Interview exclusive de Madame Valérie Gomez-Bassac, députée du Var et rapporteur des consultations citoyennes sur l’Europe

 

Institut Sapiens – Vous êtes actuellement en charge des conventions démocratiques européennes. En quoi consiste concrètement cette initiative ?

Valérie Gomez-Bassac – Aujourd’hui dénommées consultations citoyennes, elles consistent à entendre les attentes des citoyens sur l’Europe. Nous voulons placer le citoyen au cœur de l’Europe en demandant à des associations, des entreprises, des administrations… Quelle est votre Europe ?

L’intérêt de cette démarche est d’être transpartisane et interétatique. Un site dédié permet de labéliser des évènements, de retranscrire les débats et un engagement a été pris afin qu’ils soient restitués. Les citoyens doivent se réapproprier l’Europe.

 

IS – L’Union Européenne semble plus que jamais à un carrefour de son histoire. Dans une note publiée récemment, nous montrons que le populisme gagne du terrain partout en Europe. Comment le contrer ?

VGB – En effet, le populisme gagne du terrain. Seuls les dialogues et la proximité permettront de le contrer. L’Europe n’est pas incarnée par une personne. Il faut donc la rendre plus accessible. Tout d’abord en faisant preuve de pédagogie, en mettant en avant ce qu’elle apporte aux citoyens, aux entreprises, aux associations etc… il faut surtout aller vers les euroréfractaires et les eurosceptiques afin de savoir quels reproches peuvent être adressés à l’Europe pour y répondre, voire y remédier.

 

IS – Comment faire pour concrétiser l’existence et les bénéfices liés à l’appartenance à l’Union Européenne auprès des citoyens ?

VGB –Afin de concrétiser l’existence et les bénéfices liés à l’appartenance à l’Union Européenne, il faut rappeler toutes les mesures qui facilitent le quotidien : pour traverser les frontières, les normes d’interchangeabilité, d’interopérabilité, Erasmus (une des plus belles réussites), la monnaie unique pour la plupart des états, la facilité à implanter une activité économique dans un état membre…

Rappelons également l’essentiel : la Paix et la libre circulation. Face aux autres continents, l’Europe est une chance.

Enfin, cette concrétisation passe par un véritable sentiment de citoyenneté européenne.

 

IS – Nous fêtons cette année les 60 ans de l’Union douanière en Europe, qui a permis d’abolir de nombreuses frontières. Est-ce que l’UE n’est pas destinée à n’être justement qu’une réussite économique ?

VGB –L’union Européenne est une réussite économique comme elle est l’expression de la paix depuis plus de 70 ans. Il est également de notre responsabilité collective qu’elle devienne l’Europe de la culture, l’Europe de la recherche, l’Europe de la solidarité mais peut être avant tout une Europe Politique. L’affirmation de l’Europe ne doit pas faire peur, elle ne fera pas perdre notre identité nationale. Elle est l’expression d’une coopération interétatique.

 

IS – Le numérique est la grande révolution de notre temps. En plus de transformer notre économie, il bouleverse également les équilibres géopolitiques existants. Que doit faire l’UE pour se servir de cette opportunité pour grandir et non mourir ?

VGB – Même si l’hégémonie américaine ne peut être que constatée, certains Etats d’Europe, comme l’Estonie, sont bien placés dans la course au numérique. Au fil des années l’union Européenne a adopté des dispositions qui pouvaient permettre de développer des actions et des initiatives dans le domaine du numérique. Le numérique a été valorisé par la commission Junker avec la proposition d’une stratégie pour le marché unique numérique.

Rassembler l’ensemble des Etats autour de cette priorité sera le seul moyen de faire face à l’omniprésence américaine.

 

IS – Si vous aviez une baguette magique, quelles sont les 3 mesures que vous changeriez au sein de l’Europe ?

VGB – Je faciliterais une harmonisation du droit des entreprises. Les disparités fiscales et sociales inquiètent les entreprises et créent des distorsions de concurrence qui, dans une économie fragile, n’encouragent pas au développement et à l’investissement.

Je développerais une Europe solidaire : par l’humain et pour l’humain, créer le lien entre les citoyens afin de vivre mieux.

Pour une véritable citoyenneté européenne, j’intégrerais plus d’Europe dans les cours d’histoire, de géographie et dans l’éducation civique. Dans chaque classe j’afficherais les symboles de l’Europe aux cotés des symboles français et je rappellerais les valeurs communes que nous partageons.

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