Lorsqu’en 1885, quatre années après avoir énoncé le principe de la vaccination, Louis Pasteur soigna Joseph Meister, enfant atteint de la rage, grâce à l’inoculation d’une souche atténuée du virus, il ne s’imaginait sans doute pas qu’il révolutionnait la pratique de la médecine. La vaccination a depuis sauvé plusieurs centaines de millions de vies, mais elle trouve encore des opposants et des sceptiques, notamment en France.

La progression de la médecine s’est toujours heurtée à des réticences irrationnelles. En 2020, la 5G nous offre la possibilité de réaliser un bond en avant médical comparable à celui réalisé par Pasteur. Mais comme toutes les technologies génératrices de progrès, elle fait d’abord l’objet d’une controverse.

Médecine personnalisée et prédictive

Avec un débit dix fois plus rapide que la précédente génération, la 5G offre un temps de latence de 0,01 seconde contre 0,27 seconde pour les réseaux 4G, ce qui ouvre des usages jusqu’ici impossibles. Pouvant équiper jusqu’à un million d’équipements par kilomètre carré, elle assure une stabilité et une sécurité de connexion jamais atteinte dans l’histoire des télécoms.

Le secteur de la santé peut réaliser une importante mutation grâce à cette technologie. La puissance de la 5G facilitera par exemple l’essor de l’Internet des objets (IoT), qui offrira une ressource inédite au corps médical : la possibilité de connaître en temps réel la biologie d’un patient et d’identifier ainsi plus rapidement et plus précisément ses pathologies.

Ce progrès technique dans les télécoms va provoquer un changement de paradigme dans la santé. On va passer d’une médecine d’agence, basée sur des statistiques et des essais randomisés, à une médecine personnalisée et prédictive, où le diagnostic sera affiné en fonction des données reçues, et le soin calibré pour optimiser les chances de guérison.

En plus d’améliorer le bien-être des patients, la médecine à la carte permet également de rationaliser la pratique médicale en éliminant les 30 % d’actes non pertinents, engendrant un coût évitable de 42 milliards d’euros par an.

Consultation médicale à distance

En permettant de transporter plus de données à la seconde, la 5G va aussi rendre la téléconsultation plus performante. Cette pratique largement adoptée durant le confinement (on a dénombré jusqu’à 1 million de téléconsultations par semaine pendant cette période, contre 60.000 pour l’ensemble de l’année 2019) est une réponse partielle, mais importante au problème des déserts médicaux, qui concerne aujourd’hui près de 4 millions de nos concitoyens (en augmentation de 50 % en cinq ans). Chaque patient pourra consulter le praticien dont il a besoin sans avoir à se déplacer physiquement.

Au-delà de la consultation, l’opération chirurgicale pourra également se faire à distance. Réalisée pour la première fois en 2019 à Barcelone et permise grâce à un temps de latence quasi nul, cette prouesse va se banaliser dans les prochaines années grâce à la 5G et viendra bouleverser la carte hospitalière française.

Tour de France de la 5G

Pour que le grand public ne développe pas une aversion irrationnelle à cette technologie, il est indispensable de lui en présenter les applications. On pourrait imaginer par exemple un « Tour de France de la 5G en santé » où des camionnettes autonomes équipées en technologies médicales fonctionnant grâce à elle sillonneraient le pays pour en présenter le fonctionnement.

La technologie 5G est une opportunité que de nombreux pays, notamment en Asie, sont en train de saisir. Notre aversion à l’innovation risque de nous coûter très cher dans les années à venir. Il est temps d’arrêter les caricatures et les peurs irrationnelles pour s’approprier pleinement cette technologie qui améliorera le quotidien et la santé de tous.


Publié dans les Echos

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