La pandémie aura eu cet effet inattendu de nous faire redécouvrir les vertus du service public. On se félicite à juste titre de la résistance de nos infrastructures, de l’implication des agents du service public, on remercie à raison ceux qui assurent l’approvisionnement en énergie, en eau potable, ceux qui traitent les eaux usées et collectent les déchets.
Cette reconnaissance des services essentiels qu’un corps social doit assurer est possible parce que des gouvernances locales robustes, anciennes, expérimentées, soutenues par une fiscalité adaptée et supportable prend en charge ces missions.
Priver les usagers de ce confort serait synonyme de chaos dans des sociétés aussi sophistiquées que les nôtres. Or ce chaos inenvisageable pour nous, constitue le quotidien des pays pauvres.
Pour 50 % de la population mondiale, 60% des déchets ménagers produits ne sont pas ramassés et 93 % des quantités collectés sont jetées dans des décharges plus ou moins gérées avec des conséquences dramatiques en terme de salubrité, pollution, indignité.
Le Covid19 et le confinement mondial généralisé à la planète laissent espérer à certains que le jour d’après va voir l’avènement d’une sobriété raisonnable et choisie entrainant une baisse de la consommation, donc de la production de déchets et donc une décroissance bénéfique…
Ce scénario est éventuellement une option dans les pays développés en imaginant que l’économie mondiale s’en accommoderait.
Ailleurs, la question ne se posera pas, la subsistance au quotidien restant un objectif prioritaire au détriment des autres considérations. La pandémie fragilisant encore les économies, en particulier informelles.
Ce triste paradoxe peut opposer encore longtemps ceux qui veulent produire mieux et moins et ceux toujours plus nombreux qui doivent gérer avec peu de moyens une production de déchets que la démographie et le développement des mégapoles va accroitre (+ 70% en 2050 selon la Banque mondiale).
Là où nous avons eu l’opportunité d’organiser depuis un siècle un service public des déchets adaptés à nos besoins et à nos moyens, les pays pauvres doivent imaginer des solutions qu’ils sont en mesure de financer.
Deux séries de contraintes ont freiné ces dernières années le développement de solutions pragmatiques.
En premier lieu, les gouvernants se sont beaucoup laissés bercer par le miracle attendu de la part des PPP qui allaient permettre d’investir dans des infrastructures et offrir un retour sur investissement aux Etats et/ou aux investisseurs privés. Or, avant de vendre le produit du traitement des déchets (énergie ou matière première secondaire issue du recyclage) il faut collecter les déchets, les stocker et enfin les traiter dans des conditions environnementales acceptables, d’autant plus que les exigences légitimes de la Finance durable alignent les normes en général au niveau de celles promues par l’UE, renchérissant ainsi le coût des installations.
Chacun découvre alors que la gestion des déchets représente un coût et que le déchet ne devient ressource qu’au prix de dépenses jamais compensées.
A titre d’exemple, sur le territoire du Grand Paris, le service public en charge du traitement des déchets ne comptabilise le produit de la vente des produits issus de la valorisation que pour 17% de son budget…
En second lieu, la valorisation des déchets, là où des collectes fonctionnent, requiert des solutions territorialisées, des possibilités de transport pour écouler ces produits, des conditions climatiques homogènes, des personnels qualifiés, des marchés à l’échelle des sous-régions, des réglementations favorables et une détermination politique des gouvernants particulièrement solide.
Plein d’exemples locaux viennent contredire ce constat. De nombreuses expérimentations mettent en valeur des solutions de traitement micro-locales qui fonctionnent et détournent des décharges sauvages ou du simple abandon sur la voie publique des quantités non négligeables de déchets. Mais si réussies soient-elles, aucune n’influe à une échelle perceptible sur les chiffres et les perpectives d’aggravation.

Où trouver des raisons d’espérer? La découverte de la question du plastique dans les océans a précipité des mesures bien venues d’interdiction de fabrication et d’usage. Aux gouvernants de les relayer et de les faire respecter. Certains y parviennent. La coopération internationale joue de son côté un rôle important lorsqu’elle concentre son attention sur des actions qui permettent ensuite aux Etats et aux autorités locales de s’approprier des solutions techniques simples et peu couteuses. Il est, dans cet esprit, urgent et nécessaire de reconnaitre qu’il faut soutenir ceux qui sont désignés pour gérer cette question des déchets: les collectivités locales.
L’objectif 11 de développement durable qui traite des villes durables acte la responsabilité des Collectivités locales dans la gestion des déchets. Dont acte. Comment? Avec quels moyens? Quels soutiens? La prévention, l’éducation joue un rôle mais le temps est compté. Qui peut raisonnablement croire que dans les pays pauvres, alors que les pays riches n’y parviennent pas, des campagnes sporadiques de communication suffiront à résoudre des problèmes qui dépassent les simples choix personnels de consommation ou les possibilités (quand elles existent) d’élimination des déchets?
Aujourd’hui les organismes financiers d’aide au développement sont conscients des enjeux et cherchent à financer des solutions semi-industrielles qui, à des coûts abordables, pourraient, une fois dupliquées, éloigner le spectre de la submersion par les déchets. Mais ce sont ces solutions qui manquent. Entre la solution micro-locale opérationnelle à l’échelle d’un village et l’installation industrielle merveilleusement sophistiquée, les solutions manquent. C’est cette recherche qui mérite d’être accélérée avec le soutien des PME françaises, des start-up et des ONG.
Les services publics français de traitement des eaux usées et des déchets prennent leur part, à l’exemple du Siaap et du Syctom qui développent des solutions et des expérimentations conjointes en France comme ailleurs. Leur atout est de parler le même langage que les collectivités partenaires qu’elles soutiennent.

Or on constate à chaque rendez-vous international que la notion de service public essentiel dû aux habitants est encore absente alors que ce service qui n’est aujourd’hui globalement pas financé dans les pays pauvres, faute de solutions techniques adaptées ou de possibilité de partage des capacités, est un élément essentiel et prépondérant au développement durable. Les bonnes volontés existent, les financements suivront. La méthode et les solutions restent à développer.

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