Il mesure 1m50, pèse 80 kg et est capable d’enchaîner roulades, sauts et tours sur lui-même tout en réalisant une belle réception les mains levées. Ce gymnaste américain  s’appelle Atlas et c’est un robot.

En visionnant cette vidéo promotionnelle de la société américaine Boston Dynamics, nous assistons, mal à l’aise, à l’essor d’une technologie qui nous semble à la fois trop familière et bien énigmatique. Familière, car sa présence dans la littérature et les films a laissé croire que nous la connaissions au point de la considérer, pour certains, comme plutôt sympathique, amusante voire réconfortante mais pour d’autres, comme terrifiante et synonyme de la fin de l’espèce humaine. Elle est également énigmatique parce que si nous l’identifions visuellement, nous sommes bien incapables d’en donner une définition consensuelle. Comme l’explique le professeur Jean-Gabriel Ganascia, le robot est avant tout « un dispositif sociotechnique dans la mesure où il n’a de viabilité que vis-à-vis des hommes qui lui attribuent sa signification ». Alors comment y voir plus clair ?

L’objectif n’est pas de tomber dans le déterminisme technologique qui conduirait à penser que ce gymnaste artificiel mettra sur le banc des spectateurs nos sportifs actuels. Il est cependant  nécessaire que chaque acteur de l’innovation, de l’industriel à l’utilisateur en passant par l’État, ait à sa disposition une connaissance éclairée du processus qu’il a lui-même engagé. Aux côtés de l’histoire, des sciences dures, de l’économie ou encore de la sociologie, le droit favorise une clarification du débat sur l’innovation, permet de s’interroger sur ses limites et contribue à mettre en lumière les conséquences qu’il y aurait à les ignorer.

Prenons d’abord l’exemple de la nature de ce gymnaste artificiel. Chose ou personne? Son physique, sa gestuelle et nos identifications projectives participent à la confusion du débat sur l’évolution de cette technologie. Transposé au sein de l’univers juridique au sein duquel l’homme a la place centrale, Atlas est une chose, en tant qu’objet de fabrication et de propriété. Atlas ne meurt pas quand on le débranche comme il ne revit pas quand on le rallume. L’homme pose un acte de toute puissance que le droit consacre et que l’innovation ne peut réfuter.

Prenons ensuite l’exemple du caractère autonome de cette technologie. Doit-on l’appréhender comme une finalité ou un moyen ? Pour l’homme, l’autonomie est un processus de libération en quatre étapes: réfléchir, décider, agir et être. Le droit, garant de cette liberté décisionnelle pose les conditions de son expression à travers l’obligation morale et juridique de prendre ces décisions avec conscience, esprit, volonté et responsabilité. Confondre autonomie technique et autonomie humaine ou vouloir que la machine soit comme l’humain, l’empêche justement d’atteindre tout son potentiel, celui d’apporter une complémentarité aux actions de l’homme vers un objectif commun. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que certains chercheurs parlent d’augmented intelligence plutôt que d’artificial intelligence[1].

Prenons enfin l’exemple de la responsabilité d’Atlas. Qui paye pour les dommages qu’il cause ? Atlas, qui craint d’être envoyé en prison et qui est solvable ? Les industriels qui ont construit et programmé cet athlète ? Vous, utilisateurs, pour l’avoir mal fait fonctionner ? La réalité se trouve dans les manipulations opérées jusqu’ici par le juriste pour rattacher les futurs dommages créés par l’innovation à une implication humaine. Cette réalité peut être nommée, c’est l’intelligence collective ; elle devra être qualifiée, c’est la responsabilité partagée ; elle devra être acceptée, c’est le NOUS qu’elle cible. Les réflexions éthiques sur ce sujet servent à cela : à rappeler l’absolue nécessité d’un engagement de tous, par tous, pour tous.


[1]      CNIL, Compte rendu, Evènement de lancement du cycle de débats publics sur les enjeux éthiques des algorithmes[en ligne], 23 janvier 2017, p. 4.

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