Le combat écologique s’accompagne désormais d’une déification de la nature, qui est considérée comme bienveillante par essence. Quelle folie ! C’était horrible quand l’homme lui était soumis ! En réalité, la nature peut être affreusement méchante, et la grandeur de l’humanité est de la combattre. La modernité débute au moment où l’on se libère de la nature. Seulement 3 % des Français pensent que le monde va mieux qu’avant alors que l’espérance de vie sur terre est passée de 30 ans en 1919 à 71 ans aujourd’hui. Les marchands de peur ont donc convaincu les Français que nous vivons une période infernale bien que l’existence n’ait jamais été aussi douce depuis que nous combattons la nature.

L’écologie remplit le vide laissé par les religions

Les lunettes, le savon, le chauffage, les vaccins, les médicaments, les toilettes ne sont pas naturels. Le cancer, la tuberculose, le sida, l’hépatite, le tétanos, eux, le sont. La Peste noire tua 1 Européen sur 3 en cinq ans. Avant l’agriculture moderne, les infections alimentaires tuaient 2 000 Français par an vers 1900. La grippe espagnole a décimé 50 millions d’humains en 1918 et 1919. La rougeole en éliminait 6 millions par an. La tuberculose et la polio ont gâché la vie de nos grands-parents. L’écologie remplit le vide laissé par les religions.

D’ailleurs, le pape François reproche aux fidèles de ne pas déclarer assez de péchés contre la nature : « Quand j’administre la confession, c’est rare que quelqu’un s’accuse d’avoir fait violence à la nature, à la Terre, à la Création. » Le spécialiste de l’environnement Jean-Pierre Riou se lamente : « À l’opposé du siècle des Lumières, de son culte de la raison, de la connaissance et du progrès, le XXIe siècle naissant affiche désormais sa défiance de la science et scrute, derrière chacune de ses avancées, la main du lobby susceptible de l’avoir manipulée. Au nom du dieu Nature, ce siècle marque le retour de la culpabilité de l’homme, néfaste par essence à son environnement, et sa nécessaire contrition, liée au mythe d’une apocalypse dont il serait responsable. Et l’écologie politique s’est engouffrée dans cette brèche en brandissant à la fois le spectre de la fin du monde et les délices d’un paradis perdu. »

Nous devons assumer d’être devenus les seigneurs du monde

L’écologisme est devenu un antihumanisme, comme Luc Ferry l’expliquait, dès 1992, dans Le Nouvel Ordre écologique. L’écologisme dérive vers le totalitarisme et prône le dénuement et la décroissance : le nouvel ennemi, c’est l’homme, qui est accusé de détruire Gaia – la Terre mère -, qui se venge. Les activistes du Voluntary Human Extinction Movement proposent même que nous nous stérilisions tous de manière à disparaître de la surface terrestre, ce qui laisserait place à une nature immaculée. Les extrémistes verts ont colonisé les médias, qui se remplissent de militants collapsologues, et ils embrigadent désormais des enfants, comme les ambassadeurs de Greta Thunberg.

Pourtant, l’effet des activités humaines sur le climat est un problème complexe qui ne supporte pas des réponses de nature religieuse. Seul le développement technologique peut décarboner l’économie mondiale. Stopper le développement économique entraînerait guerres et famines et empêcherait les pays du tiers-monde de dépolluer leur environnement. Oui, nous sommes devenus les seigneurs du monde et nous devons assumer ! Il faut apprendre à coopérer avec la nature sans pour autant revenir au Moyen Âge. La décroissance, au nom d’une vision religieuse de la nature, serait un caprice d’Occidentaux blasés. Nous devons remercier nos ancêtres – Homo habilis, ergaster et heidelbergensis… – d’avoir combattu et domestiqué la nature depuis plus d’un million d’années.


Publié dans L’Express

Chirurgien et spécialiste des NBIC. Il est le fondateur du site Doctissimo. Essayiste, il est aujourd’hui l’un des spécialistes français de l’intelligence artificielle. En décembre 2017 il cofonde l’Institut Sapiens avec Olivier Babeau et Dominique Calmels.

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