L’évolution du mix énergétique mondial vers une proportion significative d’énergies renouvelables (éolien, solaire et biocarburants pour l’essentiel) est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux relais de croissance économique de la société de demain. On parle pour cette raison de « croissance verte ».

Schumpeter avait au début du XXe siècle développé l’idée que la croissance économique reposait principalement sur « l’innovation destructrice ». Autrement dit pour réaliser de la croissance économique il fallait entre autre qu’une innovation vienne détruire la technologie précédente comme le CD l’a par exemple fait avec le disque Vinyle.

Or quand on regarde l’histoire, les énergies renouvelables sont toutes antérieures aux hydrocarbures : l’éolienne n’est que l’association du moulin à vent (-2000 BC) et du disque de Faraday (1835), l’effet photoélectrique a été découvert par Hertz en 1887, la pile à combustible a été inventée par Schöenbein en 1839, la première voiture électrique du hollandais Tratingh date de 1835, Diésel fit tourner son premier moteur à l’huile d’arachide et la célèbre Ford T fonctionnait à l’alcool. Mais, rapidement nos ancêtres s’aperçurent que l’extraction industrielle du charbon (pour la génération électrique) et du pétrole (pour les transports) rendait les moteurs thermiques bien plus performants. Aussi ce sont bien les énergies fossiles qui furent durant la seconde moitié du XIXe et le début du XXe, l’innovation destructrice des renouvelables. On peut difficilement croire au phénomène inverse : les énergies renouvelables ne pourront en rien être synonyme de croissance économique sinon en continuant d’être supportées par des fonds publics.

Pour encore mieux se convaincre de la très faible efficacité des renouvelables face à celle du thermique, il faut savoir qu’un GW de nucléaire produira annuellement 7 TWh d’électricité quand un GW d’éolien en produira moins de deux et un GW de solaire à peine plus qu’un. La mise en œuvre des renouvelables à grande échelle représente donc un course effreinée au GW : remplacer un réacteur nucléaire de 1GW demandera au minimum (en lissage annuel) la mise en œuvre de plus de 2000 éoliennes de 2 MW. Mettre en œuvre les renouvelables à grande échelle comme l’a voulu l’Allemagne avec son « Energiwierde » débouche donc sur une aberration : 100 GW (soit 1,5 fois le parc nucléaire fraçais) mis en œuvre pour seulement 100 TWh annuels produits (pour 420 TWh pour les 60 GW nucléaires français). De surcroit les principaux gisements de vent se situent le long de la mer Baltique alors que les principaux besoins sont en Bavière et dans la Ruhr. Aux 50000 éoliennes équivalentes, il faut donc rajouter 10000 km de câble pour un coût exorbitant de 40 G€. Le choix de l’Allemagne de sortir du nucléaire ne pouvait que s’appuyer sur le charbon. Moralité cet effort sans précédent ne s’est accompagné d’aucune réduction d’émissions.

Et, de surcroit, si elles sont « roses en apparence », les énergies renouvelables « sont loin d’être vertes ». Fortement consommatrice de surface au sol (facteur 200 pour le solaire, 700 pour l’éolien et plus de 10000 pour les biocarburants), elles sont aussi beaucoup plus émettrices de GES que leur seule phase d’utilisation ne le laisse croire. L’analyse du cycle de vie des énergies renouvelables depuis l’extraction des métaux rares jusqu’à la phase de recyclage montre que les quantités de CO2 émises peuvent être très importantes. Ainsi la fabrication d’une éolienne de deux MW, c’est 150 tonnes d’acier et 400 m3 de béton tandis que la fabrication d’un kWh de batterie émet 200 kg de CO2. Les émissions de fabrication d’une batterie de Tesla (85kWh pour une autonomie de 600 km) sont ainsi équivalentes à 150000 km de voiture thermique émettant 130gCO2/100km.

La croissance verte est donc clairement une utopie.

En conclusion, les ENRi doivent être envisagées comme des sources d’énergies purement locales s’appuyant soit sur le gaz soit sur le nucléaire. Ceci pose d’ailleurs pose un vrai problème à l’émergence du modèle éolien off-shore qui n’est nullement local et dont les structures sont surdimensionnées par rapport à la puissance fournie. Ainsi les éolienne du projet Hywind sont-elle posées sur des mini-spars. Les deux seuls pays qui ont significativement décarbonné leur énergie au cours des dernières années (15% pour les US et 25% pour le UK) sont clairement celles qui ont déplacé le charbon vers le gaz.

Décarbonner l’électricité passera donc inévitablement par une re-nucléarisation du mix d’abord dans sa version imparfaite qu’est la fission puis plus tard dans sa version quasi parfaite qu’est la fusion. Car c’est bien dans la fusion nucléaire et non pas dans les ERNi que se trouve la véritable innovation destructrice.

(Cet article est l’ébauche d’un cycle de réflexion sur la transition énergétique, qui amènera à la publication d’une étude complète au second semestre). 

Ingénieur des Mines de l’École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l’Institut de Physique du Globe de Paris. Il rejoint l’industrie pétrolière en 1982 où il est pendant 15 années expert en Mécanique des Roches. Il occupe ensuite diverses fonctions opérationnelles et de direction en Ecosse), en Angola) et au Kazakhstan. Il est actuellement conseiller technique auprès du directeur de la communication d’un grand groupe pétrolier.

Expert reconnu en hydrocarbures non conventionnelles, Charlez est l’auteur de deux livres sur la Mécanique des Roches et de plus de 70 articles sur l’énergie. Il a publié en 2014 & 2015 aux Editions Technip « Our Energy Future Is not set in Stone» « Gaz et pétrole de schiste … en question » et « The shale oil and Gas debate».

Un nouvel ouvrage généraliste sur la transition énergétique « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » est paru Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD et au Centre International de Formation Européenne.

Pour plus d’informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge

Laisser un commentaire