Les marchands de peur ont convaincu les Français que nous vivons une période horrible de l’Histoire, ce qui est faux ! Le pape François ne répète-t-il pas que le capitalisme est le fumier du diable ? En réalité, le monde n’a jamais été si doux, la criminalité plus faible, la malnutrition plus réduite et la Sécurité sociale si généreuse. Les taux de criminalité, nous rappelle le philosophe Steven Pinker, ont été divisés par 30 à 100 depuis le Moyen Age : « Vous avez tendance à avoir une image des temps médiévaux avec de paisibles paysans vivant dans des communautés soudées pendant que vous imaginez que le présent est rempli de mass shooting dans les écoles et d’attaques terroristes. » Regardons de plus près ce passé idéalisé.

La peste tua 1 Européen sur 3 entre 1347 et 1352 et encore 300 000 Provençaux en 1720. Pour soigner le cancer du sein de la mère de Louis XIV, ses médecins pratiquaient cinq saignées par jour puis Guy Patin, le doyen de la faculté de médecine de Paris, choisissait de brûler la tumeur au fer rouge. C’est l’époque où les chirurgiens anglais inventent la maxime « Cut, Burn and Hope« . Résultat : tous les cancéreux succombaient dans d’atroces souffrances. En 1740, 30 % des enfants mouraient avant 5 ans. Une éraflure par balle sur les champs de bataille napoléoniens conduisait à l’amputation sans anesthésie ! Le taux de mortalité dû à l’ablation du rein – la néphrectomie – était au XIXe siècle de 50 %. Napoléon III est mort en 1873 de banals calculs urinaires. Jusqu’aux travaux de Charles Kraft en 1888, 99 % des appendicites entraînaient la mort. L’angine tuait de nombreux enfants en 1900. Les infections alimentaires étaient responsables de 2000 décès par an dans la France de 1900. L’ablation de la prostate était très souvent mortelle en 1910. La grippe espagnole a tué 50 millions d’êtres humains en 1918-1919. Cent pour cent des diabétiques insulinodépendants mourraient après une effroyable agonie jusqu’à la synthèse de l’insuline en 1922.

La vie n’a jamais été aussi magnifique

En 1950, tous les enfants leucémiques mourraient en quelques semaines ; la quasi-totalité guérit aujourd’hui ! Jusqu’à l’invention des neuroleptiques en 1950, de très nombreux schizophrènes – il y en a aujourd’hui 500 000 en France – étaient immobilisés dans les fameuses camisoles de force. En 1955, les Alpes étaient encore parsemées de sanatoriums où les tuberculeux attendaient sagement une mort probable. Jusqu’à la mise au point du vaccin en 1955, la polio était responsable de paralysies respiratoires gravissimes chez les enfants qui devaient passer des années dans d’horribles « poumons d’acier » qui ne laissaient que la tête à l’air libre. L’opération de la cataracte qui se réalise aujourd’hui en ambulatoire en vingt minutes était, après-guerre, une opération dangereuse.

Quant à l’ulcère de l’estomac qui se traite avec une poignée de gélules, il gâchait la vie de millions de Français et les mettait en arrêt de travail pendant de longs mois jusqu’à l’arrivée des antiulcéreux, en 1974. En 1985, l’espérance de vie des malades du sida était de 11 mois. Avant le vaccin, l’hépatite B tuait 500 jeunes Français chaque année. Oui, gérer le pouvoir démiurgique que les technologies NBIC (les Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) vont nous donner va être difficile mais on ne peut se complaire dans la nostalgie du passé.

Français, n’écoutez pas les sectes, les intellectuels apocalyptiques, les complotistes, les pessimistes, les Ayatollahs verts : la vie n’a jamais été aussi magnifique. Pour vous en convaincre, courez télécharger un livre d’histoire de la médecine. Car non, ce n’était pas mieux avant ! C’était horrible, avant ! Savourons notre chance de vivre en 2019 : la vie y est plus belle que jamais.


Publiée dans L’Express

Chirurgien et spécialiste des NBIC. Il est le fondateur du site Doctissimo. Essayiste, il est aujourd’hui l’un des spécialistes français de l’intelligence artificielle. En décembre 2017 il cofonde l’Institut Sapiens avec Olivier Babeau et Dominique Calmels.

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