. De chez eux. Le sport fait l’objet d’une attention nouvelle, comme le prouve la croissance exponentielle des téléchargements et visionnages d’applications et de sessions sportives sur Youtube, Instagram ou AppleStore. C’est une dynamique remarquable qui confère au sport la garantie de bien-être du confiné et de sa préparation à la sortie de crise. Jamais adage « un esprit sain dans un corps sain » cher à Juvénal n’aura pris autant de sens. La crise actuelle est un marathon qui s’impose à nous. Au-delà des entrainements personnels, qui révèlent une certaine créativité française -sourions aux bouteilles d’eau utilisées comme haltères, aux torchons pour les élongations, au liquide vaisselle comme tapis de course – ces néo-athlètes portent un message symbolique. Le sport est une plateforme d’éducation qui embrasse trois dimensions : dépassement de soi, connexion à l’autre et mobilisation collective.

Dépassement de soi d’abord. La crise sanitaire a contribué à l’écriture de ces ordonnances sportives. Le sport renoue avec sa fonction préventive qui, si elle était entendue de tous, n’était absolument pas pratiquée par la majorité. Un adulte sur deux déclare ne pas pratiquer d’activité sportive. Ce constat a fait de la pratique sportive un engagement de Paris 2024, dans la droite ligne du programme « La santé vient en bougeant ». L’activité sportive augmente le système immunitaire, renforce le mental et diminue les tempéraments dépressifs.  Face aux incertitudes qui nous minent aujourd’hui, la reprise attend du sport la réconciliation du corps et de l’esprit.

Le sport s’inscrit également comme élément structurant de notre cohésion sociale. Au-delà des familles qui retrouvent, grâce au sport, un lien intergénérationnel, la technologie vient au secours de l’esprit de compétition en nous permettant de nous confronter à l’autre. Amplifiés par les réseaux sociaux et soutenus par des capteurs et autres wearables, les défis foisonnent, comme en témoigne le « Confined Sport Challenge » qui a rassemblé, via Facebook, un millier de coureurs. Les entreprises ont bien identifié ces opportunités et beaucoup organisent leurs propres compétitions à distance. Pour le dirigeant, elles mettent en avant le cadre normatif du sport (règlement), l’acquisition de compétences dans un cadre de progression et une dimension collective. Procédures, Performance et Cadre collectif : ce sont les enjeux fondamentaux de toute entreprise qui prépare sa reprise.

Pour les gouvernements, le sport devrait aussi être le dénominateur commun de la sortie de la crise. La reconstruction du tissu social et la reprise économique dépendent du citoyen, de sa force mentale, de ses disponibilités physiques et intellectuelles. Si Winston Churchill attribua ironiquement sa longévité à un « no sport, young man, absolutely no sport », c’est un Boris Johnson, maintenant sorti des soins intensifs, qui recommande aux Britanniques de faire du sport une fois par jour. Dans de nombreux pays, les autorisations de déplacement prévoient l’exercice physique. Au-delà du bénéfice individuel, le sport prévention permettait déjà des économies notoires sur les systèmes de santé publique. Avec 25 millions de français qui font du sport régulièrement, c’est 6 milliards d’économie pour le système[1].

Citius, Altius, Fortius. Pour le Père Didon- qui inspira le Baron Pierre de Coubertin- Citius, plus vite, se rapportait à l’esprit ; Altius, plus haut, à l’élévation de l’âme et aux valeurs humaines ; Fortius, plus fort, au corps développé par le sport.  Ces composantes essentielles du sport nous donnent ce dont nous avons besoin pour sortir de la crise : la mobilisation du corps et de l’esprit, la responsabilisation et le sens de l’effort, la volonté de se dépasser. Tous ensemble. C’est pourquoi le sport doit être la cheville ouvrière de notre sortie de crise et du redéploiement de nos activités.

[1] Rapport Edwige Avice, présidente du Conseil National des Activités Physiques et Sportives (CNAPS), 2007

 

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