Pascal Perri, économiste et auteur de la note « Redynamisons le football français grâce à l’innovation financière » était l’invité de la 15ème édition des petits déjeuners Sapiens. Il a présenté ses propositions pour améliorer la position du championnat français au sein du football européen.

Il existe 3 périodes dans l’histoire du football. Au cours de la première, le football était composé d’amateurs ou de semi-professionnels, les revenus des clubs provenaient de sponsors locaux, de subventions municipales et de la billetterie. Puis, dans les années 50, en Angleterre, une loi a imposé un revenu de 14£ par semaine ce qui a permis à certains joueurs de pouvoir vivre du football et aux clubs de chercher de nouveaux sponsors grâce à l’augmentation de la qualité du jeu. Enfin, en 1995 l’arrêt Bosman a permis aux clubs d’engager autant de joueurs communautaires qu’ils le souhaitent ce qui a entraîné une augmentation immédiate des montants de transferts avec pour effet direct l’arrivée d’investisseurs nouveaux dans les clubs. Cependant ces grands changements n’ont pas permis de gommer les différences entre les différents championnats européens. Aujourd’hui, les droits télévisés de la Ligue 1 sont nettement inférieurs à ceux des autres championnats européens : le montant des droits TV domestiques de la Ligue 1 pour les saison 2020-2024 s’élèvent à 1,153 milliard d’euros contre 1,93 milliard pour la Premiere League (saisons 2019-2022)[1]. Cela vient d’un manque d’attractivité du foot français et de facteurs structurels. Nous pouvons citer l’exemple des charges sociales : aujourd’hui, l’AS Saint Etienne s’acquitte de plus de charges sociales que l’ensemble des clubs de Bundesliga (championnat allemand). Cela affecte donc la compétitivité ainsi que l’attractivité du championnat français et conduit à son retard sur ses concurrents.

Afin de combler l’écart avec ses voisins européens, la France doit rendre son championnat plus compétitif et donc plus attractif. Les clubs de football doivent être vus comme des entreprises et les clubs français accusent une sous-capitalisation par rapport aux clubs espagnols, anglais, allemands, italiens. Dans ce secteur hautement capitalistique il est nécessaire que les investisseurs institutionnels soient plus nombreux. Actuellement, la majorité des grands clubs anglais sont détenus par des investisseurs institutionnels qui sont présents depuis plus de 10 ans, c’est notamment le cas de Liverpool détenu par John W. Henry ou de John Levy propriétaire du club de Tottenham. Ce dernier a investi massivement notamment avec la construction d’un nouveau stade qui a coûté plus d’un 1 milliard d’euros. Il s’agit d’un investissement colossal mais rentable et amortissable (les recettes de billetterie atteignent environ 120 millions d’euros chaque année). Ces investisseurs institutionnels permettent au championnat anglais de devenir plus attractif, d’augmenter les droits télévisés et d’attirer les plus grandes stars (ce qui renforce encore l’attractivité de la Premiere League). Depuis l’arrêt Bosman (1995) et l’ouverture des marchés des transferts, les droites télés ont explosé ce qui a permis de rendre plus attractifs certains championnats avec l’arrivée de grandes stars, des stades plus grands etc.

Le football commence à intéresser de nouveaux acteurs. C’est le cas de Facebook qui investit dans le secteur de la diffusion et qui pourrait prochainement acheter les droits de certains championnats afin de les diffuser au monde entier via un seul et unique réseau. Cette potentielle révolution permettrait d’uniformiser les canaux de retransmission et d’augmenter encore les montants des droits des principaux championnats, il est nécessaire que la France ne passe pas encore à côté de cette nouvelle opportunité de rendre la Ligue 1 plus attractive.

[1] https://www.90min.com/fr/posts/6359910-la-repartition-des-droits-tv-dans-les-5-grands-championnats-europeens

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