Avril 2053

 

Rentré d’un déplacement en Laponie pour observer les aurores boréales, j’ai retrouvé la civilisation avec bonheur. J’avais laissé mon robot Nicomaque à la maison, car il n’aurait pas supporté une aussi longue déconnexion du réseau global. Et en Laponie, le réseau global a encore quelques soucis avec les interférences électromagnétiques des éruptions solaires. Le nouveau système d’ondes de communications qui a remplacé nos bons vieux câbles est très sensible et trop complexe dans ces latitudes. De toute façon, l’organisme chargé du voyage m’avait interdit de le prendre, alors… J’étais cependant un peu inquiet, car je n’avais aucune nouvelle de lui depuis trois jours, ce qui n’était vraiment pas normal.

 

Arrivé à la maison, je retrouvais Nicomaque au beau milieu du salon, complètement immobile. On aurait dit un mannequin de grand magasin, avec ses deux bras écartés et ses pieds faisant mine de marcher vers la cuisine. Le pauvre était tout bonnement tombé en panne, seul et oublié.

Après un rapide check-up, j’en venais à la conclusion qu’il était simplement déchargé. Je tirais la rallonge électrique et quelques secondes plus tard, son rOS redémarrait.

Une fois tous ses systèmes opérationnels, je lui demandais un historique. Nicomaque m’assura qu’il allait bien et qu’il était justement en route vers son chargeur de cuisine quand tout avait coupé. Il n’avait plus d’autre souvenir. Aucun historique ne s’était inscrit dans ses systèmes. Il avait été victime de l’obsolescence programmée de sa batterie qui, bien qu’elle lui annonçait encore le pourcentage de charge nécessaire pour regagner sa base, s’était quand même déchargée d’un seul coup, complètement. La pile de secours n’avait plus rien enregistré, puis s’était vidée à son tour dans des efforts désespérés pour redémarrer ce robot si gourmand en énergie.

 

Sachant que les robots envahissent la planète avec l’industrie d’impression en 3D « on-demand », je me demandais alors comment nous allions pouvoir gérer cette demande croissante en énergie, en matériaux rares tels que le lithium, le dysprosium ou le cobalt, ce dernier étant principalement extrait au Congo par la Chine…

Car oui, je suis chinois depuis que nous avons été colonisés. C’était en 2037 …

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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