John Edgard Hoover, illustre fondateur du FBI, a eu raison lorsqu’il a prononcé sa fameuse phrase : « L’information, c’est le pouvoir« .

Le « Big Data » n’existait pas encore, mais il avait déjà vu à quel point l’humain serait dépendant de l’information. Et même si l’on peut penser être aujourd’hui doué de discernement et se sentir capable d’un raisonnement fondé sur autre chose qu’une simple somme d’informations compilées, on ne se rend pas toujours compte à quel point le contrôle de l’information est capital pour celles et ceux dont l’idéal est de contrôler, de diriger, d’engranger des recettes…

Nos raisonnements ne sont alors rien face au pouvoir de la communication, bras armé de l’information. Car le mot de Hoover peut se lire de façon « palindromique » si je puis dire.  On imagine facilement qu’acquérir de l’information permet d’obtenir plus de pouvoir. De ce point de vue, on organisera une collecte d’informations, si possible recoupées par plusieurs sources sans relations, pour obtenir un renseignement fiable et opportun, capable de conférer un avantage dans une lutte politique, militaire ou économique. Et alors oui, « l’information, c’est le pouvoir ». La seconde façon d’envisager cette sentence est de contrôler, d’être de l’autre côté du poste radio. Contrôler, d’une manière ou d’une autre, la communication émise.

Fabriquer une information est finalement même plus simple que d’aller à la recherche du renseignement. J’enfonce des portes ouvertes puisqu’on sait bien que toutes les personnes de pouvoir finissent par investir les médias.

Aujourd’hui, les outils numériques proposent à chacun de diffuser sa petite dose d’information, et donc de prendre un tant soit peu le pouvoir. Par exemple, le fait de me lire me donne sur vous un petit pouvoir (une différence sera que je ne suis pas rémunéré d’une quelconque manière pour ce que j’écris). Nous sommes ainsi entrés dans un jeu de dupes ou les meilleurs communicants sont les gagnants. Les « dinosaures » de l’ancienne ère se font dévorer par celles et ceux qui maitrisent la communication. C’est comme ça que certaines minorités très actives en communication arrivent à nous faire croire à l’importance de leur message, pourtant statistiquement proche des 5% critiques dans les lois statistiques.

Encore plus proche de nous, on nous présente désormais des débats à la manière de jeux , avec même un « teaser » alléchant et des plans-séquences avec des jeux de contraste, de zoom, de profondeur de champ travaillée. Cela, sans pour autant avoir quelque « débat » que ce soit. Le droit de réponse n’existe plus ni celui de ne pas être d’accord sur le fond. Sans parler de la guerre des « fake-news » qui se joue dans le monde numérique et qui prend à leur propre piège tous les communicants adeptes de ces réseaux.

Le vainqueur par KO dans ce domaine est le « réseau social » qui nous présente grâce à des algorithmes d’Intelligence Artificielle  (I.A.) des informations orientées par des critères que nous lui avons nous-mêmes livrés. Que ce soit dans les recherches internet, dans les choix de visionnage, mais aussi dans celui du parcours à prendre d’un point A à un point B, nous sommes pris en charge par ces I.A. invisibles qui occultent pour nous certaines informations, sans rien nous demander, tuant par là toute diversité. Notre identité leur est statistique, notre appartenance à leur groupe est calculée, souvent dans un but commercial.  La pensée unique est en pleine instauration et, sans puissance de communication, il sera malvenu d’aller contre, de penser différemment. Dès la cour d’école, Instagram légifère les relations sociales de nos enfants. L’entreprise doit être cette « grande famille » qui nous accueille (au coeur du Knowledge-management et du data-r.o.i., tout de même !)

Avec un beau sourire, le chatbot de telle entité publique vous coupera pourtant les vivres si vous n’avez pas payé tandis que le secteur social n’embauche plus. L’humain perd sa faculté à être différent de l’autre, surinformé, fake-newsé et contrôlé par un piège à com’. Ce pouvoir de masse permet alors de vendre à tous la même idée ou le même produit, bien plus facilement.

Et pourtant, en 1987, naissait le slogan d’Apple, « think different ! »

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

Laisser un commentaire