La passion de l’auto-dépréciation et de la décroissance a remplacé chez nous celle de l’innovation, comme autrefois Rome s’était inclinée devant les hordes conquérantes ravageant un empire trop las pour se défendre. Les historiens raconteront sans doute avec passion dans quelques siècles cette époque étonnante où une civilisation a multiplié les signes de son absence d’envie de vivre. La vieille Europe mérite plus que jamais ce surnom. Notre retard technologique en matière d’Intelligence artificielle ou de révolution numérique en général n’est que le symptôme d’un mal plus profond. La dénatalité est la nouvelle marotte de ceux qui, craignant la fin du monde, prêchent la fin de l’homme.

Relayant des chiffres de l’Environmental Research Letters, l’agence France Presse propose un schéma étonnant où différents moyens de « réduire son empreinte carbone » sont proposés. Parmi eux, changer ses ampoules, étendre son linge, ou abandonner la voiture à essence. Mais, à en croire ledit schéma, aucun n’est apparemment aussi efficace que celui-là : « avoir un enfant en moins ». Ô génie ! Rien de tel en effet que de ne pas exister pour ne pas nuire. A la réflexion de Péguy sur le rigorisme kantien expliquant « Kant a les mains pures mais il n’a pas de main », nos bons écologistes ajouteraient « les meilleurs humains sont ceux qui n’existent pas (ou plus) ».

Le suicide collectif comme acte écologique est en fait totalement cohérent avec la montée d’une autre idéologie : l’anti-spécisme, qui est à l’être humain ce que l’anti-racisme est au mâle blanc. Sous couvert de promouvoir le respect de la condition animale, ce nouveau fondamentalisme a pour principal projet de faire de l’homme le coupable imprescriptible d’une oppression qu’il n’aurait désormais qu’à expier pour l’éternité. La meilleure façon de se faire pardonner serait, fort logiquement, de disparaître.

Ces étonnantes spéculations sont le symptôme d’une civilisation sénescente où des citoyens repus grossissent leurs peurs à plaisir et s’inventent des ennemis (faute de voir ceux qui existent vraiment). Alors que les démocraties libérales, en lambeaux, abritent des manifestations contre les pesticides, se perdent en conjectures byzantines visant à bannir les pseudo-pratiques d’oppressions et spéculent sur la meilleure façon de décroître, d’autres civilisations, idéologiquement plus jeunes, avancent en rouleau-compresseur, emportées par la force de leur ferveur religieuse ou leur soif de progrès économique.

Il n’est pas question de nier l’urgence climatique. Mais de stigmatiser les mouvements idéologiques qui le prennent pour prétexte. Le concept de « planification écologique » marque le retour par la fenêtre de la bonne vieille planification tout court, dont le principe est toujours le même : des bureaucrates décident ce qui est bien en notre nom. Les zélotes du climat multiplient les déclarations martiales dans lesquelles ils indiquent clairement que le choix individuel et libre, autrement dit la démocratie, n’est plus une option envisageable. A la dictature du prolétariat, ils ont substitué une forme plus moderne de fantasme collectiviste et totalitaire. Vêtu, pour paraphraser Hugo, de la probité et du lin blanc de l’écologie, par construction irréprochable, un anti-humanisme progresse. Son slogan malthusien est clair : « faite la guerre écologique, pas l’amour ! ».

Président fondateur de l’Institut Sapiens. Professeur à l’Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

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