La crise sanitaire du coronavirus n’est pas encore dernière nous, mais il est d’ores et déjà possible d’imaginer qu’elle marquera la société. Les décès, les faillites d’entreprises, la dissension européenne accrue et l’explosion des dettes publiques sont les conséquences négatives les plus évidentes. Mais il est possible de penser que cet événement inédit par son ampleur aura aussi, indirectement, bien des effets dont il n’y aura qu’à se féliciter.

Un bond des usages numériques

L’Histoire est pleine de ces grandes crises qui ont eu des effets durables : songeons à la Première Guerre mondiale, qui rendit nécessaire le travail des femmes, faute d’hommes disponibles, et qui enclencha une réelle dynamique d’émancipation de celles-ci. Dans quelques décennies, le bilan du Covid-19 dont on se souviendra vraiment sera peut-être celui, moins noir, d’un bond des usages réalisé à marche forcée.

En matière d’éducation et de formation, les lignes pourraient bien bouger comme jamais. Beaucoup d’enseignants et de parents d’élèves auront pu tester les outils numériques permettant d’indiquer les devoirs à faire, de partager les énoncés et les corrections. Dans l’enseignement supérieur, les universités se rendront-elles compte que certains cours magistraux donnés dans de coûteux amphithéâtres bondés occupés quelques heures par an seulement peuvent avantageusement être dispensés en ligne ? Que des examens peuvent être faits sur ordinateur ? S’apercevra-t-on enfin qu’une modernisation réelle des modes de transmission des connaissances permettrait d’incroyables économies de coûts structurels qui pourraient être utilisées, par exemple, pour mieux rémunérer les professions d’enseignement et les rendre plus attractives ?

Diminution de l’absentéisme

Le télétravail, pratiqué autrefois par 3 % des salariés , aura eu en l’espace de quelques mois la double incitation des grèves des transports et des confinements. Ce sont à présent près d’un actif sur quatre qui y a recours. Beaucoup d’entreprises au départ réticentes ont dû sauter le pas, et de nouvelles habitudes sont apparues. Les salariés se sont aperçus que, les nouvelles technologies aidant, ils pouvaient réaliser une partie de leur travail depuis chez eux, économisant un temps précieux perdu quotidiennement dans les transports. A la clé : une hausse de la productivité, une diminution de l’absentéisme et une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Symétriquement, peut-être fera-t-on plus attention à ne pas gaspiller le temps de présence physique, devenu plus précieux, en réunions inutiles.

La téléconsultation médicale avait connu un départ poussif. Une administration pusillanime avait pris soin de l’entourer d’un carcan de contraintes à peu près rédhibitoires : pour être remboursée, la consultation médicale faite en ligne devait être réalisée avec un médecin déjà consulté au cours des douze derniers mois. Devant la nécessité d’éviter la contagion, ces règles sont assouplies et le nombre de téléconsultations explose. Une fois l’expérience réalisée, bien des patients n’auront plus peur de passer par ce médium nouveau pour avoir recours à leurs médecins.

Enfin, après avoir connu les ruptures d’approvisionnement, les entreprises vont être amenées à reconsidérer leur dépendance à leurs fournisseurs, remettant le critère de la proximité géographique à l’honneur. Certaines relocalisations peuvent être espérées.

Pour les Chinois et les Japonais, le mot « crise » est exprimé par deux idéogrammes signifiant « dangers » et « opportunités ». Affronter les premiers ne doit pas empêcher d’envisager les secondes.


Publié dans les Echos

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