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Pour la création d’un dividende monétaire : une nouvelle politique monétaire à l’ère de la déflation technologique 

Publié le 25 avril, 2019
Rédigé par François-Xavier Oliveau

Le système bancaire européen émet tous les ans 500 milliards d’euros de monnaie sous forme de dette, dont 300 milliards au moins sont inutiles au financement la croissance. Ces 300 milliards ont pour but de stabiliser le niveau des prix et réduisent d’autant le pouvoir d’achat. Plutôt que de les produire sous forme de dette, il serait plus efficace de les distribuer sans contrepartie aux résidents européens. Cette forme de création monétaire, dont la BCE a déjà déclaré qu’elle faisait partie de ses outils, lui permettrait de remplir beaucoup mieux sa mission de stabilisation de l’inflation. Elle rendrait le système économique plus robuste et les banques plus résistantes aux crises. Elle inciterait les gouvernements à la vertu budgétaire. Les Français recevraient tous les mois entre 50 et 100 € par personne, enfants inclus.

Le progrès technique fait baisser les prix.Nous le voyons avec les produits électroniques, mais ce phénomène s’applique à tous les biens depuis plusieurs siècles. Jean Fourastié a montré que le prix du blé a été divisé par 400 depuis Louis XV : il fallait alors travailler plus de 6 heures pour acheter un kilo de blé ; aujourd’hui il faut moins d’une minute. Si nous étions projetés en 1910 et que nous payions avec nos euros actuels, la baguette nous coûterait 4 €, le kilo de bœuf 92 € et une bicyclette plus de 5 000 €.Seule la coupe de cheveux homme, à 13 €, nous semblerait accessible : sa technologie n’a pas évolué depuis un siècle, donc son prix n’a pas changé.

Pourtant, nous le constatons, les prix montent. Ce phénomène, l’inflation, n’a pas toujours existé, Thomas Piketty le qualifie justement « d’invention du XXe siècle ». Il est dû au fait que nous créons massivement de la monnaie chaque année. Et c’est cette abondance de monnaie qui pousse les prix à la hausse,notamment dans le cas de l’immobilier. Plus il y a d’argent, plus les prix montent.

Cet argent est créé par le système bancaire, sous forme de prêts. En zone euro, 500 milliards de monnaie sont ainsi créés tous les ans. C’est un montant considérable, largement supérieur à la richesse créée par la croissance, 200 milliards en 2018. Nous créons donc plus de dette que notre besoin, et nous le faisons en cassant les prix: les taux d’intérêts sont maintenus à un niveau artificiellement bas pour pousser à l’emprunt, littéralement « à tout prix. » Ces taux bas déstabilisent le système économique, fragilisent le système bancaire et créent des bulles. Et la dette augmente à l’infini.

Cet argent excédentaire est émis pour stabiliser le niveau des prix. Il capte donc le pouvoir d’achat créé par la baisse des prix, et le transfère dans la dette. C’est un mécanisme profondément inégalitaire, qui prive les citoyens de la zone euro de 300 milliards par an. Il est à la source de la crise du pouvoir d’achat des classes moyennes, bien plus que la hausse de la taxe carbone (4 milliards) ou l’ISF (5 milliards).

Une solution existe, elle a été formalisée par Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976. Elle consiste à créer de l’argent et le distribuer directement aux citoyens, sans contrepartie. Cette création de monnaie permet de stabiliser le niveau des prix. Elle ne fait que rendre aux consommateurs le pouvoir d’achat dont ils sont privés par la création de la monnaie.

Concrètement, chaque Français recevrait tous les mois un montant variable typiquement compris entre 50 et 100 €. Les enfants mineurs bénéficieraient du même montant, distribué à leurs parents.

Aussi étonnant qu’il paraisse, ce dispositif est connu de la BCE. Peter Praet, l’un de ses dirigeants, a déclaré en mars 2016 qu’il faisait partie de la boîte à outils de la banque. Il permettrait à la BCE de remplir beaucoup plus facilement sa mission de stabiliser l’inflation. Le système bancaire serait largement renforcé en évitant des taux artificiellement bas. L’économie serait plus résistante face aux crises. Les prix de l’immobilier s’assagiraient. Et les inégalités seraient réduites.

La BCE doit maintenant sérieusement envisager ce dispositif, pour une mise en place avant 2021. C’est l’unique solution pour éviter une très grave crise économique et sociale.

 

Les impacts en quelques mots

Cette note décrit un nouvel outil de politique monétaire visant à permettre à la BCE de remplir son objectif de stabilisation du niveau des prix dans un contexte où la technologie les fait baisser en permanence. En voici les impacts, en quelques mots et pour différentes parties prenantes.

Pour tous : 50 à 100 € tous les mois

Le dividende monétaire se traduira en une somme d’argent touchée tous les mois sans contrepartie par les résidents de la zone euro, enfants inclus. Cette somme variera d’un pays à l’autre. En France, elle devrait être d’environ 50 à 100 € par mois et par personne. Elle tendra à augmenter lorsque la conjoncture se dégradera, et à baisser en cas de surchauffe de l’économie.

Ce dividende n’est pas un cadeau. Il vient matérialiser un gain de pouvoir d’achat obtenu par la baisse des prix liée au progrès technologique. La création de monnaie capte ce gain de pouvoir d’achat, qui est ensuite légitimement redistribué aux ménages par le dividende.

Cette distribution devrait représenter entre 200 et 400 milliards d’euros à l’échelle européenne, remplaçant un montant équivalent émis aujourd’hui sous forme de dette. Les taux d’intérêts remonteront à un niveau modéré. La hausse des prix de l’immobilier ralentira très probablement.

Pour les banquiers : un retour à une situation de taux normale 

Le dividende monétaire permettra de retirer à la dette son rôle contre-nature de stabilisation du niveau des prix. La dette pourra alors être focalisée sur son seul objectif légitime, le financement de projets et d’investissements. Les taux d’intérêts seront ramenés à un niveau choisi et non subi, positif en termes réels. La pression baissière sur les prix sera compensée mensuellement par l’émission sans contrepartie d’un dividende au profit des résidents de la zone euro. Son montant dépendra de chaque pays et sera ajusté afin de stabiliser l’inflation à un même niveau cible dans tout la zone euro.

L’outil complètera la boîte à outils actuelle de la BCE, qui manque d’un moyen efficace pour lutter contre la déflation. Ceux mis en œuvre au cours des dix dernières années ont eu une efficacité limitée et ont produit des effets négatifs collatéraux considérables. Ces résultats décevants sont largement liés à l’effet déflationniste de la technologie sur les coûts et à sa transmission dans les prix par les mécanismes de la concurrence. Cette déflation permanente doit être neutralisée par une émission de monnaie permanente, et non par une émission de dette par définition temporaire.

Pour les dirigeants économiques et politiques : un environnement plus stable

Le dividende monétaire permettra d’obtenir un environnement macroéconomique plus stable, avec des taux d’intérêts et un niveau d’inflation prévisibles. Il réduira la probabilité et l’ampleur de bulles financières. Il renforcera la solidité du système bancaire par la hausse des taux de réserves. Il contribuera à la réduction des inégalités, et soutiendra le pouvoir d’achat notamment des plus modestes. Il incitera les gouvernements à la rigueur budgétaire, toute politique fondée sur le déficit budgétaire aboutissant naturellement à une baisse du dividende monétaire. Il renforcera l’homogénéité de la zone euro.

 

Publié dans: Études

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François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Ancien consultant au Boston Consulting Group François-Xavier Oliveau a exercé des responsabilités au sein d’entreprises allant de la start-up au grand groupe. Au sein d’une société d’investissement française, il accompagne...

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