Comment se porte le secteur de la fintech en France et comment réagit-il à la crise sanitaire actuelle ?

Le Coranavirus nous a surpris dans une période de forte croissance.

Les fintech françaises ont en effet réalisé une excellente année 2019, avec une forte augmentation de leur nombre – plus de 600 à ce jour – couvrant tous les secteurs de la finance alternative – paiement, financement, néo-banque, assurance, crypto-monnaie, entre autres – à destination aussi bien des particuliers, des entreprises que des investisseurs. Notre écosystème comporte désormais deux licornes et une dizaine de champions présents à l’international. Quant aux levées de fonds, celles-ci ont atteint près de 700 millions d’euros, soit le double des levées de 2018. Les deux premiers mois de 2020 se sont inscrits dans cette même tendance.

Depuis le début du confinement, une très forte pression s’exerce sur les fintech. Elle est évidemment liée à la diminution de l’activité et son corollaire, la perte de chiffre d’affaires. Ces entités sont le plus souvent jeunes et donc plus fragiles. La pression évoquée est également liée à l’apparition de certaines difficultés de financement. Les start up doivent notamment supporter l’attentisme des fonds de capital-risque et des business angels, leurs principaux fournisseurs de capitaux.

Dans ce contexte, la plupart des fintech ont adapté leur dispositif et adopté un mode de gestion de crise. Elles ont mis tout particulièrement l’accent sur la relation avec leurs clients et sur leur participation à « l’effort de guerre », avec de nombreuses initiatives de solidarité.

 

Quelles sont, selon vous, les solutions pour que ce secteur s’en sorte sans trop de dégâts ?  

En pleine crise sanitaire, les mesures à appliquer d’urgence sont proches de celles qui permettent aux PME « classiques » de faire face : le recours au chômage partiel (déjà mis en œuvre chez environ un tiers de nos membres) et l’accès aux dispositifs annoncés par le gouvernement (garantie sur les prêts bancaires, soutien de la BPI, entre autres).

Toutefois, ces mesures ne conviennent qu’à certaines fintech car le mode de financement courant des jeunes pousses n’est pas le crédit bancaire, mais les investisseurs, business angels et fonds de capital-risque.

Outre le recours aux aides publiques, elles consentent des efforts de réduction de leurs charges fixes et d’adaptation de leur modèle aux conditions de marché dégradées qui vont sans doute perdurer pendant plusieurs semestres.

Bien entendu, la résilience des fintech dépend de leur maturité et cette période sera particulièrement difficile à gérer pour les plus jeunes d’entre elles, notamment dans un contexte de raréfaction des ressources financières d’amorçage, déjà limitées en France.

 

Quelle est la place des fintech françaises sur l’échiquier international et leurs rôles au sein de la finance internationale ?   

Les fintech françaises ont longtemps pâti d’un manque de certaines ressources fondamentales pour faire émerger des champions internationaux et affronter à armes égales leurs grands concurrents étrangers, anglo-saxons notamment. Alors qu’elles évoluent sur un marché fortement contrôlé par les acteurs traditionnels (banques et assurances), elles ne bénéficiaient pas de ressources de capital risque équivalentes, ni d’un régulateur soutenant l’innovation.

Même si de nombreux changements ont pris place, il reste plusieurs « trous dans la raquette » comme le financement de la phase d’amorçage et de l’accélération – tranche 30-40 millions d’euros – et l’adossement à un grand marché domestique.

L’émergence de champions internationaux français (et européen) dans ce domaine est essentiel, tant le thème de la finance innovante est lié au financement de l’économie, à l’emploi qualifié, aux paiements ou encore, au développement durable. Autant de domaines qui recouvrent un enjeu stratégique : la souveraineté.

Ce défi à la fois national et européen. Les opportunités sont immenses, autant que les menaces. L’excellence scientifique – notamment en sciences cognitives – doit être mobilisé dans un contexte d’immense pression venant des Big Tech américaines et chinoises (GAFA américains et BATX chinois) qui ciblent l’Europe en général et la France en particulier. La plus grosse fintech du monde – Ant Financial – est chinoise, filiale d’une Big Tech et pèse plusieurs fois la capitalisation de BNP Paribas…

Ces Big Tech, dont la finance est l’une des priorités, ne courent pas avec les mêmes armes que nous : déjà adossées à des marchés intérieurs gigantesques, elles ont bénéficié et bénéficient toujours du soutien massif de leurs États : fiscalité et charges réduites, commande publique et notamment militaire et lien extrêmement efficace entre les acteurs innovants et la recherche académique publique et privée (elle-même massivement soutenue par les commandes publiques). Le tout avec un protectionnisme masqué mais redoutable.

Il est vital et urgent de construire une vision française et européenne dans ce domaine et d’y consacrer les moyens appropriés : commande publique, Small Business Act, construction d’un grand marché financier de l’innovation – type Nasdaq – et d’une industrie de la donnée – Cloud notamment.

Cette bataille est clé. Nous devons nous montrer conquérants et dépasser l’adage « l’Amérique innove, la Chine copie et l’Europe régule ».

En avant !


Alain Clot est le Président-fondateur de France FinTech, association des start-up du secteur financier digital. Après une longue expérience dans le secteur financier international, notamment au sein du groupe Société Générale où il fut responsable de la salle des marchés de SG Londres, directeur de la stratégie du groupe SG, PDG de SG Asset Management, directeur général délégué du Crédit du Nord, il est aujourd’hui, en sus de sa fonction de Président de France FinTech, Senior-Advisor chez EY et Business Angel.

 

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