Traduction automatique,  détection de cancer ,  conduite autonome … le développement de l’intelligence artificielle (IA) est amené a toucher l’ensemble des domaines et des secteurs. Une réalité pourtant malmenée par trop de politiciens qui en font les boucs-émissaires de nos maux et de nos craintes en passant à côté des opportunités qui sont encore à notre portée.

Rendue possible par  des algorithmes nouveaux , la multiplication des jeux de données et le décuplement des puissances de calcul, l’IA donne lieu a de nombreuses craintes et a de nombreux espoirs. Maîtriser la technologie est déjà un levier de pouvoir majeur, ce sera encore plus vrai demain.

 Si l’Europe ne se réveille pas, demain des pans entiers de l’économie seront aux mains de groupes privés américains ou chinois. 

L’IA va jouer un rôle bien plus important que celui qu’elle jouait jusqu’alors. Plus que jamais, il faut positionner la France et l’Europe a l’avant-garde de cette révolution naissante. Si l’Europe ne se réveille pas, demain des pans entiers de l’économie comme la santé, la mobilité, l’éducation seront aux mains de groupes privés américains ou chinois… « Le pays qui sera leader dans le domaine de l’intelligence artificielle dominera le monde »,  a déclaré le président russe Vladimir Poutine .

Pour que la France «  ne rate pas le train de l’intelligence artificielle », la France y  consacrera 1,5 milliard d’euros d’ici la fin du quinquennat. Ca peut paraître beaucoup, mais si on met ces investissements en perspective, on est très loin de pouvoir rivaliser avec les investissements des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ou des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi : les géants chinois du web chinois). Pour donner un ordre de grandeur, Apple représente à elle-seule 1.000 milliards de dollars de valorisation quand l’ensemble du CAC40 pèse 1.500 milliards dollars… De son côté, la Chine a dévoilé en juillet 2017 sa feuille de route pour créer une industrie d’une valeur de  150 milliards de dollars pour son économie d’ici 2030 .

La France ne peut pas rivaliser seule

Si la France ne souhaite pas devenir une colonie numérique chinoise ou américaine, elle doit unir ses efforts avec les autres pays de l’Union Européenne. Seule, la France ne peut pas rivaliser.

En revanche, avec 500 millions d’habitants, une recherche de pointe, un tissu industriel d’envergure mondiale, et la première puissance financière, nous avons toutes les capacités pour rattraper notre retard notamment dans l’analyse des données. En effet, pour assurer un avenir à notre modèle et à nos économies, il faudra que les Européens exercent un certain contrôle sur les futurs produits qui domineront l’économie et la géopolitique des prochaines décennies.

Comme le souligne  Laurent Alexandre , s’il y a une prise de conscience très forte en France des enjeux de l’IA, au niveau de l’Union européenne la réflexion sur le sujet est tout simplement nulle. La mission Villani en est un bon exemple. Elle a été très productive, mais l’ensemble de l’analyse s’est faite à l’échelon français.

Aujourd’hui la politique européenne relève de la béatitude ; elle consiste à faire croire qu’on va pouvoir défendre les consommateurs et la vie privée, sans jamais porter de stratégie industrielle commune. La réalité c’est que l’Europe n’a pas su profiter de la révolution informatique comme elle l’aurait dû, et l’on se trompe aujourd’hui de coupable en voulant à tout prix s’attaquer aux géants américains sans regarder pourquoi nous n’avons pas créé Apple en France ou en Europe.

L’Europe pour conserver notre souveraineté

Les politiques ont un rôle majeur pour démystifier les technologies auprès de la société. Si l’on souhaite défendre les citoyens européens ou français, on fera plus en soutenant la recherche européenne qu’en développant des circulaires qui complexifient le travail des chercheurs et ralentissent l’émergence de géants informatiques européens qui contribuent de façon contre intuitive à renforcer les GAFAM.

Les solutions sont à notre portée, mais nécessitent une réelle ambition européenne. Tout d’abord, il faut arrêter de taxer les industries d’avenir pour prolonger artificiellement des industries moribondes.

Ensuite, il faut mettre fin à la fragmentation des investissements entre les Etats. Le soutien à la recherche dans l’intelligence artificielle, notamment dans le secteur du transport et de la santé devrait être une des priorités d’une politique harmonisée à l’échelle Européenne.

Le développement d’applications commerciales doit également s’articuler autour de la rencontre de techniques de pointe issues de la recherche, la connaissance des usages métiers et surtout le partage de vastes ensembles de données entre acteurs. Cet effort de coopération doit être impulsé, soutenu et porté à l’occasion des prochaines élections européennes.

En somme, il ne s’agit plus d’opposer les « fédéralistes » aux « souverainistes ». Pour tous, l’Europe c’est l’échelle la plus pertinente pour espérer rivaliser avec les champions de l’IA, conserver notre souveraineté sur nos données et imposer nos standards éthiques. Mais ne tardons pas plus, c’est notre dernière chance !


Publié dans Les Echos

Lauréat du Prix des Talents de la Recherche décerné par RUE 89 et FABERNOVEL, Yann-Maël LARHER a soutenu le 31 mai 2017 sa thèse intitulée « les relations numériques de travail » sous la direction du Professeur Jean-François CESARO à l’université Panthéon-Assas.  Passionné par les nouvelles pratiques collaboratives, il a travaillé en tant que juriste et en tant que communicant dans différentes organisations (Stratégie Gouv, TOTAL, VINCI). Il intervient désormais auprès de divers publics (chefs d’entreprises, politiques, étudiants, RH, commerciaux, syndicats) afin de favoriser l’adoption de nouveaux modes de travail. Il a fondé okaydoc.fr, une plateforme de docteurs (PhD) consultants/speakers pour accompagner les entreprises dans leur stratégie d’innovation.

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