Au coeur de la pandémie Coronavirus, la bonne gestion des déchets participe à son endiguement. Si la France à l’arrêt révèle des dysfonctionnements  et ses forces. Qu’en est il du secteur des déchets?  

Les collectivités locales continuent d’assumer leur mission de service public en assurant la collecte des déchets et leur traitement. Les agents du secteur public ou privé qui, au prix de quelques aménagements continuent d’effectuer leurs tâches, participent de cet effort remarquable de solidarité et de responsabilité qui permet au confinement de se dérouler sans heurts et sans entrainer, dans ce domaine, de dysfonctionnement majeur.
Sur le territoire du Syctom, les usines de valorisation énergétique fonctionnent toujours et livrent la vapeur et l’électricité comme à l’accoutumée.

En revanche, pour les centres de tri, certains exploitants ont pris la décision de les fermer temporairement afin de préserver la santé des personnels, directement au contact avec les déchets recyclables. Ils rouvriront en fonction de la disponibilité des personnels.

Les tonnages collectés sont naturellement en baisse, compte tenu du coût d’arrêt forcé de l’économie et de la consommation des ménages (moins 25% après deux semaines de confinement si on compare avec une semaine de référence). Néanmoins, le secteur des déchets me parait préservé des polémiques. Nous avons collectivement réussi à démontrer que le service public français des déchets fonctionne même en cas de crise. En effet, qui pourrait porter la responsabilité d’une crise sanitaire des déchets dans le temps de la pandémie? Le sens de la responsabilité des uns et des autres est à l’oeuvre.

On peut s’interroger néanmoins sur la question des centres de transfert et de stockage des déchets recyclables. Nous ne sommes pas en mesure collectivement, sur le territoire du Syctom, de conserver d’importantes quantités de collectes sélectives qui auraient pu alimenter les filières de recyclage et/ou attendre la fin du confinement. En milieu urbain ultra dense, faute de foncier, il n’est pas aujourd’hui possible de stocker dans de bonnes conditions de sécurité des quantités importantes  de déchets recyclables.

Pensons à la sortie de crise, quelles sont selon vous les priorités à poser sur la feuille de route? 

Plusieurs remarques. Tout d’abord le lien entre une économie qui tourne à plein et le tonnage des déchets produits par les ménages et les activités assimilées est établi, me semble t’il.  Il sera difficile, à la sortie de cette crise, de nier cette corrélation.

Ensuite, si cette épreuve a mené rapidement à la sobriété, nul ne peut souhaiter que ces épisodes se reproduisent et si les leçons seront apprises, qui peut prétendre qu’elles seront retenues? En effet, nous allons être pris entre deux injonctions contradictoires: d’une part, relancer l’activité et la consommation et donc par conséquent la production de déchets et d’autre part, tirer des enseignements positifs d’une sobriété temporaire et forcée.

La nécessité d’une économie plus circulaire est en revanche un enseignement majeur de cette crise. Le Syctom plaide notamment pour accélérer la généralisation de l’éco-conception et la connaissance de la composition des produits manufacturés pour assurer la sécurité alimentaire et environnementale. Ce temps du confinement met en lumière les questions de l’approvisionnement et de la production de proximité, autant de conditions nécessaires pour maitriser aussi bien que possible les process et, pour les produits manufacturés, la part de matière première secondaire issue du recyclage et rapidement disponible.

Alors que le savoir-faire français dans la gestion & le traitement des déchets est reconnu par de nombreux pays, il semblerait que ce secteur ne bénéficie pas du même traitement dans notre pays. Comment l’expliquez vous?

Un malentendu? Probablement. Les déchets ont vocation à diminuer en volume et à développer un potentiel de recyclabilité supérieur à ce qu’il est aujourd’hui.
Les progrès attendus de l’Eco-conception, les effets bénéfiques de la loi sur l’économie circulaire et du Green deal européen devraient concourir à accélérer  les prises de conscience et la mise en oeuvre des moyens industriels nécessaires.

En revanche, le dogme prévaut, encore trop largement, sur le principe de réalité.

Alors que la fin de l’enfouissement  des déchets, mode de traitement le moins écologique car le plus producteur de CO2, doit être combattu au profit des autres formes de valorisation, on assiste encore à des condamnations définitives et sans appel d’autres formes de valorisation des déchets qui permettraient néanmoins, en fonction des particularismes territoriaux, de  diminuer les volumes incinérés. Il conviendra, à ce propos,  de s’interroger sur le sort que l’on pourra réserver à la fraction humide contenue dans les ordures ménagères qui échappera au tri à la source.

Sur ce cas particulier des déchets alimentaires qui devront être valorisés séparément dès 2023, il est difficile aujourd’hui de prévoir  comment et dans quelle mesure ils seront collectés ou détournés des ordures ménagères et comment les ménages  s’organiseront pour développer à la fois leurs performances de tri des emballages et trier leurs déchets alimentaires…
Il existe aussi je crois une forme de défiance plus ou moins consciente vis à vis de l’outil industriel dans le domaine du traitement des déchets au profit d’une vision idéalisée du traitement de proximité qui trouve ses limites évidentes dans les territoires ultra-denses des mégapoles. C’est un peu dommage car on perd du temps.

Enfin, on oublie trop facilement que ce sont les collectivités locales qui portent en France et ailleurs la responsabilité de la gestion des déchets. L’Objectif de développement durable 11 issu de l’Agenda 2030 a officialisé  cette responsabilité qui pèse pareillement sur les Villes quel que soit leur degré de richesse ou d’organisation administrative et politique. On oublie également que ce service public essentiel est une charge financière importante pour les territoires et pour les citoyens. Et ce sont à ces mêmes territoires que reviennent aussi la charge de la prévention et de la sensibilisation des citoyens-consommateurs… C’est beaucoup. Compte-tenu de la complexité des sujets et des  changements de comportement, il manque des moyens humains et financiers à consacrer à ces sujets.

Le vrai défi reste celui de la méthode et des moyens à mettre en oeuvre pour que ceux qui produisent les déchets (fabricants, metteurs en marché et consommateurs) prennent conscience de ces contraintes et modifient leurs pratiques.

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