La recherche, c’est le futur de la France, mais c’est paradoxalement une thématique absente des débats actuels qui visent à le construire. Pourquoi 30 % de nos chercheurs sont amenés à partir à l’étranger ? Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012, déplorait lors du « Grand débat des idées », en mars, « le décrochage inquiétant de la France dans la compétition internationale »en matière de recherche, et « le manque d’attractivité des carrières scientifiques ».

Les titulaires du doctorat ont pourtant un rôle essentiel à jouer dans la transformation de la société et la compréhension des mutations. Des sciences physiques aux sciences humaines et sociales, il s’agit de s’assurer que la valorisation des chercheurs dans la recherche privée mais aussi publique soit à la mesure des enjeux climatiques, sociaux, économiques, géopolitiques… auxquels nous faisons face.

Pour conserver notre place dans la compétition économique mondiale, il devient donc urgent de valoriser la recherche française et de créer des conditions « d’épanouissement » pour les jeunes docteurs avec des débouchés sérieux. Le profil des docteurs n’a en effet rien à envier aux ingénieurs et autres diplômés de grandes écoles.

Fausse ouverture

Annoncée en septembre 2018, l’ouverture de l’Ecole nationale d’administration (ENA) aux docteurs des universités n’était que de la poudre aux yeux. En effet, comment parler d’ouverture alors qu’en 2019, la prestigieuse école n’a ouvert que trois places sur 173 ? Et encore tous les domaines ne sont pas concernés. Il faut d’abord rentrer dans le moule. Ces derniers sont « tournants », selon une formule dont seule l’administration française a le secret, entre trois domaines de spécialité.

Cette année, l’ouverture concernera les docteurs dans la spécialité « sciences de la matière et de l’ingénieur » avant de s’ouvrir en 2020 dans la spécialité des « sciences humaines et sociales ». Tout un programme, il ne manque que le formulaire Cerfa (mais là aussi l’administration a pensé à tout) !

Le doctorat, nouvelle ENA

Il se dit que l’ENA, dont Emmanuel Macron pourrait annoncer la suppression lors de sa conférence de presse du 25 avril, serait remplacée par une nouvelle grande école des services publics très ouverte. Celle-ci existe déjà. Il s’agit du diplôme le plus haut qu’elle délivre, il s’appelle un doctorat ! A l’instar des grands pays développés, le doctorat doit trouver sa place en France que ce soit dans la formation de la haute fonction publique, comme des dirigeants de grandes entreprises. C’est la seule façon de redonner ses lettres de noblesse à l’université française qui donne plus de place à l’égalité des chances et à la diffusion des savoirs.

Un doctorat en art pourrait ainsi être une porte d’entrée vers le ministère de la Culture et un doctorat en économie vers Bercy… En France, les énarques aiment souvent prendre l’Allemagne pour modèle, mais chez nos voisins justement, il n’y a aucune grande école centralisée dans la formation des futurs hauts fonctionnaires, il faut avant tout avoir un diplôme dans le supérieur (de préférence un doctorat). De la même façon, dans les entreprises allemandes, c’est le doctorat qui est privilégié pour accéder aux grandes fonctions des entreprises, là où seules les grandes écoles règnent en France.

Un diplôme très formateur

On l’oublie souvent en France, non seulement le doctorat valorise des compétences scientifiques spécifiques à un domaine de recherche, mais il récompense aussi des compétences en communication, des compétences relationnelles, des compétences de management, de direction d’équipe, de gestion de projet, d’adaptation et d’innovation.

En composant avec des contraintes budgétaires auxquelles la recherche académique française n’a malheureusement pas échappé, en échangeant quotidiennement à la fois avec des professionnels et des chercheurs bien établis, en assumant seul la responsabilité de leur thèse dont ils doivent constamment maîtriser chaque aspect, les doctorants appelés à devenir docteurs s’approprient très tôt les ressorts essentiels d’un environnement contraint bien loin du confort routinier.

Les docteurs sont de fait formés pour s’attaquer à des problèmes dont nul ne connaît la solution. Leur appréhension originale des difficultés et leur capacité à trouver des solutions permettant d’aller au-delà du statu quo, représenteraient une plus-value certaine pour la France.


Publié dans Les Échos

Lauréat du Prix des Talents de la Recherche décerné par RUE 89 et FABERNOVEL, Yann-Maël LARHER a soutenu le 31 mai 2017 sa thèse intitulée « les relations numériques de travail » sous la direction du Professeur Jean-François CESARO à l’université Panthéon-Assas.  Passionné par les nouvelles pratiques collaboratives, il a travaillé en tant que juriste et en tant que communicant dans différentes organisations (Stratégie Gouv, TOTAL, VINCI). Il intervient désormais auprès de divers publics (chefs d’entreprises, politiques, étudiants, RH, commerciaux, syndicats) afin de favoriser l’adoption de nouveaux modes de travail. Il a fondé okaydoc.fr, une plateforme de docteurs (PhD) consultants/speakers pour accompagner les entreprises dans leur stratégie d’innovation.

2 pensées sur “Et si on valorisait enfin le doctorat (plutôt que l’ENA) ?!”

  1. « Pourquoi 30% de nos chercheurs sont amenés à partir à l’étranger » ? la « bonne » phrase eut été :
    Pourquoi 30% de nos meilleurs chercheurs sont amenés à partir à l’étranger ?

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