La transformation du modèle du football professionnel est un phénomène récent, son internationalisation, sa médiatisation généralisée et son basculement vers un modèle extrêmement compétitif ont émergé à la fin du 20e siècle, portés par l’ouverture du marché européen des transferts avec l’arrêt Bosman et l’inflation des droits de retransmission télévisée.  Les droits télévisés de Ligue 1 française étaient de 639 millions d’euros annuels lors des saisons 2005/2006 à 2007/2008 et de 727 millions d’euros annuels pour les saisons 2015/2016 à 2018/2019, soit une augmentation de 13,7%. En Angleterre, alors que les droits de la Premier League étaient de 664 millions d’euros / ans lors des saisons 2007/2008 à 2009/2010, ils ont atteint un niveau record de 2 milliards d’euros annuels pour les saisons 2016/2017 à 2018/2019, soit une augmentation de 212% !

Les équilibres concurrentiels entre les clubs et les championnats domestiques en ont été bouleversés : le football est entré dans une nouvelle ère.

Dans cet environnement stimulant, la puissance financière d’un club est conditionnée par l’exposition de sa ligue nationale, dans une dynamique positive. De bons résultats sportifs génèrent de l’attractivité pour la compétition, ce qui alimente une croissance des revenus, lesquels permettent d’acquérir les meilleurs joueurs et, ainsi, d’accroître les performances sportives. A l’inverse, la faible attractivité d’un championnat pénalise les clubs, les empêchant de générer les revenus nécessaires au recrutement et à la conservation des joueurs les plus talentueux.

Les investisseurs institutionnels peuvent, dans ce contexte, dynamiser positivement le football professionnel français. Leurs capacités financières offrent aux clubs les ressources nécessaires pour attirer et conserver des joueurs talentueux. Cette stratégie d’investissement explique par exemple le succès du football anglais, très largement porté par des investisseurs institutionnels.

Parmi les quatre clubs finalistes anglais de l’Europa League et de la Ligue des Champions 2018/2019, trois sont détenus par des investisseurs institutionnels (Arsenal FC par la société holding dédiée aux clubs sportifs et médias Kroenke Sports & Entertainment ; Liverpool FC par le fonds d’investissement américain Fenway Sports Group ; Tottenham Hotspur FC par le fonds d’investissement ENIC Group, dont le propriétaire est le fondateur du fonds de capital investissement Tavistock Group). Le seul de ces clubs qui n’est pas détenu par un investisseur institutionnel est en réalité la propriété d’un investisseur étranger : l’oligarque russe Roman Abramovitch.

 

De nombreux clubs européens ouvrent ainsi leur capital à ces investisseurs, à l’image de l’Atletico Madrid (le fonds d’investissement Quantum Pacific Group est actionnaire minoritaire à hauteur de 32%) ou de l’AS Roma (détenu depuis 2011 par un consortium d’investisseurs américains de Private Equity), et concluent des contrats de financement avec ces investisseurs à l’image du FC Barcelone (qui empruntait 140 millions d’euros auprès des fonds de dette Pricoa Capital Group et Barings en février 2019).

En dynamisant leurs clubs, les investisseurs institutionnels renforcent la qualité du spectacle sportif pour les spectateurs et l’attractivité de la ligue domestique.

Alors que les droits internationaux de Ligue 1 française ont été attribués à BeIN Sports pour la période 2018-2024 pour un montant minimum de 80 millions d’euros, les clubs de Premier League anglaise, dont 15 sont détenus par des investisseurs institutionnels ou étrangers, ont perçu des droits de diffusion télévisée internationaux à hauteur de 815 millions de livres (soit plus de 40 millions de livres par club). Ce montant est supérieur aux droits télévisés domestiques de l’ensemble la Ligue 1 française, qui s’élèvent seulement à 790 millions d’euros lors de la saison 2017/2018 !

La dynamique portée par les meilleurs clubs est ainsi extraordinairement vertueuse : une ligue plus attractive grâce à quelques clubs peut négocier des droits télévisés plus élevés, qui seront redistribués entre tous les clubs, conduisant à améliorer l’efficacité globale de leur championnat.

 

Forts de leurs expériences dans le sport et la finance, les investisseurs institutionnels assurent une gestion saine de leurs clubs. Soucieux de préserver leur réputation et leurs résultats financiers, ces investisseurs ont intérêt à assurer de la stabilité aux clubs de football professionnels en adoptant une vision de long-terme autour de la construction d’un vrai projet économique et sportif.

La majorité des investisseurs institutionnels propriétaires de clubs de football le sont ainsi depuis au moins une dizaine d’années : le fonds ENIC a acquis une participation significative dans le club de Tottenham Hotspur FC et dirige sa destinée depuis 2001, Kroenke Sports Entertainment est entré au capital d’Arsenal FC il y a plus de 10 ans, Liverpool FC est détenu par Fenway Sports Group depuis 2010 et la famille Agnelli détient la Juventus de Turin, à travers sa holding financière EXOR, depuis 1923 !

Ces investisseurs s’attachent ainsi à développer l’image des marques et des clubs de football professionnels en s’appuyant sur leur patrimoine historique parfois centenaire. Ils assurent le rayonnement national et international des clubs en nouant des partenariats commerciaux significatifs et en renouvelant le mode gestion et la structure organisationnelle parfois désuète des clubs.

 

L’aléa et le risque sportif suscitent un besoin d’innovation financière.

Les clubs de football professionnels sont des aventures sportives, mais avant tout des entreprises (et d’ailleurs souvent des PME) qui évoluent toutefois dans un secteur extraordinairement compétitif et qui a la particularité de présenter un niveau de risque variable : les performances économiques sont alignées sur les résultats sportifs, qui sont par définition peu prévisibles !

Des techniques de financement désormais classiques dans le monde de l’entreprise existent pour affronter ces défis, tels que le recours à la dette non-bancaire, aux emprunts obligataires ou aux méthodes d’ingénierie financière. Ces pratiques ne mettraient pas en péril les clubs mais à l’inverse ouvriraient de nouvelles voies de financement des entreprises du spectacle vivant. Les faillites enregistrées dans le football s’expliquent généralement par des chocs exogènes de productivité (joueurs moins performants qu’attendus, crises de performance) ou par un choc négatif de demande (baisse de l’affluence ou des droits de retransmission télévisée).

 Tout regain d’attractivité du football professionnel français aurait enfin des retombées positives pour l’économie locale et nationale

Un club prospère est un atout pour son territoire. Il génère des recettes fiscales importantes (l’ensemble de la filière du football professionnel français contribue à hauteur de 1,7 milliards d’euros en impôts et taxes contre 318 millions d’euros pour l’industrie du spectacle musical et de variété) et il assure le rayonnement des territoires locaux. La filière du football professionnel français représentait ainsi 35 000 emplois directs et indirects lors de la saison 2017/2018.

Le football français a besoin de sources de financement additionnelles dans un contexte de compétition des territoires et des championnats. L’objet de cette note est d’attirer l’attention sur le rôle que pourraient jouer les investisseurs institutionnels dans la diversification des sources de financement des clubs professionnels de football.

 

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Economiste et géographe. Il dirige la société PNCeconomic, spécialisée dans les stratégies de prix. Il est l’auteur de plusieurs essais économiques dont “Ne tirez pas sur le foot” aux Editions Jean Claude Lattés. Il anime l’émission de décryptage économique Perriscope tous les jours sur LCI. Pascal Perri est le fondateur du groupe de réflexion scientifique www.ouialinnovation.fr

Une pensée sur “L’innovation financière au service de la dynamisation du football professionnel français”

  1. L’innovation financière au service de la dynamisation des PME/PMI/ETI est passée à la trappe ?
    Vive le foutchebol qui détourne tant de sommes à l’économie de l’avenir pour des plaisirs artificieux, panem et . . .

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