La formation tout au long de la vie constitue un enjeu clé pour nos économies. D’abord, parce que le vieillissement démographique laisse ouverte la possibilité de travailler jusqu’à un âge plus avancé. Ensuite, parce que le processus schumpétérien de destruction-créatrice mu par l’innovation provoque une évolution très marquée des compétences demandées. D’un point de vue collectif, cela produit une polarisation des emplois : les qualifications intermédiaires disparaissent au pro t de qualifications très faibles ou très élevées.

D’un point de vue individuel, la perte d’emploi provoque à court- terme une dégradation des conditions de vie si une qualification solide n’est pas apportée en parallèle. Par ailleurs, le système de formation continue se révèle peu performant en France : on compte seulement 36% des adultes ayant accès à une formation chaque année, contre 53% en Allemagne et 56% au Royaume-Uni. En outre, la formation professionnelle ne bénéficie ni aux actifs peu qualifiés ni aux seniors, les deux catégories les plus vulnérables au chômage. Il est donc primordial de renouveler profondément la manière dont est conçue la formation tout au long de la vie et à qui elle est attribuée.

L’annonce par le Président Emmanuel Macron de consacrer 15 milliards € du Plan d’investissement à la formation professionnelle témoigne de l’enjeu qu’elle représente, notamment en matière de lutte contre le chômage, de compétitivité et de capacité d’innovation. L’objectif est bien d’accroître la performance du système de formation français pour ses bénéficiaires, et de générer des gains de productivité substantiels pour le pays.

La présente étude démontre l’utilité et l’efficacité économique de la formation professionnelle en évaluant l’impact sur la production de l’accès individuel à une politique de formation professionnelle de six mois ou d’une année tout au long de la vie. Nous supposons ici qu’une partie de la population va être touchée par une obsolescence partielle de ses qualifications (en particulier des compétences spécifiques) due à des changements technologiques non anticipés. Cette dépréciation du capital humain peut alors être compensée par une politique de formation professionnelle de six mois à un an.

Les résultats sont sans appel : si l’on forme 3 millions de personnes (soit 10% de la population active française, c’est-à-dire la part des actifs occupant un emploi touché directement par la révolution digitale) sur une durée de 6 mois, on obtient alors une augmentation de 2,5% du PIB. Si la durée de la formation atteint 1 an, le PIB progresse de 3,4%, grâce à une amélioration du capital humain et de la productivité.

Ainsi, les gains sur longue période peuvent être évalués entre 62 et 86 Milliards d’Euros et sont à mettre en perspective avec le coût de telles mesures. Compte tenu du coût horaire de la formation professionnelle (11€ de l’heure), une formation solide de 6 mois pour 10% de la population active, soit 15 Milliards d’Euros.

 

>> Télécharger notre étude <<


Nathalie Chusseau

Professeure des Universités en économie à l’Université de Lille et chercheur associée à la Chaire Transitions Démographiques, Transitions Economiques. Ses travaux portent sur l’économie des inégalités, l’éducation et la mobilité intergénérationnelle, et l’économie de la mondialisation. Elle a récemment publié une note pour le Conseil Régional des Hauts-de-France intitulée : La mobilité sociale en Hauts-de-France, N. Chusseau, V. Schmitz et G. Marlier, Repères Hauts-de-France n°11, Janvier 2019, ainsi qu’un article sur le modèle allemand: Is the German strategy applicable to France?, N. Chusseau et J. Hellier, Economie et Prévision, 211-212, November 2017/2-3.

 

Jacques Pelletan

Ingénieur des Ponts et Chaussées et Docteur en sciences économiques, Jacques Pelletan est Maître de conférences à l’Université Paris 8 et Professeur associé à l’Institut Louis Bachelier. Ses travaux portent sur la théorie du risque, les comportements illégaux et les enjeux écono-miques de la démographie. Il a récemment publié “Sociétés sécuritaires ou sociétés de confiance?”, qui s’est vu remettre le Prix Risques – Fédération Française de l’Assurance (2018).

Laisser un commentaire