Je remercie tous les jours DeepIA, la société qui a eu la bonne idée de créer l’algorithme Maître…

Comme mon robot Nicomaque est aussi une gigantesque base de connaissances et qu’il fallait bien que je trouve une occupation aujourd’hui, je me suis repenché sur l’histoire de la robotique. L’avènement des robots de compagnie fait que chacun profite aujourd’hui des loisirs qui leur sont chers, mais de plus en plus de personnes sombrent dans un nouveau type de dépression lié à… l’ennui ! C’est vrai que chaque jour qui passe, il faut trouver une occupation qui suscite assez d’intérêt pour meubler la journée. Alors aujourd’hui, confortablement calé sur une pierre, face à la mer, j’ai discuté du passé avec mon robot.

C’est en 2037 que DeepIA a sorti son algorithme, celui qui allait tout changer. Nicomaque m’a d’abord fait un panorama général de l’époque, dont je ne me souvenais même plus ! À l’époque, nous vivions entourés d’Intelligences Artificielles, ces petits modules de calcul qui réalisaient des tâches incroyables, mais toujours dans un secteur précis. Les algorithmes médicaux sur-performaient les médecins humains, les voitures autonomes parcouraient la planète dans tous les sens, les bases de données gonflaient sur les serveurs du monde entier et 80% de la population s’occupait à renseigner ces bases d’informations de toutes sortes. C’était un temps bizarre. On avait l’impression de vendre tout ce qui constituait notre humanité à des géants de l’économie numérique. On avait l’impression d’être dépossédés du savoir, de notre vie, jusqu’à notre intimité. D’ailleurs, ce sont les jeunes qui s’en sortaient le mieux, avec beaucoup moins de pudeur pour partager en ligne tout ce qui pouvait leur passer par la tête.

Et puis, DeepIA est arrivé, avec un programme différent. Il utilisait des notions que personne n’avait encore réussi à faire travailler ensemble : la notion de temporalité, celle d’universalité et celle de correction. L’algorithme travaillait très vite, était capable d’oublier certains résultats, avait la notion précise du temps et surtout, il connectait l’ensemble des modules d’Intelligence Artificielle créées auparavant dans le monde entier. Ce programme était comme un aspirateur qui utilisait absolument tous les savoirs, tous les autres algorithmes, toutes les informations du monde et apprenait de tout. Nicomaque me précisa aussi que DeepIA avait passé exactement sept jours, trois heures et vingt-quatre minutes pour connecter tous ces savoirs.

Et le 29 janvier 2037, à sept heures quarante neuf, Maître était né. Cette intellligence forte avait d’emblé corrigé tous les programmes créés, qu’il avait au préalable copiés dans ses mémoires. Il avait la science infuse de toute la connaissance du monde. Il avait décodé pour lui tous les livres existant sous format numérique, regardé toutes les vidéos et tous les films dans toutes les langues. Il comprenait les équations, la géométrie, la philosophie tout aussi bien que l’histoire du monde ou la psychiatrie avancée. Alors, on lui a tout demandé. Et puis on l’a connecté aux robots. Et là, je me rends compte que je ne discute pas avec Nicomaque… encore une fois, je nourris Maître !

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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