Le mouvement des gilets jaunes semble exprimer une rupture consommée entre la France provinciale et ses élites parisiennes, excepté sur un point :celui de l’urgence de la transition écologique. Personne n’ose remettre en cause ce qui semble être devenu un objectif politique à poursuivre

En termes de transition énergétique, la France peut être qualifiée de « meilleur élève mondial ». Sa croissance démographique est faible et sa croissance économique ne dépassera pas en moyenne 1,5 % au cours des 30 prochaines années.Elle possède l’une des plus faibles intensités énergétiques[1] mondiales bien en dessous de la moyenne européenne. Et surtout, grâce à son parc nucléaire, elle est championne du monde de la dé-carbonisation. Avec seulement 100kgCO2/MWh la France surclasse tous ses concurrents qu’ils soient européens (200 kgCO2/MWh en Allemagne), américain (200 kgCO2/MWh) ou chinois (260 kgCO2/MWh).En conséquence, le Français n’émet que 4,7 tCO2/an contre 9,5 pour l’allemand et 15,5 pour l’américain.

Une pensée unique instrumentalisée par les « khmers verts »

Au vu de ces chiffres on comprend donc mal les raisons qui poussent le gouvernement français à se lancer dans l’urgence dans une transition écologique d’autant plus coûteuse socialement qu’elle touche douloureusement les plus démunis. Car ce sont généralement eux qui, de par leur difficile mobilité géographique, leur voiture mal entretenue et leur habitat mal isolé, payeront la plus grosse part de la facture.

Échappant à toute démarche rationnelle, la pensée unique de cette transition est clairement encouragée par l’idéologie des «  khmers verts » au mépris de tout équilibre économique et social. La loi sur la transition énergétique promulguée en 2014 est la traduction dans les faits de la caution politique que François Hollande a voulu donner aux Verts. Elle n’a été construite sur aucun réalisme économique et social.

Si elle est nécessaire à terme, la transition énergétique française est à comparer à la motivation des autres grandes nations traînant souvent les pieds lorsqu’il s’agit de s’y engager. Bien sûr le meilleur élève de la classe se doit de montrer l’exemple. Mais, est-ce à lui de se pénaliser de ses bons résultats? Il n’y a aucune urgence aujourd’hui à réduire le nucléaire au profit des énergies renouvelables intermittentes. L’échec cuisant de l’Energiewende allemande qui a voulu mettre en œuvre des renouvelables à l’échelle nationale tout en sortant du nucléaire démontre de façon éclatante ce qu’il ne faut pas faire. En Allemagne, (dans le silence et sans violence il faut le reconnaître!)le coût du kWh est de 0,32€ soit le double du français. Au vu de l’augmentation exponentielle de la TICPE, la poursuite de la transition énergétique française telle qu’elle a été engagée conduira au même résultat excepté qu’elle augure dans l’Hexagone de nombreux samedis de violence.

Depuis 2014, la TICPP a été mutipliée par 3 (source : PLF 2018)

La suppression partielle ou totale de la TICPE ainsi qu’une grande partie des aides d’Etat aux énergies renouvelables permettrait de redonner aux français qui souffrent un peu de ce pouvoir d’achat qu’ils réclament. La République Française ne mérite pas d’être bradée sur l’autel d’une transition énergétique conduite à la hâte sans aucune raison objective. La France a injecté depuis 5 ans 144 milliards d’Euros[2] dans la transition écologique. C’est 2 années d’impôt sur le revenu et 30 années d’ISF [3]. Et pourtant durant la même période les émissions françaises ont augmenté de 5%[4].

Nous soutenons l’instauration d’une taxe carbone à condition qu’elle soit au moins partagée dans l’ensemble des pays européens ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas.

Puisse Emmanuel Macron entendre ce message renvoyer dans leurs cordes des écologistes intégristes sans scrupule et différer une transition qui pour la France n’est en rien contraignante. Puisse-t-il aussi résister à la pression des chantres néo-marxistes réclamant le rétablissement de l’ISF et le « scalp des riches ». Puisse-t-il ne pas trop ouvrir les vannes sociales au risque de fragiliser un peu plus une économie déjà chancelante. Mieux vaut consacrer les ressources limitées dont il dispose pour investir massivement sur nos points de faiblesse comme l’éducation, la formation professionnelle ou le numérique un domaine où les américains et des chinois disposent aujourd’hui d’un quasi-monopole.

Tout le monde y gagnera des élites parisiennes aux gilets aunes!


[1] L’intensité énergétique est le rapport entre la quantité d’énergie

[2] https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=Kj7IQIaRmKs

[3] http://impotsurlerevenu.org/la-fiscalite-francaise/901-l-impot-en-chiffres.php

[4] BP Statistical Review 2018

Ingénieur des Mines de l’École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l’Institut de Physique du Globe de Paris, il rejoint l’industrie pétrolière en 1982 où il est pendant 15 années expert en Mécanique des Roches. Il occupe ensuite diverses fonctions opérationnelles et de direction en Ecosse), en Angola) et au Kazakhstan. Il est actuellement conseiller technique auprès du directeur de la communication d’un grand groupe pétrolier.

Expert reconnu en hydrocarbures non conventionnelles, Philippe Charlez est l’auteur de deux livres sur la Mécanique des Roches et de plus de 70 articles sur l’énergie. Il a publié en 2014 & 2015 aux Editions Technip « Our Energy Future Is not set in Stone» « Gaz et pétrole de schiste … en question » et « The shale oil and Gas debate».

Un nouvel ouvrage généraliste sur la transition énergétique « Croissance, énergie, climat : dépasser la quadrature du cercle » est paru Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD et au Centre International de Formation Européenne.

Pour plus d’informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge

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