80 ans après l’annulation des JO d’été de Tokyo en 1940, une guerre sanitaire, cette fois-ci, a contraint le Comité International Olympique et le Gouvernement Japonais à reporter les Jeux de la 32ème Olympiade. Après une longue indétermination où se jouaient financement, valeurs et cohésion du Mouvement Olympique, la situation sanitaire a révélé une complexité institutionnelle et une crise qui pourrait impacter profondément le monde du sport et aussi Paris 2024.

Les athlètes avaient été les premiers à s’exprimer contre la position du CIO quand il annonça le 17 mars le maintien des Jeux et exhorta les athlètes à continuer l’entrainement.  Outre la question sanitaire, un nombre croissant de parties prenantes prônèrent ensuite le report car ils ne pouvaient ni s’entraîner ni participer aux épreuves de qualification. Les disparités géographiques dans la propagation du virus faisaient craindre une participation non-équitable à la « fête quadriennale de la jeunesse universelle, le printemps humain » (Baron Pierre de Coubertin). Après l’accord sur le report, le CIO doit maintenant trouver un nouvel équilibre entre la garantie de l’excellence sportive et l’universalité, qui font la valeur médiatique et donc financière des Jeux, et la nouvelle distribution des responsabilités juridiques et financières.

En tant que « banque mondiale du sport », le CIO est le garant économique des Jeux. Un fonds de réserve (1 Mds USD) et une assurance (900 M USD) auraient permis en cas d’annulation de compenser une partie des pertes de revenus (droits TV et recettes de sponsoring) et soutenir les Fédérations internationales (FI), les Comités nationaux olympiques (CNO) et le Comité d’organisation. « L’accord mutuel à 100% » du report implique qu’il ne s’agit ni d’une rupture ni de la terminaison du contrat de Ville-hôte. Les deux parties prenantes se protègent de tout recours mais qu’en est-il des autres parties prenantes (sponsors, diffuseurs…) ? Fin 2019, les organisateurs avaient estimé le coût total des Jeux de Tokyo (infrastructures et coûts opérationnels) à environ 1,35 billion de yens (11,2 milliards d’euros). Le gouvernement central prenait à sa charge 1,2 milliards d’euros, la ville de Tokyo près de 5 milliards d’euros, le comité d’organisation japonais (COJO) 5 milliards d’euros. De son côté, le CIO est engagé à couvrir pour 50% des coûts opérationnels du COJO. Les sponsors locaux se sont fortement mobilisés en prenant à leurs charges 2,9 milliards. Alors que plusieurs experts du Mouvement olympique estiment le coût minimal du report à 3 milliards de dollars, Katsuhiro Miyamoto, professeur émérite d’économie à l’Université Kansai, a déclaré que le report des Jeux de 2020 coûterait au Japon environ 640,8 milliards de yens (5 milliards d’euros). Mais ces éléments financiers ne doivent pas masquer la contrainte humaine, organisationnelle et logistique.

Toutefois, au-delà de la renégociation des rôles et responsabilités, le coronavirus peut être l’agent mutant du renouvellement du Mouvement olympique et du retour aux valeurs initiales. Force est de constater que les questions sur l’avenir des JO de Tokyo ont mobilisé des media et publics autrefois peu sensibles aux Jeux. Une attractivité contextuelle qui détonne avec le désintérêt grandissant de la jeunesse pour les Jeux olympiques, dont l’âge moyen du téléspectateur est de 53 ans. Or « pour agir sur la jeunesse, il faut comprendre son ardeur à vivre » nous rappelle encore Coubertin. La jeunesse d’aujourd’hui est innovante : curieuse, elle cherche à apprendre, à comprendre et à s’engager. La redynamisation du Mouvement olympique passera par sa considération et son implication. Paris 2024 est en mesure de répondre à cet enjeu majeur. Pour la Jeunesse, il devra redéfinir les espaces de compétition, les compléter avec des espaces de collaboration, multidimensionnels et technologiques. Il devra accueillir esport, technologie et robots, inventer l’interaction entre le spectateur et le compétiteur. Proposer des expériences collectives où athlètes et para-athlètes, hommes et femmes s’unissent. Le sport ne doit plus être ostracisé ni parqué. Il doit retrouver sa vocation sociale et pédagogique et se réconcilier avec la culture et l’art.paris 2024

Le Covid-19 nous contraint à une réflexion de rupture. Pour résoudre cette « crisis » – étymologiquement la nécessité de faire un choix- le Mouvement olympique doit reconquérir cette jeunesse qui est sa raison d’être. Il doit se réconcilier avec son identité originelle et refaire du sport et de la compétition des plateformes d’éducation, d’échange et de construction. Il doit aussi compter sur l’engagement de nous tous, car le succès est lié avant tout à notre capacité à agir collectivement. Ce sera alors la possibilité de faire des Jeux de cette 32ème Olympiade la plus belle fête de la Jeunesse et du Sport. Et de la victoire contre le coronavirus.

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