Laurent Alexandre et Jean-François Copé étaient, ce mardi 5 février, les invités du petit déjeuner Sapiens pour présenter leur nouveau livre « L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? ». A l’image de l’organisation de l’essai, Laurent Alexandre est intervenu en premier pour expliciter les enjeux démocratiques liés à l’IA puis a laissé la parole à Jean-France Copé, qui s’est chargé d’esquisser des solutions politiques.

L’avènement d’Internet et de l’intelligence artificielle n’a pas conduit au monde idéal que promettaient les entrepreneurs de la Silicon Valley il y a de cela une dizaine d’années, explique Laurent Alexandre. Le danger que ces nouvelles technologies font peser sur la démocratie sont multiples.

Le premier est celui de la cyber-sécurité et de la souveraineté numérique, thème pour l’instant peu investi par la classe politique. Pourtant, Ie développement de l’informatique a donné naissance au « cyberespace », dimension virtuelle qui est le théâtre d’affrontements au même titre que la terre, l’air ou la mer. Il est donc nécessaire d’investir massivement dans la cyberdéfense. D’autant plus que les données personnelles stockées sur les réseaux informatiques constituent le pétrole du XXIè siècle.

Le second est celui des inégalités. L’IA divise la population entre les « dieux » et les « inutiles » (pour reprendre les termes de l’historien Yuval Noah Harari), c’est-à-dire entre ceux pour qui le numérique est un terrain de jeux et ceux qui y sont complètement étrangers. Alors que la Chine et les Etats-Unis se font concurrence pour attirer les meilleurs ingénieurs en surenchérissant les salaires, ceux qui ne maîtrisent pas cette technologie ou ne lui sont pas complémentaires sont laissés sur le trottoir. Il est donc impératif de réfléchir à l’éducation et la formation d’une main d’oeuvre adaptée à cette nouvelle ère du capitalisme. Il est également nécessaire de s’interroger sur la démocratie de demain. La connivence entre les gouvernements et les géants du numérique pourrait permettre de façonner l’opinion publique en toute discrétion.

En Chine, l’IA a déjà donné au régime autoritaire les moyens de ses ambitions. Le régime communiste utilise un système de reconnaissance faciale pour analyser le comportement des passants dans la rue et leur attribuer une « note sociale ». Mais le problème ne se limite pas aux régimes autoritaires. Les révélations de l’affaire Snowden ont montré que les Etats-Unis, une pays avec une tradition démocratique bien ancrée, avait développé un vaste programme d’espionnage de la population mondiale. Les démocraties seront face à la tentation presque irrésistible d’utiliser l’IA pour défendre sécurité intérieure.

Enfin, nos cerveaux devenant manipulables, la liberté individuelle de chacun est plus que jamais menacée. Comme titrait le magazine anglo-saxon The Economist, il n’y aura plus « nulle part où se cacher » (Nowhere to Hide). Si une image de notre visage suffit à  l’IA pour déterminer notre orientation sexuelle et presque n’importe quelle autre caractéristique, l’intimité deviendra un concept de l’ancien monde.

 

Heureusement, « tout n’est pas perdu » selon l’ex-ministre Jean-François Copé qui propose dans sa partie du livre un plan d’action pour redonner confiance en l’avenir  et empêcher le scénario apocalyptique décrit plus haut de se réaliser. Tout d’abord, il est indispensable que les politiques se saisissent du sujet. La réflexion sur l’impact de l’IA dans notre société ne doit plus se confiner à quelques débats d’experts.

Cette thématique doit devenir centrale. Ensuite, l’Union Européenne apparaît, selon l’ex-ministre, comme le niveau de décision adéquat pour traiter des sujets comme la protection des données (RGPD) ou la création d’un Cloud européen. Si l’Europe n’accouchera définitivement jamais de « GAFAM européens », les opérateurs téléphoniques constituent, selon lui, un levier sur lequel on peut compter. Sur la question des inégalités, l’IA propose des solutions éducatives qui pourraient permettre de véritables progrès dans cette discipline qui n’a quasiment pas évolué depuis l’Antiquité.

Enfin, dans un monde où les robots sont amenés à prendre une place de plus en plus significative, l’humanité deviendra un avantage compétitif et une qualité à mettre en avant pour se distinguer des machines.

 

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