Clash sur Twitter entre le prédicateur de la fin du monde, Cassandre, et le philosophe optimiste, Pangloss. Au message alarmiste de Cassandre « détruisons l’Homme, il a tué la Nature » ; Pangloss répond « Ne changeons rien, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Résolu à prendre parti, l’Homme tweeteur est toutefois mal à l’aise. S’il est un insatiable protecteur de l’environnement il est aussi un ogre destructeur. Tel Janus a deux têtes, il porte en lui l’ambiguïté du débat sur l’avenir de l’environnement. L’urgence est sans doute moins aux commentaires qu’à l’éclaircissement des réflexions sur ce sujet, porteur d’un nouveau Printemps de l’environnement.

Au fondement, il y a un principe, dont on entend beaucoup parler aujourd’hui, celui du développement durable. Formalisée dans le rapport Brundtland en 1987, cette notion s’entendait et s’entend toujours comme le fait de permettre à l’Homme d’utiliser les ressources naturelles librement, à condition de ne pas compromettre les besoins des générations futures. Son analyse est à la fois interconnectée et tridimensionnelle puisque la nature est un tout qui ne connaît pas de frontière et une composante économique, environnementale et sociale. Elle est ce colosse dont la puissance s’apprécie d’autant mieux avec une vision à 360° et dont la solidité sur ces trois jambes ne serait qu’aux pieds d’argile si l’on omettait l’un de ces trois piliers. C’est dire que le développement durable a ontologiquement besoin de l’Homme pour être pleinement mis en œuvre : sans économie, pas de développement ; sans environnement, pas de nature et sans social, pas d’Homme.

Il serait donc vain de considérer l’Homme comme un point faible du développement durable ; il en est en réalité un point majeur, une condition sine qua non.

L’Homme n’est pas le problème, il est la solution. Il est donc indispensable de replacer l’Homme au centre de l’environnement, non en tant que consommateur irresponsable, mais en tant que jardinier attentif à la bonne santé de son jardin, capable de cueillir ce qui peut l’être et se soigner ce qui doit l’être.

Il est à ce titre particulièrement intéressant de constater qu’un certain courant de pensée tend aujourd’hui à éradiquer la présence de l’Homme dans la Maison commune. En effet, alors que l’écologie a pu être un temps emprunte de conservatisme, imprégnée de l’idée de transmission (des langues, du savoir et de la nature), est apparue plus récemment une écologie que Mark Lilla qualifie de « réactionnaire ». Selon ce courant, le problème n’est pas l’environnement, le problème est l’Homme. Au final, ce courant récent de l’écologie « réactionnaire » serait inspiré, selon Mark Lilla, par la critique de l’Homme moderne et non par le souci de la Nature[1]. Et si, à l’inverse, il ne convenait pas de faire l’éloge de l’Homme pour ce qu’il a de positif et non sa critique pour ce qu’il représente de destruction ? Et si, au final, encourager ce que l’Homme a de meilleur ne serait pas la meilleure manière de chasser chez lui ses démons destructeurs ?

Il s’agit donc plus d’orienter l’Homme vers l’intégration de l’écologie dans l’économie et non de souscrire à telle ou telle théorie décliniste, effondriste ou de la décroissance. C’est dans cette logique qu’il y a nécessairement lieu de repenser notre modèle actuel, le faisant passer d’une logique de croissance infinie (qui risque d’épuiser les ressources), vers une logique de croissance intégrée au cycle de la Nature (qui prend en compte le temps de régénération de la Nature).

Il est donc impératif de confronter les besoins (notamment industriels) de l’Homme avec la capacité de la Nature à offrir ses ressources (et à les renouveler) : de même qu’un jardinier ne peut cueillir des fruits que de saison ou un chasseur prélever telle espèce qu’en fonction de sa capacité à se reproduire, l’Homme moderne ne doit consommer que ce que la Nature peut lui offrir.

C’est ainsi que seront respectés les trois piliers du développement durable : respecter les besoins de l’Homme en fonction des capacités de la Nature.

Poussant ce raisonnement, l’Homme devra aussi continuer à appréhender de mieux en mieux la production et la gestion de ses déchets. Le 26 septembre 2019, Luc Ferry rappelait, à ce titre,que la Nature n’avait pas de poubelle, tout y était recyclé. Aujourd’hui, la politique relative à la prévention et à la gestion des déchets est portée dans le code de l’environnement dont l’article L.541-1 dispose que « la politique nationale de prévention et de gestion des déchets est un levier essentiel de la transition vers une économie circulaire ». Le cadre est donc posé ab initio : nous sommes actuellement en phase de transition vers une économie circulaire.

Ce point est absolument capital car, contrairement à toutes les théories déclinistes, le législateur a voulu réaffirmer que l’Homme devait faire sa mue vers un autre modèle économique : passer de la linéarité à la circularité. L’Homme n’est donc pas condamné à la vasectomie [2] ou à un quelconque retour à l’âge de pierre, mais bien à une révolution environnementale. Comme toutes les mues, elles prennent du temps, mais le cap est donné, avec une vision assez précise rappelée notamment dans le code de l’environnement.

Le législateur, dans son rôle prospectif réaffirme quela mue vers l’économie circulaire passera nécessairement par la préférence donnée aux modes de traitement des déchets qui permettent en premier lieu de réintroduire un déchet sur le marché (réutilisation) et en deuxième lieu de le recycler.

Ainsi, appliquée à la lettre cette politique va nécessairement conduire à une révolution dans nos modes de consommations, faisant véritablement entrer l’Homme dans le cycle de la Nature.

En effet, Idriss Aberkane rappelait que l’Homme était la seule espèce qui produisait des déchets dont personne ne voulait. La politique de gestion et de traitement des déchets va donc conduire, lorsqu’elle sera pleinement mise en œuvre, à faire en sorte que nous ne dérogions pas aux autres espèces : produire des déchets qui sont en réalité autant de matériaux pour les autres espèces (et même pour l’Homme).

Cela nécessite aussi mécaniquement un changement des mentalités : favoriser le recyclé sur le produit consommateur de matières premières ; accepter de consommer différemment (pas moins bien, mais différemment).

C’est enfin ce qui devra nécessairement laisser libre cours au génie créatif de l’Homme. Encore une fois, l’Homme n’est pas le problème, il est la solution. Arrêtons d’écouter les Cassandres avec leurs prédictions mortifères pour devenir des disciples de la philosophie optimiste de Pangloss.

L’innovation est évidemment une source intarissable de progrès pour l’Homme d’une manière générale et pour la gestion des déchets en particulier. Une fois encore, la solution viendra de l’Homme. Dès lors que l’on aura remis l’Homme au centre de l’environnement, pourra alors vraiment commencer le Printemps de l’environnement.


[1]Entretien de Mark Lilla, émission Répliques d’Alain Finkielkraut, 28 septembre 2019

[2]https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/je-n-ai-pas-envie-de-creer-un-petit-pollueur-par-conviction-ecologique-ils-et-elles-ont-decide-de-ne-pas-avoir-d-enfant_3073987.html

 

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