« Il faut augmenter le smic de 10, 15, voire de 20 % ». La nouvelle proposition des Républicains, sérieusement énoncée par la voix de son vice-président, Guillaume Peltier, témoigne de la désorientation d’un parti politique qui avait pourtant fait preuve d’un réel sérieux méthodologique et économique dans la présentation des projets économiques lors de la primaire de la droite et du centre.

Pourquoi ne pas proposer une augmentation de 50 % du smic ? Pourquoi ne pas le doubler ? Pourquoi même ne pas fixer le salaire minimum à 10 000 euros mensuels ? Cela permettrait d’élever significativement le niveau de vie de la population française. Il s’agit toujours au fond du bon vieux fantasme économique : décréter la richesse, ordonner la prospérité, interdire le chômage (ou les licenciements). Les choses sont hélas moins simples.

« Le smic a des effets négatifs sur l’emploi ». C’est le constat d’un groupe d’experts dirigé par Gilbert Cette, livré à l’automne dernier. Si le smic était augmenté de manière trop importante, « il y a peu de doutes que l’emploi au niveau du smic, soit les 15 % de salariés entre 1 et 1,1 SMIC, diminuerait très sensiblement », affirme le rapport. De plus, selon cette étude, une augmentation de 1 % du smic, soit 11 euros par mois, ne se traduirait que par une augmentation d’un ou deux euros du niveau de vie des ménages concernés, l’effet étant annulé par une hausse de la fiscalité sur le revenu et une baisse des transferts sociaux.

La hausse du salaire minimum ne correspondant pas une hausse de la productivité aurait des effets néfastes sur l’ensemble des salaires selon ces experts : « Cette hausse des salaires supérieure aux gains de productivité accroît les coûts de production des entreprises, qui doivent réduire l’emploi, ou augmenter leurs prix de vente et partant perdre en compétitivité-prix, ou encore réduire leurs marges, ce qui pénalise leur capacité à investir et à innover ».

La revalorisation du smic, en apparence généreuse, est une réalité une mesure anti sociale qui nuit à la fois aux travailleurs et aux entreprises

Victimes. Les premières victimes de cette revalorisation seraient ainsi les personnes aux profils les plus fragiles : à savoir les plus jeunes et les moins diplômés qui seront soit éloignés durablement de l’emploi car leur contribution à l’entreprise serait trop peu élevée par rapport à leur rémunération, soit seraient cantonnés à un même niveau de rémunération durant une grande partie de leur carrière.

La revalorisation du smic, en apparence généreuse, est une réalité une mesure anti sociale qui nuit à la fois aux travailleurs et aux entreprises. La quasi-suppression des charges sociales au voisinage du smic couplée à son augmentation supérieure à celle du salaire moyen (18 % contre 5 % entre 2000 et 2009 selon le cabinet McKinsey) a fait durablement stagner le salaire médian aux alentours de 1 700 euros depuis 2005, enfermant ainsi 1,7 million de personnes dans une trappe à pauvreté.

La théorie économique montre que fixer un prix plancher sur un marché empêche la fixation d’un prix d’équilibre à son point d’optimum. Le smic en est le parfait exemple. Vouloir ainsi accentuer cet effet en l’augmentant de 10 à 20 % traduit une inculture économique stupéfiante. La droite française est en plein naufrage idéologique, s’éloignant toujours plus des idées libérales qu’elle défendait il y a peu. Une impasse politique en plus d’être économique, tant il est peu vraisemblable que le renouveau de la droite puisse passer par une récupération des propositions les plus populistes des extrêmes.


Publié dans l’Opinion

Président fondateur de l’Institut Sapiens. Professeur à l’Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

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