L’appétence des citoyens et des salariés pour l’expression directe et spontanée ne doit pas être freinée, au contraire. Dans l’entreprise, il faut permettre à chaque salarié le souhaitant de pouvoir être librement acteur de sa représentation professionnelle. A travers une logique participative, le numérique peut supporter une fluidification des relations sociales en rendant l’information plus pédagogique et plus accessible à tous au sein de l’entreprise.

Faire évoluer les modalités de la représentation du personnel

Héritier d’anciennes traditions corporatives et de l’expérience des luttes, le dialogue social français s’est organisé selon une double logique : la première, assise sur les solidarités professionnelles forgées autour des métiers de l’industrie et de l’administration ; l’autre répondant à une logique territoriale à l’origine des Bourses du travail, puis des Unions locales et des Unions départementales.

À la faveur des évolutions technologiques et du développement de la sous-traitance, le salariat se fragmente et se réinvente, phénomène que les organisations syndicales ont par leur immobilisme, du mal à accompagner. La matérialisation concrète de ce phénomène se retrouve dans la mise à l’écart de plus en plus fréquente des organisations syndicales à l’occasion de l’organisation de manifestations d’ampleur nationale. Le manque de sens dans l’action, de vision sur l’efficacité concrète des structures traditionnelles, poussent les citoyens à se fédérer entre eux, en utilisant notamment les outils qu’ils ont à leur disposition, comme les réseaux sociaux. Plusieurs exemples concrets ont eu cours ces dernières années et qui tendent à se multiplier. La démocratie participative tend à se substituer à la démocratie représentative. En Allemagne, les YouTubers s’associent aussi en syndicat pour pouvoir peser face à la plateforme, avec le soutien de IG Metall, le plus grand syndicat allemand.

Outiller le dialogue social 

Les relations sociales sont aujourd’hui conçues de telle façon que la participation des salariés se limite le plus souvent uniquement aux choix de leurs représentants par le biais des élections professionnelles. Les technologies de l’information et de la communication pourraient ouvrir des voies intéressantes pour favoriser l’expression directe des salariés à l’occasion de consultations plus fréquentes sur les sujets qui les intéressent au premier rang desquelles les conditions de travail.

Au sein de l’entreprise, l’enjeu principal est d’encourager l’accès aux outils numériques pour favoriser le dialogue social en le modernisant. Chaque salarié doit être ainsi doté d’une adresse mail professionnelle et formé aux usages des technologies d’information et de la communication. Associée aux réseaux sociaux d’entreprise (via Facebook, Linkedin, Twitter, Toguna, Whaller, etc…), ces nouveaux dispositifs doivent être encouragés pour multiplier les prises de parole dans un cadre régulé et éviter ainsi les potentielles dérives liées au « name and shame » qui pourrait nuire à la réputation des entreprises.

Qui pour représenter les travailleurs de l’économie numérique ? 

Dans une période où la désaffection à l’égard des organisations syndicales s’amplifie, exprimé par un rejet de l’adhésion à un syndicat malgré une forte participation aux scrutins professionnels, il faut se demander si les salariés ne devraient pas pouvoir plus librement choisir leurs représentants, mais aussi questionner le sens de leur participation au processus décisionnel.

L’expression des salariés a existé jusqu’à présent au travers des institutions représentatives du personnel, lesquelles ont notamment pour objet premier de permettre l’expression des réclamations et revendication des salariés. Désormais, de nouvelles formes d’expression non organisées sont rendues possibles par l’utilisation massive des NTIC. On pourrait par ailleurs imaginer la création de structures de représentation qui feraient le lien entre salariés et employeurs gommant ainsi des frontières d’un système trop souvent manichéen entre le monde patronal et celui des salariés.

Enfin, le recours au référendum numérique d’entreprise pourrait être lui aussi encouragé, pour permettre à chaque salarié de s’exprimer sur des sujets divers au premier rang desquels les sujets ayant trait aux conditions de travail. Mais pour être efficace, ces référendums doivent impérativement être contextualisés avec l’aide des représentants du personnel et des syndicats afin ne pas appeler une réponse binaire, simpliste et donc démagogique.

De la conversation à l’action, voilà la transformation nécessaire qui doit être opérée au sein de nos entreprises, c’est-à-dire faire évoluer positivement notre matrice sociale pour permettre à la fois une amélioration du service des syndicats en place, mais aussi à chaque salarié ne se reconnaissant pas dans l’action d’un acteur en place de pouvoir s’émanciper d’un corps intermédiaire pour être lui-même acteur de son propre dialogue social.


Pour aller plus loin : « Le dialogue social à l’ère du numérique » rapport co-écrit avec Guillaume Brédon pour l’Institut Sapiens

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