Institut Sapiens  – Que penser du projet de loi santé présenté le 13 février en conseil des Ministres ?

Guy Vallancien – Le projet de loi MaSanté2022 est globalement excellent. Il répond à des préoccupations très concrètes liées à la santé.

IS – La création des hôpitaux de proximité recentrés sur la médecine générale, la gériatrie et la réadaptation ne risque-t-elle pas d’accentuer les différences entre territoires ?

GV – Non au contraire elle les réduira en alliant les hôpitaux de proximité (600) aux maison et centres de santé on retrouver un a maillage pertinent.

 IS – L’objectif affiché est celui d’augmenter le nombre de médecins de 20%. La fin du numerus clausus est-elle une bonne idée pour aller dans ce sens ?

GV – C’est la seule erreur commise dans ce programme mais elle est de taille : vouloir augmenter le nombre de médecins qui sortiront donc de l’université dans dix ans est absurde. Le développement massif de l’IA et le transfert de nombre de tâches a des infirmières obligent à réduire le nombre de médecins sous peine de faire en 2030 une ramée de chômeurs. Les hôpitaux doivent modifier totalement leur management car on a jamais autant eu de médecins et infirmières publiques pour ne pas arriver a gérer la demande.

IS – A quel point ce projet de loi prend-il en compte les évolutions technologiques dans la pratique de la santé ?

GV – La télémédecine semble bien partie malgré un retard certain dû à des peurs infondées de violation du secret médical. Depuis quarante ans j’utilise mon téléphone pour communiquer avec les malades et aujourd’hui je suis passé à la vidéo grâce à mon smartphone. Aucun besoin de cryptage. En France, on adore compliquer ce qui est simple..

Ce qui manque avant tout ce sont les travaux d’analyse des résultats de nos pratiques ainsi qu’un pilotage de la politique de santé sur la base des milliards de données issues des Millions d’hospitalisions,  des cinq cent millions de consultations et du 1,2 milliard de prescriptions. On patine dans un monde qui galope !  Les données restent secrètes car cela dérangerait trop de monde d’être évalué. Il va pourtant falloir le faire et vite, sans concession. Il y va de la pérennité de notre système de soins et de son financement.

 IS – Quels sont les principaux points absents de ce projet de loi ?

GV – Ce qu’il manque c’est une véritable régionalisation des Agences de santé, placées sous l’autorité des présidents de régions. Il faut en finir avec le tout Etat qui mène la France depuis Paris. Cent milliards devraient être transférés aux régions pour qu’elles fassent le boulot d’organisation local des soins et de la prévention. Nous allons pousser dans ce sens qui est le bon au XXIème siècle. Colbert c’est fini !

IS – De manière générale comment pouvons-nous utiliser le numérique pour faire face aux déserts médicaux et améliorer notre système de santé 

GV – La télémédecine, qui a déjà citée, les voitures autonomes pour transporter les malades dès 2022, les objets connectés pour  les suivre à domicile et surtout une présence humaine d’ infirmières et autres professionnels de santé à mettre à disposition en créant de nouveau métiers d’assistants médicaux ( participant la baisse du taux de chômage) à repartir mieux sur les territoires.

 

Guy Vallancien est professeur honoraire de chirurgie, membre de l’académie de médecine, membre du conseil scientifique de l’Office Parlementaire de l’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Président de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), Spécialiste de robotique chirurgicale. Guy Vallancien est expert Sapiens.

 

 

 

 

Retrouvez le projet de loi ici 

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