Le ministre de l’Agriculture préconise une hécatombe mondiale

En défendant les pratiques de nos grands-parents, Didier Guillaume soutient un modèle incapable de nourrir la population d’aujourd’hui.

En visite dans la Drôme, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a défendu les méthodes agricoles ancestrales pour se passer des produits phytosanitaires. Le ministre a expliqué : « Il faut revenir à l’agronomie, la rotation des cultures, la couverture, l’assolement, les semis… enfin, ce que faisaient nos grands-parents » pour bannir tous les pesticides. Par ailleurs, le ministre a soutenu la biodynamie, qui utilise l’influence du zodiaque sur les cultures.

La biodynamie est un système de production agricole issue de l’anthroposophie, qui est considérée comme sectaire. Inventée par Rudolf Steiner en 1924, celle-ci repose sur des principes ésotériques appuyés sur l’influence supposée des rythmes planétaires reliés à l’astrologie. Exemple de la pensée steinérienne, à propos d’une préparation : « La vessie du cerf est connectée aux forces du cosmos. Mieux, c’est presque l’image du cosmos (sic). Ainsi, nous donnons au millefeuille le pouvoir presque essentiel d’augmenter les forces qu’il possède déjà, pour combiner le soufre avec les autres substances. » La contamination du ministère de l’Agriculture par cette vision magique est troublante.

Autre problème : le ministre ne s’étend guère sur les conséquences inévitables de ses propositions. Comme le rappelle la journaliste Emmanuelle Ducros dans l’Opinion : « Cultiver sans pesticides d’aucune sorte – ni bio ni autres – se traduirait par la disparition de 30 % des volumes produits. En effet, les cultures ne savent pas se défendre seules. […] Chaque année, sept nouveaux insectes ravageurs apparaissent en France. Les pommes sont attaquées par la tavelure, un champignon présent sur tous les arbres […]. Le blé est attaqué par l’ergot, qui touche un quart des récoltes non traitées. Ils ont beau être naturels, le premier rend les fruits impossibles à consommer, le second rend le blé dangereux, voire mortel […]. »

Une agriculture du bon sens fantasmée

Revenir aux méthodes de nos ancêtres revient à prôner « une agriculture aléatoire, au rythme des années, des ravageurs, livrée aux incertitudes du climat, aux maladies ». L’agriculture du bon sens de nos grands-parents fantasmée par Didier Guillaume exigeait des millions de petites mains – et les enfants pendant les vacances scolaires – pour désherber, repiquer et récolter. Retourner à l’agriculture du passé imposerait de déboiser pour compenser la baisse des rendements, ce qui diminuerait la biodiversité.

Grâce à l’agriculture scientifique, les agriculteurs sont en meilleure santé et ont moins de cancers que le reste de la population. L’agriculture moderne a fait exploser les rendements : depuis la guerre, le rendement moyen en France est passé de 15 à 70 quintaux à l’hectare pour le blé et de 100 à plus de 400 pour la pomme de terre. Les pays européens souffraient jadis de famines épouvantables. C’est grâce à la technologie que le monde ne crève plus de faim : sous Louis XIV, la ration calorique moyenne était de 1 600 calories par jour. La famine de 1845 en Irlande a tué 1 million de personnes. Les famines françaises de 1693 et 1709 ont fait 2 millions de morts. L’agriculture de nos ancêtres nourrissait 1,5 milliard de Terriens ; il faudra bientôt en nourrir 12 milliards. Avec les techniques du passé et leurs rendements minables, nous aurions d’effroyables famines. L’agriculture biologique affiche des rendements inférieurs de moitié à ceux de l’agriculture classique. Cela mettrait en danger de mort 2 à 3 milliards d’habitants. La généralisation du bio et des techniques de nos ancêtres enchanterait les bobos verts, mais ferait des centaines de millions de morts à l’échelle de la planète. La dérive magique et obscurantiste du ministère de l’Agriculture est dramatique !


Publié dans l’Express

Chirurgien et spécialiste des NBIC. Il est le fondateur du site Doctissimo. Essayiste, il est aujourd’hui l’un des spécialistes français de l’intelligence artificielle. En décembre 2017 il cofonde l’Institut Sapiens avec Olivier Babeau et Dominique Calmels.

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