Personne n’a pu échapper au visage encore enfantin de Greta Thunberg, cette jeune suédoise de 16 ans venue dire aux adultes graves qu’ils sont irresponsables et leur expliquer ce qu’ils doivent faire pour le climat. L’image a fait le tour des médias et des réseaux sociaux, emportant l’adhésion quasi unanime. Elle est belle sans doute (l’image…). Trop belle. Suis-je le seul à être gêné par cette scène trop bien montée, cette omniprésence à toutes les manifestations à travers l’Europe, ces invitations dans les cénacles les plus fermés, jusqu’à l’Élysée? Suis-je le seul à croire d’autant moins à l’authenticité qu’elle est revendiquée avec ostentation? On ne peut s’empêcher de soupçonner que tout cela est trop bien ficelé, trop efficace, pour ne pas être une forme de manipulation. Surtout, on peut déplorer que la jeune Greta serve si mal la cause qu’elle prétend défendre. En fait, Greta Thunberg symbolise beaucoup moins la fragile innocence d’enfants sacrifiés par l’inconséquence des hommes que l’impasse dans laquelle nous mène précisément une certaine idée de l’activisme climatique.

L’effet des activités humaines sur le climat est un problème complexe qui ne supporte pas les réponses simplistes. Derrière la jeune fille au regard d’azur, conjuguant l’indignation de Jésus chassant les marchands du Temple et la pureté farouche d’Athéna, il n’y a au fond que le sempiternel et puissant lobby de la décroissance verte. L’habileté à communiquer, l’utilisation des nouvelles règles de notre société du buzz, les slogans-chocs: tout cela signe une stratégie très élaborée qui n’a rien de la croisade des enfants qu’on veut nous vendre.

Derrière l’image, quel est le message? Outre les prédictions les plus apocalyptiques, le catéchisme habituel des zélotes du climat qui ont repeint en vert leurs habits rouges de révolutionnaires communistes: «Nous exigeons de diviser au minimum par quatre notre consommation énergétique d’ici à 2050, une transition vers 100 % d’énergies renouvelables produites de manière décentralisée et la fin du nucléaire pour 2030». La réalité que se gardent bien d’expliquer ceux qui proposent ce genre de programme, c’est que les ENR sont à l’heure actuelle, du fait de l’absence de solution de stockage massif de l’énergie, incapables de remplacer les énergies non pilotables. Et que l’Allemagne a fait exploser ses émissions de CO2. Ni l’absence de nucléaire ni la suppression totale à moyen terme des hydrocarbures ne sont avancées par ceux qui cherchent à penser des façons sérieuses de progresser. Les propositions de nos vertueux hérauts du climat représenteraient bien plus qu’un changement de mode de production: un changement de civilisation, dont le programme dirigiste est trop clair et la traduction concrète le retour à une sorte d’âge de pierre où la liberté n’a aucune place. Le vrai but est de faire du monde un immense kolkhoze vert.

Entendons-nous bien: il ne s’agit pas de nier l’urgence climatique. Mais précisément de dénoncer la façon dont cet enjeu immense est en pratique confisqué par quelques groupuscules au programme politique bien précis. Au moment où l’on se rend compte du bilan réel catastrophique des éoliennes, on aurait aimé que ces mouvements censément spontanés disent qu’il faut redonner toute leur place aux sciences et aux faits et aucune aux idéologies. Que les réponses simplistes et radicales sont séduisantes mais trompeuses. Qu’il faut élaborer de façon pragmatique de nouvelles façons de subvenir à nos besoins plus respectueuses de notre environnement. Que pour cela on peut compter plus que jamais sur l’initiative privée et la formidable énergie entrepreneuriale guidée par de justes incitations, plutôt que sur des formes de collectivisme et de spoliation qui n’ont marché nulle part. Que notre système capitaliste et libéral a réussi à tirer plus d’un milliard d’humains de la misère au cours des seules vingt-cinq dernières années et que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi bas dans le monde, ce qu’aucun système alternatif n’avait jamais réussi à faire (au contraire). Que la technologie et la recherche vont nous apporter des solutions si on consent les investissements nécessaires.

Pour que les mouvements écologiques de jeunes tiennent un discours si sensé et réaliste, il aurait fallu qu’ils ne soient pas manipulés par quelques officines cherchant à faire avancer leur agenda anticapitaliste sous couvert d’urgence climatique. Une écologie intelligente (donc efficace), décidément, reste à inventer. Avec ou sans Greta Thunberg.


Publié dans le Figaro

Président fondateur de l’Institut Sapiens. Professeur à l’Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

2 pensées sur “Greta Thunberg, icône d’un écologisme naïf”

  1. il faudrait savoir : puissant lobby climatique ou groupuscules irresponsables ? L’amalgame n’est-il pas un procédé de la dialectique communiste ? HORREUR, M. Babeau !

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