Le travail va profondément muter. Le numérique produit une révolution schumpetérienne qui va faire disparaître de nombreux métiers et en faire émerger de nouveaux.  Sous l’effet des progrès de la robotique et de l’intelligence artificielle, les actifs vont devenir s’adapter pour rester employable. Il sera inutile demain pour un travailleur de vouloir devenir concurrent de ces nouvelles technologies. Les exemples de ces métiers menacés sont récurrents : caissiers, chauffeurs routiers, manutentionnaires ou encore comptables, semblent condamner à disparaître à long terme.

Face à cette transformation profonde, la seule vraie assurance contre le chômage sera la compétence. En élevant le niveau de compétence de la population active, nous pourrons permettre aux travailleurs menacés de s’adapter plus facilement aux nouveaux métiers émergents. La formation est le véritable bouclier contre le chômage technologique.

Néanmoins, pour y parvenir, il faut transformer le système en place qui est aujourd’hui bien trop opaque et inefficace. La formation professionnelle est aujourd’hui composé d’un maquis de plus de 10.000 acteurs, OPCA, CNEFOP,  COPANEF,  COPAREF, FONGECIF et autres acronymes sibyllins qui forment une galaxie dans laquelle les entreprises et les actifs ont beaucoup de mal à s’orienter.

De plus, malgré le fait que le budget de la formation soit de 32 milliards € par an, la répartition de ces fonds reste très inégalitaire : selon le Cereq, sur 100 bénéficiaires, 60 sont des salariés du public et du privés, des insiders ; 20 sont des jeunes et des apprentis et seulement 20 sont des demandeurs d’emplois.  De même, 58% des cadres ont suivi une formation dans l’année contre seulement 30% des ouvriers, pourtant en première ligne face à la robotisation. Le système actuel ne profite donc à ceux qui en ont le plus besoin.

Pourtant notre système ne cesse d’être réformé. En 46 ans, il a été réformé pas moins de 11 fois, soit à titre de comparaison, 3 fois plus que l’enseignement supérieur. Pour cette 12ème réforme, nous proposons de revenir aux fondements même de la formation pro, édictés en 1792 par Condorcet. Le député mathématicien avait alors développé un projet éponyme ambitionnant de placer chaque actif au cœur de son projet de formation en lui permettant une montée en compétence tout au long de sa vie, quel que soit son parcours initial. Ce projet de réforme voulu par le gouvernement ne fonctionnera qu’à la condition suivant : l’actif doit être placé au centre de son parcours de formation. Pour cela, nous proposons 4 étapes clés nécessaires à suivre :

La première consiste à remodeler les OPCA et autres organismes collecteurs de fonds et acteurs de formations dans le but de faire des actifs les acteurs de leur parcours d’acquisition de compétences.

La deuxième doit faire du compte personnel de formation l’outil principal de l’actif, en lui versant le fruit des cotisations formations non plus en heures, qui n’ont plus aucune pertinence à l’époque de l’enseignement dématérialisé, mais en monnaie.

La troisième sera celle de la déstructuration des parcours de formations. Ces derniers sont trop tubulaires et se concentrent sur la délivrance d’une certification et non sur l’acquisition d’une compétence. Face aux bouleversements à venir, c’est pourtant l’acquisition de soft-skills (comme les capacités à s’exprimer en public, à travailler en groupe, à mener un projet à termes, à analyser et résoudre un problème donné), qui seront les plus importantes.

La quatrième doit être celle de l’ouverture du marché de la formation. Pour dispenser ces compétences, micro-entrepreneurs, entreprises ou universités pourront décider de se lancer dans un projet pédagogique utile à la montée en compétence de la société.

Chaque individu sera ainsi libre de pouvoir créer son propre parcours de formation en choisissant les compétences qu’il souhaite acquérir auprès de l’opérateur de son choix, qu’il soit public ou privé.

C’est à ces conditions que nous pourrons alors créer un système de formation professionnelle efficace, qui soit une réelle assurance chômage du siècle nouveau.

 

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A propos des auteurs

Guillaume Brédon est avocat spécialisé en droit social. En 2002 il cofonde BRL avocats, un cabinet d’avocats spécialisés en droit social qui est aujourd’hui reconnu comme un des meilleurs cabinets en la matière par la profession. Guillaume Brédon est docteur en droit privé, il a soutenu sa thèse à l’université Paris II.  Il est aujourd’hui l’expert en droit social et formation professionnelle de l’Institut Sapiens.

 

 

Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail et aux questions de formation. Il dirige les études de l’Institut Sapiens depuis décembre 2017.

 

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