Le taux de chômage stagne en France au-delà de 9% depuis plus de 10 ans. Le chômage de masse est un fléau dont nous avons hélas désormais pris l’habitude, alors que selon certaines évaluations il tuerait indirectement 14 000 personnes chaque année.

La future réforme de l’assurance chômage doit être bien plus qu’un simple ajustement marginal de paramètres. Bien au-delà d’un contrôle accru de quelques passagers clandestins d’un système caractérisé par de nombreux effets de seuil, c’est d’un changement de logique dont nous avons besoin. Face à une révolution technologique qui pourrait potentiellement transformer plus de 40% des métiers existants, la réforme est une occasion de créer une nouvelle assurance dans laquelle l’acquisition de compétences agira comme un bouclier face au choc du numérique. Si l’on souhaite une meilleure incitation à la reprise d’activité, une meilleure formation et un meilleur ciblage, il conviendrait d’augmenter les allocations tout en raccourcissant leur durée, de fusionner l’UNEDIC et France Compétences, et de transformer Pôle emploi.

La sortie du marché de l’emploi est souvent vécue très durement par les actifs aux faibles rémunérations, car elle enclenche un processus immédiat de déclassement et de précarisation. L’allocation de remplacement versée atteint environ 56% du salaire, ce qui fait basculer un ménage au revenu médian sous le seuil de pauvreté. Maintenir une allocation faible pendant une longue période (2 années complètes soit la plus longue en Europe) apparaît comme un non-sens économique. Comme l’ont démontré empiriquement les économistes Ortega et Rioux, une allocation plus importante mais versée sur une durée moindre aurait des effets bénéfiques. En augmentant l’allocation à 80% du salaire, en la rendant inconditionnelle, mais sur une période bien plus courte limitée à 6 mois maximum (la durée légale d’indemnisation étant l’horizon auquel la puissance publique estime pouvoir vous insérer), on inciterait plus fortement au retour à l’emploi tout en évitant l’effet de déclassement pour l’allocataire.

Si au bout de 6 mois le demandeur d’emplois n’a pas pu se réinsérer, il serait alors pris en charge non par Pôle Emploi, mais par l’entité résultant de la fusion de l’UNEDIC et de France Compétences, la nouvelle plateforme nationale dédiée à la formation professionnelle. Sous son patronage, le demandeur d’emploi se verrait proposer un parcours de formation débouchant sur un secteur embauchant, tout en percevant une allocation de formation lui permettant de continuer à vivre décemment. Un individu possédant des compétences très éloignées de celles attendues par le marché du travail ne retrouvera pas un emploi en restant chez lui ou en cherchant un emploi qui ne correspond pas à son profil. Au contraire, c’est en se formant, en restant dans un environnement propice à la stimulation intellectuelle et manuelle, en tissant des liens sociaux, qu’il pourra redevenir employable et retrouver un emploi adapté.

Pôle emploi, qui fête en ce début d’année ses 10 ans, doit également voir ses missions renouvelées. Est-il encore pertinent de lui laisser la gestion de l’insertion des demandeurs d’emplois qualifiés, alors que l’opérateur qui réussit le mieux à les insérer est LeBonCoin ? Un cadre, dont le taux de chômage est d’environ 3,5%, n’a pas les mêmes difficultés à s’insérer qu’un actif non qualifié. Laisser les premiers retrouver eux-mêmes un emploi grâce aux plateformes spécialisées, pour se concentrer sur les seconds qui ont plus de difficultés à retrouver du travail permettra ainsi un meilleur ciblage de l’aide à la réinsertion au cours des 6 premiers mois du chômage.

Réformer l’assurance chômage dans une période de mutation technologique est un enjeu social important. En couplant la logique d’assurance chômage à celle de droit à la formation continue, on créerait un système plus cohérent et efficace où la compétence devient la meilleure protection de l’actif.


Publié dans Les Echos

Une pensée sur “Pour une vraie réforme de l’assurance chômage”

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