Dans un monde où tout est instantané, l’Institut Sapiens vous propose de prendre 5 minutes chaque lundi pour (re)découvrir les principales informations économiques et technologiques de la semaine écoulée, commentées par nos experts.

Taxe européenne ou impôt plancher mondial pour les GAFAM ?

Source : Le Figaro

Le ministre de l’économie français s’est rendu au Parlement Européen à Strasbourg mardi dernier pour plaider en faveur d’une taxe européenne sur les GAFAM et d’autres sociétés du numérique telles que YouTube ou Airbnb. Ces dernières sont en effet expertes des montages financiers et ne payent que très peu d’impôts en Europe. Pour remédier à cela, Bruno Lemaire a donc plaidé devant les eurodéputés pour la mise en place d’une taxe concernant le chiffre d’affaires des géants du numérique. Si 20 pays sur les 28 Etats-membres semblent favorables à cette taxe, comme les Pays-Bas ou encore l’Espagne, d’autres tels que l’Allemagne ou la Suède se sont montrés réticent concernant cette idée. Le ministre allemand des finances s’est toutefois dit favorable à l’instauration d’un impôt minimum à l’échelle mondiale sur les bénéfices des multinationales.

Notre analyse : Une taxe européenne sur les GAFAM aurait du sens dans une optique plus globale d’harmonisation de la fiscalité des différents Etats-membres, qui s’avèrent indispensables aux vues du dumping fiscal réalisé par certains pays comme l’Irlande, et ouvrirait la porte à d’autres types de convergences. Toutefois, le risque majeur de cette taxe réside dans le potentiel partiel retrait des GAFAM du marché européen, pour privilégier d’autres marchés concurrents, comme le marché asiatique, et plus particulièrement l’Inde. Pour rappel, Google et Facebook concentrent à eux deux 56% du marché de la publicité en ligne. Une potentielle contre-attaque des GAFAM pourrait viser à privilégier la publicité ou la presse américaine par exemple, au détriment des sociétés et éditeurs européens. Pour toutes ces raisons, un impôt mondial semble effacer ces inconvénients. Cependant, sa mise en place semble fortement compromise puisque Washington a répliqué jeudi dernier en s’opposant formellement à cette idée. L’Europe doit comprendre que la meilleure façon de lutter contre la domination des GAFA réside dans l’émergence de nos propres champions du numérique.

 

La Commission européenne rejette la proposition du budget italien 2019

Source : Le Monde

La Commission européenne a rejeté le budget italien 2019 et a demandé une révision de ce dernier. Celui-ci prévoyait un déficit de 2,4% pour l’année 2019, alors que le précédent gouvernement italien s’était engagé à ne pas dépasser les 0,8% de déficit public. De ce fait, le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a estimé que cette proposition allait à l’encontre du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC), mettant notamment en exergue le fait que la dette publique italienne est la plus élevée de la zone euro, après celle de la Grèce, représentant près de 132% du Produit Intérieur Brut (PIB) italien, et que les prévisions de croissance du gouvernement transalpin de 1,5% pour l’année 2019 semblaient irréaliste.

Notre analyse : Après la baisse de la note de l’Italie par l’agence de notation Moody’s, la Commission affiche le même scepticisme en rejetant le budget italien. Le risque d’un accroissement excessif de ce déficit public est double puisque d’une part il pourrait mettre à mal l’autorité politique de l’Union Européenne concernant les Etats-membres, et le non-respect des traités comme le PSC serait vu à coup sur comme une faiblesse politique de l’Europe. D’autre part, la hausse de la dette publique italienne qui représente déjà 132% de son PIB amènerait avec elle le risque d’une nouvelle crise de la dette publique en Europe, qui serait difficilement surmontable. Cependant, il faut louer le fait que la Commission européenne active pour la première fois ce mécanisme, en exigeant un nouveau budget moins déficitaire, et ce pour une des plus importantes économies de la zone euro. Cela laisse envisager une prise de responsabilité de l’Union Européenne pour peser contre les futurs dérapages budgétaires de certains Etats-membres.

 

Le patron d’Apple favorable à une réglementation américaine sur les données personnelles

Source : ZDNet

Tim Cook, le patron d’Apple, s’est exprimé de manière positive sur la protection des données personnelles des individus lors de la Privacy Conference, qui traite notamment de la vie privée des consommateurs à l’heure du numérique. Lors de cette dernière, le patron d’Apple s’est dit favorable à la mise en place d’une réglementation type RGPD aux Etats-Unis. Au passage, Tim Cook vante les points positifs de son modèle économique par rapport à ses concurrents qui basent leurs revenus sur la publicité en ligne, et ciblent les consommateurs grâce à la récolte de leurs données. Suite à ce discours et malgré cette bonne volonté affichée par le patron d’Apple, ses concurrents Facebook et Yahoo n’ont pas tardé à répliquer face aux manquements d’Apple concernant la gestion des données personnelles et notamment lorsqu’il s’agit du marché chinois.

Notre analyse : Nous ne pouvons que retirer du positif de cette intervention et du fait que l’Europe soit un modèle à suivre (et à perfectionner) concernant la protection des données personnelles. Toutefois, ce discours n’avait pour seul but que d’améliorer l’image d’Apple, qui a fait de la protection des données sa figure de proue. Le constat est donc moins positif qu’aux premiers abords. Les Etats-Unis disposent désormais d’un avantage compétitif au niveau législatif par rapport à l’Union Européenne pour la récolte, l’analyse, et l’utilisation des données des individus sur le sol américain. De même, la Chine a une plus grande liberté concernant ce marché des données personnelles.
Si la protection des libertés individuelles, et notamment des données des individus, est une priorité, elle doit s’insérer dans une démarche mondiale, pour éviter toute concurrence déloyale.

 

Premier bilan du rapport Villani et des mesures prises pour le développement de l’IA en France 

Source : Les Echos

Ce premier bilan sur l’impact des mesures prises par le gouvernement français il y a sept mois est en demi-teinte. Si certaines missions ont été menées à bien comme la nomination d’un coordinateur interministériel dédié à l’IA, la création de centres de recherches ou la mise en place des financements promis, d’autres sont moins bien avancées telles que la formation, la voiture autonome ou encore le développement de l’IA dans le secteur militaire. Toutefois, des investissements conséquents au niveau national ont été effectués avec la création d’un fond pour l’innovation de manière générale doté de 10 milliards d’euros. La Banque Publique d’Investissement va d’ailleurs augmenter ses crédits pour aider les start-ups françaises à se développer.

Notre analyse : Si au niveau franco-français ce bilan est loin d’être parfait, il l’est encore moins au vu de la concurrence internationale. Les Etats-Unis ont en effet investi de manière plus conséquente dans l’IA avec une récente enveloppe de 2 milliards de dollars en 2018, contre seulement 1,5 milliard d’euros annoncés pour l’ensemble du quinquennat. La Chine a mise en place une politique publique avantageuse pour attirer les instituts universitaires et les centres de recherches des GAFAM notamment, qui en ont ouverts plusieurs à Shangaï il y a quelques semaines. De ce fait, seule une prise de conscience et la mise en place d’une politique conséquente au niveau européen serait taillée pour rivaliser avec ces deux concurrents. Nous pouvons toutefois louer les efforts de la France en la matière et qui peut devenir le fer de lance de ce projet européen de développement de l’IA.

 

Chargé de mission à l’Institut Sapiens depuis mai 2018. Actuellement en Master 2 Macroéconomie et politiques européennes à la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il s’intéresse notamment aux problématiques liées aux sources de la croissance et du développement économique.

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